lundi 30 janvier 2012

Fanny je la kiffe

Une voix haute et claire mais jamais trop poussée, des arrangements indie, et plus folk sur scène, une musique qu'on a mille fois entendu dans la pop anglaise mais jamais réellement chez une artiste française, voici Fanny Krief avec sa belle détermination, sa jolie dentition qui mord la musique à pleines dents et nous emmène.


Jeunesse et beauté alliée à un certain sens artistique, une présence indéniable, cette jeune fille ira loin c'est pourquoi je m'empresse de la suivre.Je remercie au passage Martius qui me l'avait fait découvrir l'année dernière. 


En voiture ! Le départ c'est tout de suite...!












in: Gloomy monday

vendredi 27 janvier 2012

Bridget Betty ou Nurse Jones ?

Pour une soirée folle-dingue, rien de mieux que se passer ou repasser Nurse Betty, un DVD tout à fait édifiant. Outre le plaisir d'y retrouver la délicieuse Bridget Jones, mais avant Bridget Jones, vous aurez également droit pour le même prix de location à la sublimissime présence du grand Morgan Freeman parfaitement doublé par l'excellent Chris Rock.

Que de qualificatifs me direz-vous ! Que dire de ce petit bijou d'absurde et de loufoque, sinon que ce n'est pas culte mais pas loin ?!

Et pourtant, le film de Neil LaBute (déjà, fallait l'inventer) avec l'attachante Renée Zellweger dans le rôle-titre partait avec plusieurs handicaps au compteur. Le plus notable étant une histoire, certes improbable, mais parfumée au déjà-vu et qui risquait surtout de ne pas être drôle du tout.

Cependant tout y est, ce tout qui donne au truc un fumet délicieux.

La critique sociale : la pauvre Betty se fait rabaisser en permanence par un mari que la beaufitude ne parvient pourtant pas à étouffer (hilarant Aaron Eckhart) qui est accessoirement dealer de drogue. Pendant que son mari saute la secrétaire, elle se pâme devant une sitcom hospitalière qui met le feu à l'amour et conjugue la gloire avec la beauté. Féministes attention, vous allez souffrir...

Le polar : suite à un malentendu généré par notre chère et gourde héroïne, le mari se fait assassiner. Betty prend la fuite avec les tueurs à ses trousses, ou plutôt aux trousses du paquet de drogue avec lequel elle s'enfuit. Les tueurs sont évidemment deux pinces-sans-rire, qui ont trop la classe, ne lésinent pas sur la violence et l'humour noir, et achèvent leur mortelle expédition tels deux Pieds Nickelés.

Le trait de génie : choquée par l'assassinat de son mari, Betty fait un transfert et se projette dans sa série télé préférée. Elle se croit désormais infirmière et se met en quête du docteur dont elle est amoureuse. Quête qui la mènera à Hollywood...


...Un peu comme si je devenais Gabrielle Solis !




Inutile de préciser que c'est totalement déraisonnable, complètement déjanté, que Renée, Morgan et Chris n'y sont pas pour rien, et que ça va très loin dans le délire. La grande réussite du film étant de jouer sans cesse et d'être sans cesse sur la brèche entre le drame et le vaudeville, la violence et le rire, la psychologie et le foutage de gueule. Le spectateur ne sait carrément plus sur quelle chaise s'asseoir. Certains vouent le film aux gémonies, d'autres y ont vu une grande lumière. Reconnaissons que ce film a ce quelque chose "alienien" qui fait son charme entre maîtrise du metteur-en-scène et bras d'honneur dès que vous avez tourné le dos.

Que du bon pour un vendredi soir quoi !

















in: Le DVD du Friday night

lundi 23 janvier 2012

Y a pas de mal à se faire du bien (15)

Vous aussi vous avez vu la pub de Nina Ricci ? Je vous en parlais , le problème quand on aime une chanson depuis très longtemps et que soudain elle est utilisée pour une pub (souvent pour du parfum, remarquez, c'est drôle. Je dois avoir des affinités électives avec les publicitaires en parfum), c'est qu'on a l'impression de perdre un peu de son âme, ou de se la faire voler.

Certes la pub est jolie, avec ce petit air appuyé de garçonne, cette ressemblance recherchée comme un hommage à Jean Seberg.





Mais la vraie c'était elle. Il a fallu que je tombe dessus par hasard pour savoir que c'était Edie Sedgwick qui chantait. Une égérie de Warhol qui, certes, avait quelque chose de garçonne aussi.





Mais en réalité, la vraie chanteuse c'était moi. Parce qu'il n'y a jamais de mal à se faire du bien....

Bonne semaine !


in: Gloomy monday

dimanche 22 janvier 2012

Ballade bottée

from Nathanaël



Photo trouvée

C'est chouette de bloguer mais il ne faut pas en oublier la vraie vie, n'est-ce pas ? Et cette vraie vie m'a permis de rencontrer mon hôte il y a quelques semaines. En quelles circonstances, permettez que nous gardions celle pour nous. En tous cas, je prend beaucoup de plaisir à venir ici, régulièrement, en ballade, pour déguster des petits morceaux de bonheur littéraire, musical ou autres. J'ai eu donc envie, pour honorer une promesse faite à Angelina, de vous convier à une autre ballade, de celles auxquelles je peux me livrer dans la vraie vie.

Et dans ces ballades, qui concernent en fait une partie bien précise de la mienne anatomie : mes globes oculaires, la partie de mon être qui m'est la plus précieuse, je croise régulièrement... les bottes ! C'est de saison, il est vrai.

En ces semaines de frais, me voilà vertement réchauffé par la présence des bottes. Elles sont partout les bougresses : sur les quais du RER, dans les couloirs du métro, dans les rues ou j'erre, et même au bureau ! En voilà du boulot !

Donc, au début était la botte et moi, qui suis mon propre Dieu à usage unique, vit (sans jeu de mots encore) que cela était bon. J'aime les bottes ou, pour dire le vrai, les bottes me bottent, un brin fétichiste je suis pour de bon, mais juste un brin. Qu'elle soit haute ou courte ; à mi cuisse ou à mi mollet ; rigide ou souple ; à talons aiguilles ou à talons … aiguilles aussi ; pourvu qu'elle soit de cuir, mat ou brillant, noir ou marron ; à bout rond ou pointu, peu m'importe. Je ne puis écrire « peu me chaut », ce serait mentir tant elles me réchauffent les sens. Mon oreille se tend aussitôt que retentit le claquement si particulier de ce qui est bien plus qu'une simple chaussure sur le sol carrelé ou bitumé.

La seule sonorité de la botte donc m'emporte dans un temps incertain de vagabondages. Je ne suis pourtant guère porté sur l'Italie, mes proches pourraient vous le confier. Or, il va sans dire que ce cliquetis, qu'il s'agisse de ces fins talons ou de leurs comparses carrés, sonne à mes oreilles comme un bel canto que seul peut approcher le ballet des escarpins.... Ah mais ne vous l'ai-je point dit déjà ? Ah non...

C'est que j'en perds le sens commun, avec grand plaisir, puisque ce sont bien d'autres sens que titille la vue d'une jambe cambrée par le port de ces bottes, oui revenons-y ! L'escarpin aura sa saison, plus avant dans l'année, il sera bien temps de les ressortir alors. La cambrure, oui, icelle même qui accentue cette apparence droite, quasi rectiligne à force d'efforts. C'est drôle non ? Les courbes magnifiées, accentuées par la cambrure, dessinent une ligne droite. Moi qui n'aime la droite que parce que l'on peut s'enrouler autour... Tel une liane, ou un lien... on y vient.

La botte a cela de sensuel, oui le mot est lâché, qu'elle éveille -en moi et, je gage, en quelques autres- des rêveries que la morale n'approuve pas toujours. Et c'est bien cela qui est bon en elles. Elles fouettent... l'imagination, en quelque sorte... et le claquement des talons peut se faire prélude à d'autres sonorités aux accents où, là encore, le cuir... domine. Disons-le, n'ayons pas peur des maux, dans le fond. Comme disait Balzac, ma dame, en ce cas, souffrez que ces bottes se fassent préliminaires.  

Je vous sens perdus... Ne cherchez pas, il n'y a, au contraire de la fable, aucun sens véritable dans cette ballade. Aucun autre que celui que vous finirez par ressentir si tel est votre plaisir. La ballade n'a de sens que dans sa totale gratuité. Merci à Angelina de m'avoir offert le luxe suprême de cette déambulation sans but, suivant le seul claquement des bottes sur le pavé.

Spéciale dédicace à Nathanaël (!)
Photo trouvée





in: The closer I get

mercredi 18 janvier 2012

Chante-moi une chanson d'immigrant

Alors que le film que tout le monde (ou presque) attend sort demain avec l'affriolant Daniel Craig, je ne pouvais pas ne pas m'offrir le plaisir de me faire un Gloomy Tuesday avec Trent Reznor. Le film en anglais s'appelle The Girl With The Dragon Tatoo, en français il s'appelle Les Hommes Qui N'Aiment Pas Les Femmes. Drôle non ? Allez savoir !?

Mais pour la BO, c'est toujours Trent Reznor et Atticus Ross, un an après avoir décroché l'Oscar pour The Social Network. Après plusieurs années d'expérimentations sonores douloureuses, de déprime, Reznor, le sex-symbol noisy de la techno indépendante et alternative a décidé de se mainstreamiser, avec cette plutôt sympathique reprise de l'Immigrant Song de Led Zeppelin, mais bon. Si la période dépression à base de résonances stridulantes n'avait pas grand chose pour me plaire, le côté face de la force obscure ne me séduit pas non plus. Certes l'on retrouve un Reznor presque à la hauteur de Piggy, la spontanéité et la violence de Nine Inch Nails en moins.

Et puis, avouons-le, outre le fait qu'il ait épousé un superbe mannequin qui en plus chante bien (gnan !), je viens d'apprendre que Trent Reznor était "l'homme de la vie musicale" de la chanteuse Anggun. Et là, je dis non ! car je ne partage pas. Et ça suffit les filles qui chantent bien et qui ressemblent à Anggun.

Cependant, il y a peut-être matière à se réjouir car manifestement l'homme aurait décidé de remettre la machine Nine Inch Nails en branle. Ou pas ?








Pour en savoir plus Trent Reznor, cliquez sur ce fabuleux lien.



in: Gloomy Tuesday

dimanche 15 janvier 2012

Sexe sur canapé

from Sand La Blonde


On aurait presque pas cru que c'était dimanche soir. Je frime un peu. En vrai, on le croyait carrément et on avait de bonnes raisons. Dix-neuf heures au carreau, des gouttes de pluies tellement molles qu'elles n'avaient plus la force de s'accrocher aux vitres : une bonne sale ambiance morose qui poisse et colle. Et d'un coup le téléphone a fait ce qu'il fait de mieux : sonner. Tachycarde de désœuvrement  –car qui appelle le dimanche soir à part les êtres encore plus déprimés que soi ?–  je me ruais sur l'engin et décrochais avec une voix que j'espérais sexy mais qui se résuma surtout à un halètement étouffé. C'est en entendant sa voix que j'ai commencé à regretter. En vrac : mon abonnement au club de gym aussi utile qu'un congelo à un esquimau, mon addiction au tabac, mes trois sucres dans chaque petit noir. Je n'ai saisi que le dernier mot "j'arrive". Alors j'ai dit oui. Benoîtement. Même si je m'appelle Bruno.

J'ai jeté un œil alentours (que j'ai bien vite repris, ça peut toujours servir). Le désordre était relatif. Je supposais que le baiser près de la machine à café allait revenir sur le tapis alors j'ai frotté du plat de la main les poils mi-longs et réajusté. Parfait.

Je finissais de me donner une contenance devant la glace quand la sonnette a retenti. Aiguë. On aurait cru qu'elle était bouleversée de phéromones -la sonnette, pas la fille. Moi en tous cas je n'en menais pas large: quand j'ai ouvert la porte et que la lumière est tombée en travers de ses cheveux roux et de son imper noir, ça m'a retourné le cerveau –la fille,pas la sonnette.

Elle n'a pas prononcé un mot. Ses yeux parlaient pour elle : exactement ils criaient comme on dit "braguette". C'est là qu'elle était forte : les yeux des autres nanas se contentent de regarder. Les siens hurlaient un tas de choses indécentes à ma fermeture éclair.

Elle ne s'est pas formalisée des boutons de mon Levi's : elle assurait en métaphore. D'une démarche que je ne m'explique pas, toute en courbes et ondulations elle m'a fait reculer. Dans l'échancrure de l'imper brillait sa peau. Ses lèvres griffées de rouge, ses chevilles déliées, les talons... L'image était parfaite. Que je croyais. C'est quand elle m'a poussé sur le canapé avant d'ouvrir avec un art consommé son imper que mes connexions nerveuses sont devenues un plat de nouilles.

Dieu du ciel ! À poil et sans fourrure. Des petits seins à vous rendre marteau, sa taille, le renflement de son pubis nu. Puis elle a écarté les jambes. Mon regard ne savait plus où s'accrocher. Le bombé de son ventre ? Ses épaules ? Ses tétons mordants et ses guibolles et là juste en remontant ses cuisses : les lèvres glabres, interdites, offertes pourtant à mes yeux –du moins dans un premier temps.

Cloué sur le skaï je crevais de désir mais aussi d'un peu de trouille. Comprenez une bombe rousse qui vient vous faire bosser l'anatomie un dimanche soir ça a de quoi éberluer. Elle pas hésitante pour deux sous, s'est dirigée vers mon entrejambe. Sa main d'abord, habile déboutonneuse-déshabilleuse. Mon sexe trop à l'étroit dans le boxer lui disait déjà merci. Avec un air entendu, elle m'a laissé profiter de ces quelques secondes.

Puis sa bouche a semé des baisers un peu au hasard sur mon ventre, mes hanches et mon membre gonflé. Une sorte de cailloux du Petit Poucet pour grands. Sa langue s'est mise à jouer une certaine partition. Tour à tour piano, fortissimo, andante puis ha... C'était bon. Je ne pouvais rien faire d'autre que tortiller mes doigts dans ses cheveux, dans toute cette masse rougeoyant entre mes cuisses. De sa bouche, de ses doigts, elle s'employait à me rendre dingue : suffisait que je pense à ce que j'aurais aimé –plus vite, plus lent, caresser mes couilles ou faire vibrer mon cul– et comme par transmission  elle s'exécutait.

Y avait du vice dans l'air et des dents dans ma chair.

Je sentais mon sexe glisser dans sa bouche avec une volupté inouïe. Sa salive dont elle humidifiait ses paumes à intervalles réguliers pour me faire coulisser à la régulière, son index majeur de mon plaisir s'enfonçant un peu plus entre mes fesses à chaque fois qu'elle me suçait plus profondément. Sa langue maîtresse de la base de mon gland, de ma hampe, de mes bourses surexcitées.

Mon ventre brûlait comme si on m'avait tartiné les tripes de wasabi, la douleur en moins. Je voulais me déchirer en elle, et en même temps le plaisir de la montée était tel que j'aurais bien fait durer. Encore. Je crois qu'elle le savait pertinemment, la garce, modulant ses effets, trainant le long de ma veine, mordillant ... Son doigt me prenait toujours, je me sentais contracté. Autant envie de la prendre que de m'achever dans l'écrin de sa bouche. Sur sa peau éclatait du rouge : érythème. Surtout, marrant, sur le dessus de sa poitrine, en renforçant le galbe menu. Clairement elle était excitée : l'odeur de sa chatte me faisait friser les narines, et si elle n'avait pas eu à cet instant ma queue –autant dire ma vie– entre ses lèvres, je l'aurais volontiers léchée, goûtée, respirée, humectée, pénétrée, humiliée, attendrie, bouffée...

Cette louve retorse a délaissé ma verge –torture– et reculant d'un bon mètre, toujours sur ses talons hauts –ceux qui font les fesses des femmes comme des attrape-baisers– elle m'a défié.

Les poings sur les hanches elle attendait que je prenne les choses en main.

Et quels arguments j'avais sous la paume !

De la peau tendre ! Des seins fermes ! Une bouche, un sexe mouillé que mes doigts exploraient !

Son cul son con et encore son cul croyant n'en avoir jamais assez. Je bandais toujours furieusement. Ballet chorégraphié à l'instinct et muet : overdose d'excitation comme jamais. Elle souriait en gémissant ou gémissait en souriant. À un certain moment l'ordre vous savez...  On peut bien se prendre dans n'importe quel sens.

Mes doigts toujours la suppliciaient, je n'ai pas fait le compte –combien peu importe– mais je sais que des spasmes resserraient son sexe tandis qu'elle jouissait comme si elle avait voulu me garder prisonnier. Un peu de son jus recouvrait mes digitaux, fallait que je les porte à ma bouche : sur ma langue sa mouille amère acido-sucrée asséchait mes muqueuses autant qu'elle me donnait envie de plonger à la source. Je la faisais claquer contre mon palais, pour savourer. Je voulais porter mes lèvres aux siennes.

Elle ne l'entendait pas comme ça.  Quand j'ai voulu lui attraper les hanches elle s'est dérobée, se réfugiant sur l'accoudoir me faisant languir le temps pour elle de redescendre. Ses tremblements se sont calmés, elle s'est rapprochée, m'a porté les derniers assauts, ses coups de langues mes banderilles, y avait plus qu'à m'achever. Ses yeux se sont fermés : j'ai explosé.

Une coulée de foutre entre ses lèvres baisées de rouge filé.

Je la regardais, parfaite lascive en costume d'Eve, en sentant mon sexe débander doucement. J'aurais bien eu envie de ses lèvres –les supérieures cette fois– mais décidément elle n'allait me laisser aucune latitude pour décider par moi même. Elle d'autorité s'était déjà installée sur mes cuisses, son sexe mouillé contre le mien à qui ça a donné un coup de fouet, prenant ma tête entre ses mains et nichant mon visage entre ses deux fabuleuses pommes. Mes joues contre la chair tendre. Mon nez dans leur vallée.  Ma queue revigorée s'enfonçant dans sa chair. Et le  téléphone, cet empaffé, a fait ce qu'il fait de mieux : sonner.

Ҫa m'a comme qui dirait secoué et rendu au monde réel. La rousse incendiaire entre mes mains évanouie ! Bye bye.  Il n'y avait qu'une châtain pâlotte dont le coup de reins n'avait rien d'animal : bigre ! Ma femme n'a jamais beaucoup aimé baiser. La corvée conjugale du dimanche soir : parfait pour fantasmer.




in: The closer I get

jeudi 12 janvier 2012

KinChino : guerrier de l'asphalte

L’artiste protéiforme KinChino continue sa mutation dans les voies du hip-hop, tendance engagé et indépendant. Il vient de sortir une deuxième mixtape qui fédère le gratin du collectif Altermutants.


L'Altermutant KinChino vient de sortir sa deuxième mixtape. Un petit événement qui commence à faire vibrer la planète hip-hop, KinChino a une deuxième fois su rallier des voix, des écritures à son projet en puisant dans le collectif Altermutants auquel il appartient. Un collectif d'artistes Hip Hop qui regroupe une tripotée de talents issus de la banlieue, « une alternative a un bizness de la musique en mutation » selon l’artiste.

Cela commence par une pochette verte et blanche qui claque un mélange entre le graff et le Hip Hop Old School. Cela continue avec une musicalité, des instruments live, une spontanéité assumée, un lyrisme un peu incongru dans un monde de béton. Yamakasi, esprit samouraï, guerrier un peu intergalactique mais pacificateur. Et pour cause, Etienne Chenet, l'âme mutante de KinChino est aussi le bassiste de Syrano dont il s'est assuré la précieuse participation.


A l'écoute, le projet "KinChino présente sa Mixtape : Volume 2" se divise indéniablement en deux parties, en deux couleurs, qui s'intercalent et se répondent. Gris, dur, colérique, et très social d'un côté. Plus doux, feutré, sensuel, ludique de l'autre. Les chansons les plus vindicatives chroniquent plus qu'elles ne chargent. Si Tu Bouges La Tête avec Syrano est un son engagé et calme sur le monde et ses conflits géopolitiques et environnementaux (génocides, guerres civiles, guerres de religions etc...). « Si tu bouges ta tête alors bouge aussi ton cerveau. Nerveux et asservi, je provoque pas, j'avertis. ». Les textes nostalgiques Trente Et Quelques (avec Zé Riu et Sokrat) et son écriture quasi cinématographique et Quand (avec Myscier Blodya) sont portés par des musiques qui parleront peut-être moins aux jeunes mais se veulent sans concession, assénés comme des vérités par un flow âpre.




Le Palais Des Laids (avec Mauricio Santana) est un mix entre le hip-hop et le rock. Ce son fait le parallèle entre la laideur supposée des habitants des quartiers et le non accès pour tous aux droits, aux loisirs notamment. Il se veut aussi une dénonciation de la société de l’apparence. Les paroles sont drôles mais d'une cinglante vérité sur le deux poids deux mesures. Quant à Pornographie, le titre de la chanson éclaire suffisamment sur les métaphores sexuelles, romantiques et amoureuses que Zé Riu conjugue tout au long du morceau.

MAL A L'ÂME

Ici On S'Tue Pour Des Hosties (avec Syrano, R-mythe (JeanJean) et Cherzo) abonde en punchlines mystiques et images religieuses. Le texte dénonce l'emprise des religions sur les existences, les divisions qu’elles engendrent. Enfin, Bad Booda (avec Sokrat) ou l'itinéraire d'un homme déterminé, vrai et engagé. Des paroles crues (« L’Etat fait des ratures sur nos vies, à coup de procès verbaux ») qui font mal à l'âme (« T’es au choix l’homme libre, le bourreau ou la victime. »)

A côté de cela, l'album s’oxygène grâce à de véritables respirations musicales. La première chanson, Deuxième Étape (avec Mauricio Santana, Sokrat et Zé Riu) donne d’emblée et étonnament le ton de la douceur. Son refrain illustre l'ambiance du projet : « Les mecs s'tapent pour télécharger nos mixtapes » avec des featurings de qualité pour cette introduction, qui ne se démentent jamais tout au long de la mixtape. Blues et bossa nova grâce à Mauricio Santana. Sur une musique triste et lourde, il décline la condition d'un rappeur expérimenté qui tarde à percer dans le hip-hop. Tout à coup, on commence à se déhancher. Il faut dire que sous ses dehors de rappeur, Mauricio Santana est aussi un guitariste de jazz et de bossa. Blues marque un tournant sur la mixtape, puisque les chansons suivantes seront dans la même veine blues et mélancolique. Ici l’ambiance prend des teintes et des volumes, le sang afflue et gonfle les sillons du CD.

Lundi (avec Eliptik) s’ouvre sur un dialogue de 45 secondes tiré d’un film avec Lino Ventura semble-t-il, et se poursuit par une plage de saxophone pendant une minute. Un son calme, apaisé, jazzy. Encore une chanson douce à écouter. Le Petit Parvenu (avec Lektor, Pompier et Anakin) raconte le parcours d'une personne issue des quartiers qui aurait réussi mais aurait oublié d'où elle vient.

Troisième partie bonus, des chansons qui dénotent surtout par leur forme. Une Malédiction De L'Artiste avec Cherzo et son flow souple et inimitable, mais aussi Myscier Blodya, Pompier, Syrano, Timar de Ladesh, THO, Sokrat, Zé Riu, Mc Cool, Didateo et Ga*Hell. Un morceau de bravoure sur un thème immortel, exécuté sur du piano et du violon pour le plaisir des oreilles. Une ritournelle tristounette. Rendez-vous ensuite pour une intro japonisante. Le contenu de Pas Immortels est politique. Sokrat, Lektor, Zé Riu et Jay nous incitent à nous bouger "l'cul". Le refrain chanté, assez original au demeurant, prend des allures de manif, de chant de stade, un truc qui galvanise et qui donne effectivement envie de se bouger le cul.

ALTERMUTER

Deux Clash clôturent l’album. Le premier avec Cherzo, très court et provocateur, est une forme de dédicace à KinChino et à son travail. L’atmosphère baroque et stromboscopique de ce morceau évoque plus la BO de Barbarella que le rap basique que l’on a l’habitude d’entendre chez les rappeurs français. Le phrasé de Cherzo ondule, s'immisce, danse le flow, musical et aérien. Décidément nous avons hâte de le voir sur scène après l'avoir vu à côté de Syrano. Le deuxième Clash prend plutôt des allures de Star Wars. La voix (Dark Vador ou sa doublure) extermine Cherzo et son clan. Attention, c’est un peu violent. Nul doute que de toute façon, ils ne tarderont pas à "altermuter".

L’album est ponctué de slams ? monologues ? ovnis ? morceaux acapella enregistrés sur un Répondeur par Stens, Timar de Ladesh, Tricks et les autres. Une savoureuse façon de participer.

Cette mixtape est vraiment bien travaillée. Chaque morceau a son identité, sa personnalité, ses qualités, son univers musical. Surtout ce projet nous fait découvrir des rappeurs de talent sur du Hip Hop à l'ancienne. Pour moi, ce fut plaisir d'écouter du rap non commercial à texte, sur des instrumentales simples. C'est ce genre de projet musical que l'on devrait valoriser dans les radios ou sites spécialisés dans le domaine.

Vindicatif mais pas méchant, l’album jette un constat sur la société, un regard plein de recul, sans amertume mais d'où l'on sent sourdre la colère, l'impatience, la frustration. S'il n'y avait qu'un seul message à retenir à travers cet objet coloré et musical : le monde doit changer.


Kojiro et Angelina



Vous pouvez télécharger légalement "Kin Chino présente sa Mixtape : Volume 2" sur la plateforme ITunes.

Pour en savoir plus sur le collectif Altermutants
Vous pouvez également lire cet article sur Bakchich



in: Angelina's musical fantasy

Faites tourner Mes petites fables