mardi 19 février 2008

J'ai le coeur qui balance...


Après huit ans d'un Bushisme effréné sous ses formes les plus grotesques comme les plus dramatiques, la campagne électorale aux Etats-Unis nous semble aujourd'hui plus captivante qu'elle n'a jamais été. Plus du côté démocrate que du côté républicain, certes, mais il faut bien avouer qu’il serait difficile pour les républicains de rivaliser avec le duel passionnant que se livrent Hillary Clinton et Barack Obama.

Patiente, habile, sûre d'elle, Hillary a su profiter du charisme de son président de mari pour gravir les échelons politiques à toute vitesse. De la femme bafouée qui tient la main du mari/candidat infidèle devant les caméras de télévision, avec ses sages cheveux blonds au carré et son serre-tête en velours, à la femme placide et froide qui encaisse le raz-de-marée Monica Lewinsky sans broncher, on peut dire qu'elle aura oeuvré pour faire de Bill Clinton le président démocrate que l'Amérique attendait depuis John Kennedy. Le bilan n'est cependant peut-être pas aussi enthousiasmant qu'elle l'aurait rêvé. Devenue Sénatrice de l'Etat de New-York, remisant le mari encombrant à la confection de sandwiches et au jardinage*, elle a fidèlement défendu une ligne démocrate et anti-Bush. Forte de cette expérience, elle se verrait bien à présent dans la peau de la première femme présidente des Etats-Unis. Manque de chance pour elle, c'est également le moment où un candidat dangereusement doué, dangereusement jeune, dangereusement beau se propose de devenir, lui, le premier président noir des Etats-Unis.

Manque de chance encore, la Sénatrice de l'Etat de New-York a, en son temps, soutenu l'intervention américaine en Irak. Devant les dents longues et pointues de Barack Obama, la boulette s'est vite transformée en boulet. Impossible de se défaire de cet épisode désastreux alors que l'opinion, pourtant massivement belliciste en 2002, s'est majoritairement retournée contre cette guerre-bourbier. Son parcours plaide pourtant en sa faveur. A 15 ans, elle assistait à un discours de Martin Luther King à Chicago et s'éveillait au mouvement des droits civiques. A la faveur de son engagement dans la contestation contre la guerre du Vietnam, elle rompait définitivement avec le camp républicain qu’elle soutenait plus par atavisme que par conviction. Brillante dans les études, et tout comme son adversaire démocrate à Chicago, elle s’est investie dans les quartiers défavorisés de New Haven, avant de devenir avocate, spécialisée dans le droit des enfants. Première Dame des Etats-Unis, elle a tenté la réforme du système de santé américain. Elle a su payer de sa personne en s’engageant sur le terrain lors du drame du 11 septembre et est montée au créneau en devenant la principale adversaire de W à partir de 2005 et de l’ouragan Katrina.

Forte de cet éblouissant parcours qui a fait d’elle la femme la plus admirée des Etats-Unis en 2007, Hillary Clinton promet de redresser l’économie américaine, de créer une sécurité sociale. Après un succès relatif à l’issue du Super Tuesday, qui l’a vu remporter 8 états sur 22, elle verse dans le pathos pour tenter de consolider l’électorat féminin qu’on lui prédisait acquis : « Je veux remercier mes amis et ma famille, plus particulièrement ma mère qui est née avant que les femmes aient le droit de voter, et qui ce soir regarde sa fille sur cette estrade.»

Il semblerait bien pourtant qu’une forte partie de cet électorat démocrate ait définitivement choisi d’opter pour l’adversaire direct de l’ex-Première Dame. Car depuis ce fameux Super Tuesday, Obama casse la barack ( !) Il peut non seulement miser sur la confiance de l’électorat noir dans sa grande majorité mais pourrait se prévaloir également du vote de 53 % des personnes âgés et 58 % des femmes. Sans compter les jeunes, qui ont grandit avec Bush, et qui lui offrent un soutien inconditionnel.


Mère blanche, père kenyan, élevé par sa mère, et ses grands-parents, entre Hawaï et l’Indonésie tandis que son père, diplômé en économie à Harvard, était retourné au Kenya pour y mener une carrière politique. Barack n’est pas né avec une cuillère en or dans la bouche, mais tiraillé entre deux continents, entre deux religions, à la recherche d’une identité, et certainement à la recherche d’un père. Selon L’Express, « A l'école, le jeune Barack se disait fils d'un chef d'Afrique, qui l'attendait là-bas "pour faire de [lui] un prince" » Touchant.

Une fois sa voie dans la politique trouvée, son parcours prend des allures de success story. L’homme est doué, convaincu et convainquant. A 24 ans, il choisit de devenir animateur social dans les quartiers défavorisés de Chicago. Lors de son passage à l'Université de Harvard, son sens du compromis, son intelligence le propulsent premier rédacteur en chef de la renommée Harvard Law Review et devient une idole dans le milieu étudiant. On se demande comment Hillary Clinton pourra résister encore longtemps à cette infatigable tornade.

D’Oprah Winfrey à Caroline Kennedy, il ramasse les suffrages et les soutiens les plus spectaculaires. Souvent attaqué pour son inexpérience, il répond vouloir incarner le changement. Sa jeunesse plaide pour lui. Lors des derniers débats télévisés qui l’ont opposé à sa féroce concurrente, il est apparu calme alors qu’elle perdait les pédales. D’ailleurs, depuis sa stupéfiante victoire électorale du Super Tuesday où il a remporté 13 états sur 22, Barack Obama ne souhaite plus débattre à la télévision, afin de ne pas mettre sa toute nouvelle et encore fragile popularité en danger.

Cependant, tout n’est pas perdu pour Hillary. Bien que son parcours s'annonce semé d’une sacrée embûche, elle a encore la possibilité de l’emporter devant son concurrent direct. La prochaine étape des primaires passe par le berceau natal du challenger, Hawaï et le 4 mars, ce qui sera peut-être le tournant de l’aventure, par le Texas, un état sur lequel elle a jeté toutes ses forces. Le suspense continue donc et notre cœur continue de balancer. Hillary Clinton, en tant que femme, en tant que démocrate et leader de l'opposition a toute notre sympathie. De plus, son programme semble plus à gauche que celui de son adversaire direct qui, lui, ne se prononce pas sur l'interdiction du port d'armes et dont les intentions en matière de politique étrangère et de création d'une sécurité sociales restent floues. Ils se déclarent tous deux pour l'avortement et affirment vouloir mettre fin à la guerre en Irak dans les meilleurs délais. Mais comment ne pas craquer devant la jeunesse, le charme, la nonchalance et le talent politique de ce jeune lion prêt à mordre avec le sourire dans l'establishement washingtonien.

Toujours est-il, lecteurs passionnés de mon coeur, que vous vous êtes prononcés à 43 % contre 25 pour Barack Obama.

Reste à savoir si, une fois les primaires passées, l'Amérique sera prête à élire une femme ou un homme de couleur à sa tête. N'oublions pas qu'aussi futile que cela puisse paraître, la série 24 heures Chrono qui a mis en scène pendant plusieurs saisons un Président noir et une femme présidente dans la saison actuelle, est passée par là et a certainement laissé sa marque dans l'inconscient collectif.

* Tel qu'il se met en scène dans une hilar(ry)ante petite vidéo sur sa dernière journée à la maison blanche.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Bel article, bon résumé de ce qu'il se passe pendant ces élections.

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