jeudi 25 mars 2010

Effet fantôme

Et moi alors ? Personne ne me demande ce que j'ai pensé du dernier Polanski ?

Puisque personne n'insiste, je vous le dis.

Le dernier Polanski est fa-bu-leux !... à condition de n'avoir vu aucun de ses films avant.





"The Ghost Writer" (le nègre en français) joue avec les mots. Un écrivain est recruté pour réécrire les mémoires de l'ancien Premier Ministre britannique. Il prend ainsi la place du nègre officiel récemment trouvé mort sur une plage. C'est également de cet écrivain fantôme dont il s'agit. Un clin d'œil un peu grossier à l'une des thématiques préférées du réalisateur, le double. Ce double n'a en effet rien à voir avec la schizophrénie de Répulsion ou du Locataire.

Foin de délire paranoïaque. Loin de se voir hanté par ce fantôme qu'il doit remplacer, le personnage principal, incarné par Ewan Mc Gregor, se contente de mener une enquête, tout en échappant à des poursuivants qui essaient de le neutraliser.

Certes, l'intrigue tient la route, il y a du suspense, des rebondissements, de beaux effets scénaristiques. Certes les décors sont bien pensés, comme l'a si bien remarqué Serge Kaganski sur le site des Inrocks au point d'oublier de parler du film. Mais d'où viennent alors ce petit air de déjà-vu, ce sentiment de délavé ?

Pour moi, Roman Polanski est passé à côté de la seule bonne idée de son film : l'évocation de Tony Blair que l'on n'a aucune peine à reconnaître derrière cet Adam Lang arrogant et antipathique. Le personnage est totalement sous-traité alors qu'il aurait pu générer des sommets d'angoisse comme chez Hitchcock ou chez Chabrol, et Pierce Brosnan aurait pu être sublime. Les personnages secondaires sont, et c'est grand dommage, un peu bâclés (la secrétaire amoureuse, le père du militaire, l'habitant de l'île) au profit d'un Ewan McGregor qui jouerait le candide de service cher à Polanski, sans la brillance et la drôlerie d'Alfred dans Le Bal des Vampires et sans la maladresse angoissée de Trelkovsky dans Le Locataire.

Si le film se laisse voir, non sans procurer un bon moment de détente, n'espérez pas pour autant vous accrocher au fauteuil durant toute la séance ou sursauter si votre voisin à la mauvaise idée de se racler la gorge. Pour ma part, j'ai plutôt eu l'impression d'avoir assisté à un numéro de passe-passe déjà utilisé et réutilisé au cinéma et de sortir du film avec le sentiment que le réalisateur était plus content de son petit tour de farce et attrape que de la réelle saveur de son histoire.




in : Angelina's thrilling envy of cinema

3 commentaires:

Gérôme a dit…

"Pour ma part, j'ai plutôt eu l'impression d'avoir assisté à un numéro de passe-passe déjà utilisé et réutilisé au cinéma et de sortir du film avec le sentiment que le réalisateur était plus content de son petit tour de farce et attrape que de la réelle saveur de son histoire."
J'ai l'impression que Polanski est devenu le spécialiste du genre...

Maxime a dit…

Qu'on arrête simplement de tenter de me faire croire que Polanski est un grand réalisateur; un mec qui met mal en scène, scénarise avec sa bite et peine à approfondir ses personnages est, au mieux, médiocre.

Angelina a dit…

Pour moi, il y a l'avant et l'après Tess. Tout le monde ne sera pas d'accord à cause du Pianiste. Mais ce film, aussi émouvant et bien interprété soit-il, m'a moins touchée que "Au nom de tous les miens" qui traitait du même sujet.

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