mercredi 15 septembre 2010

"Des hommes et des dieux" entre ombre et lumière

© Mars Distribution


En 1996, sept moines du village de Tibéhirine en Algérie ont été enlevés par un groupe islamiste puis retrouvés sauvagement assassinés deux mois plus tard. Des moines qui avaient obstinément refusé, malgré les mises en garde et les prières, de quitter le village dans lequel ils étaient installés depuis de nombreuses années, alors que le pays vivait sous le joug de la terreur et connaissait une vague d’attentats sanglants.

Près de quinze ans plus tard, le cinéma s’empare enfin de cette histoire, et témoigne de ce mystère de la foi humaine, de l’énigme de cette poignée d’hommes qui ont choisi de rester des hommes au milieu de la tourmente et de la fureur. Ceux qui voudront en savoir plus sur cet épisode sanglant de l’histoire commune à la France et à l’Algérie resteront sur leur faim. Il n’est pas question ici de version des faits historiques. Originellement attribué au GIA (Groupe Islamique Armé), l’assassinat des sept moines a récemment fait l’objet de révélations évoquant plutôt une bavure de l’armée algérienne. Mais le réalisateur ne tranche pas.

L’entêtement presque incompréhensible de ces religieux à ne pas vouloir se mettre à l’abri, à ne pas sauver leur vie, est en effet plus traité sur le mode de la parabole que sur celui de la vérité historique. Des hommes et des dieux pose avec sensibilité la question de l’engagement. Au-delà de l’aspect religieux et du pathos que pourrait générer la fin tragique des moines, c’est du côté de l’humanité que le réalisateur a choisi de se tourner. Il interroge les moines sur le sens de leur mission, non divine, mais terrestre, sur la nécessité de vaincre la peur, de s’en remettre à l’homme pour exister entièrement et naître à soi-même.

Peu à peu, la violence se rapproche. De la bouche d’un villageois à la perte d’amis assassinés, distillée par des images à la télévision, matérialisée par des barrages sur la route. Le monastère est cerné. Le film relate un véritable siège qui atteint son paroxysme lorsque le chant des moines tente de couvrir le bruit d’un hélicoptère.

La présence d’une communauté chrétienne au sein d’un village algérien soulève de nombreux problèmes d’actualité. Elle porte les stigmates de la colonisation, mais aussi celles du partage, de l’humilité, de la coexistence possible des religions. Est-ce orgueil de rester lorsque l’on se sait en danger ? A-t-on le droit de se sacrifier quand le sacrifice est certain et sûrement vain ? La critique aura beau railler une mise en scène minimaliste et sans profondeur, des références un peu trop voyantes (Mantegna, Rossellini…) des scènes qui se répètent (plusieurs délibérations, un Lambert Wilson torturé qui ne cesse de réfléchir…), des visages en gros plan qui se succèdent avec Le Lac des Cygnes en fond sonore pour forcer l’émotion. Bref une volonté de vouloir tout expliquer, tout démontrer par des images. Mais c’est l’impression contraire que j’en retiens. J’ai trouvé dans ce film l’espace pour y projeter mes propres émotions. Les acteurs sont évidemment tous formidables, de Lambert Wilson qui en fait beaucoup sans jamais en faire trop à Michael Lonsdale en roue totalement libre, d’une élégance et d’une grâce que personnellement je lui connaissais peu.






in: Angelina's mystic envy of cinema

1 commentaire:

Angelina a dit…

Comprendre un peu mieux. Un bel article critique sur le film.
http://www.liberation.fr/culture/01012333921-retour-sur-des-hommes-et-des-dieux

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