mardi 6 avril 2010

Cour from Grégory H

Photo oNico®'s



Il est tard. Peut-être deux heures du matin. La rue est calme. Les petits immeubles qui se succèdent ne laissent plus apparaître aucune effervescence. Sur le clavier incrusté dans le mur, à côté de la porte, Nicolas Bauer enfonce les quatre touches situées à droite, de haut en bas : 3, 6,9, B. Le sésame d'une entrée sur dix. Dès la deuxième tentative, la théorie se vérifie. La frêle porte en bois, vitrée, s'ouvre sur un corridor exigu, sombre et dont la simplicité traduit la modestie du lieu que Bauer découvre. Vite familiarisé à l'obscurité, il jette un oeil à la dizaine de boîtes aux lettres rangées à sa droite. Leur métal réfléchit la lumière du dehors et des vies se mettent alors en avant : Wolczak Suzanne, Abron Martine, Heroso Henri, Houcine Bensaïd, Guizand Paul, Ravier Feguereido Luciano, Petitot Juliette et Speed Express. De lugubre, l'endroit devient hospitalier. Les trois autres bouches à papier sont muettes, anonymes. Longeant le petit couloir, l'intrus aperçoit sur le côté l'étroit escalier en colimaçon dont les marches en bois ont été sculptées par des années de va et vient. Mais son objectif, c'est la porte du fond. Elle donne sur une minuscule courette éclairée indécemment par une pleine lune. L'endroit sent le bois humide, le moisi, les caves ne doivent pas être loin. Trois gendarmes vert, bleu et jaune se dressent à quelques mètres. L'un pour le verre, l'autre les emballages, le troisième les restes de repas et autres déchets. Tout ici est parfaitement entretenu malgré la pauvreté ambiante. Encerclé de près par les immeubles froids qui bordent la cour, Bauer est rassuré par les deux petites maisonnettes, studios probables, qui s'intercalent entre lui et ses agresseurs. Sous ses pieds, le pavé est chaotique et fait mal. Sur sa gauche, à l'angle de l'une des deux habitations, un recoin à l'abri des regards possibles et de l'astre nocturne. Sous la fenêtre, juste un pot de géraniums entretenus. Il veut y voir un signe d'espoir, le pousse et s'installe. Pour sa première nuit dehors, il pense qu'il a de la chance.



in : La part du fabulateur

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