vendredi 8 janvier 2010

Deux Boleyn ne valent pas mieux qu'une

Un film historique comme Hollywood savait les faire au temps jadis : des décors et des costumes splendides, de la romance, de la légereté, un peu de liberté avec l'Histoire, des acteurs beaux et fabuleux. Les principaux ingrédients indispensables à un moment de détente le vendredi soir. Pour le reste, cinématurgie, réalisation, direction des acteurs, c'est au petit bonheur la chance.

La chance pour Justin Chadwick, obscur réalisateur bêta (de la lettre β) du sérail hollywoodien, pourtant encensé pour la réalisation de plusieurs épisodes de Bleak House, c'est de s'être vu offrir, outre un somptueux plateaux technique pour la mise en images, des comédiens capables de se diriger tous seuls.

Deux Soeurs Pour Un Roi, puisque c'est de ce film au titre improbable et pourtant bien réel, dont il s'agit, évoque la face cachée de l'ascension d'Anne Boleyn, deuxième femme du roi Henry VIII. A bord de ce navire qui, de loin a plutôt l'allure d'une galère, trois comédiens esthétiquement parfaits : la grandiose Natalie Portman dans le rôle d'Anne Boleyn, l'envoûtante, quoique je commence à me demander si au fond elle ne serait pas un peu niaiseuse, Scarlett Johansson dans le rôle-titre (The Other Boleyn Girl, l'autre Boleyn) et Eric Bana dans celui d'un roi Henri VIII bien éloigné de l'image conventionnelle qu'on en a, à savoir le physique d'un Charles Laughton, d'un Peter Ustinov, voire d'un Carlos shooté au Lexomil. Ce Henri VIII-là est svelte, sexy, barbu certes, coléreux certes, mais point bedonnant.




Bref, du grand spectacle au service de la petite histoire. La soeur Boleyn a effectivement existé et c''est peut-être une des qualités de ce film que de nous le rappeler ou nous l'apprendre, en comptant la fine analyse de la condition des femmes de l'époque, entièrement soumises au bon vouloir d'un père, d'un mari ou du roi. Pour le reste, la romance l'emporte. Le scénario, qui est l'adaptation d'un roman, prend des libertés avec les faits et s'amuse à accommoder ce qui l'accomode : la brève et anecdotique liaison de Henri VIII avec Mary Boleyn avant qu'il ne tombe passionnément amoureux de sa soeur Anne.

Chose incroyable, et pour aller dans le sens hollywoodien, le film occulte pratiquement l'histoire d'amour pourtant fameuse et reconnue entre le roi et Anne Boleyn dont des lettres enflammées nous sont pourtant parvenues, en faveur des sentiments qu'il aurait porté à sa soeur Mary. La narration de cette idylle semble incroyablement longue comparée à l'évocation du "règne" de sa soeur condensé en quelques séquences.




Las, toute la première partie narrant le séjour de Mary à la Cour est plaisante, mais à la limite de la mièvrerie, avec une scène d'amour à faire rêver les ménagères de 14 à 122 ans en climax. Une success-story qui s'achève avec le retour de la brune, évincée dans la première partie. C'est là que le film bascule et que le spectateur mesure ce qu'il a perdu.



Dans un carcan bien trop petit pour elle, malgré une réalisation plate, lourde et dans la paraphrase permanente, une direction d'acteurs nulle et un rôle à la limite du manichéisme, Natalie Porman transfigure une Anne Boleyn dévorée par l'ambition, portée par un caractère fougueux et une basse jalousie. En la regarder jouer entre effronterie, bravade, rancune et remords, entre désespoir et angoisse, on se prend à regretter que le film ne se soit pas plutôt concentré sur la future reine.



Demeure un spectacle divertissant. Pour Barbara Cartlandophiles avertis.

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