dimanche 19 septembre 2010

Entretien avec un cyborg (1ère partie) from Z'arno


Ce soir le sexe, c'est Z'arno, un dessinateur qui écrit et qui écrit bien, qui manie la langue avec aisance, à toutes fins utiles. Un vrai moment de plaisir, de goguenardise et de drôlerie. A consommer en plusieurs épisodes...






Keryann était un jeune garçon conforme aux clichés que véhicule l’adolescence : mal dans sa peau, en conflit avec ses parents, timide et pataud avec les filles qui lui préféraient les archétypes vulgaires et sociétaux de l’étalon accompli. Les jeux vidéo représentaient bien une satisfaction ponctuelle qui évacuait momentanément le maelström hormonal auquel il était sujet, sans grand succès toutefois. Ses désirs étaient ailleurs.

Pour lui, arriver au dernier niveau du jeu de sa vie actuelle, vaincre le boss et enfin atteindre l’écran « vous avez gagné », se résumait à baiser. Mais pas n’importe comment, non. Keryann voulait la baiser elle, la grande brune du premier rang avec son sourire arrogant, et surtout ses yeux, d’un bleu tellement pur qu’on en oubliait presque qu’ils ne savaient dire qu’un seul mot : braguette.

Il n’en avait rien à foutre de rouler à trois cent kilomètres heures à contre-sens dans son jeu vidéo ou de ricaner grassement avec ses collègues boutonneux en quête d’une ventripotente virilité de paille, feinte et ordinaire, souvent paternelle, répulsive, terreuse, ce fer rouge qui leur laisserait « mal-baiseur, mâle baisé » en travers de leur front d’acnéiques pourris.

Le regard perdu dans sa Playstation-monde, il pensait à elle, comme à chaque seconde qui s’écoulait depuis que leurs regards s’étaient croisés. Était-il amoureux ? Qu’importe, s’il fallait être amoureux pour la jambonner, il le serait. Ses seuls fantasmes étaient des bribes préfabriquées, désincarnées, inspirées du vaste programme porno-branlette que lui offrait internet. En pensant furtivement à son père qui exerçait dans la boulangerie, il se fit la remarque qu’Internet, justement, était un formidable réservoir à miches. Formidable et médiocre à la fois. Formidable pour la ressource sexuelle quasiment illimitée. Médiocre parce que tout n’était que fiction et qu’un clic, même vigoureux, n’avait jamais fait miauler aucune chatte, de surcroît la grande brune du premier rang.

Il fallait qu’il l’approche, qu’il la touche, qu’il la sente, qu’il la prenne. Et qui plus est qu’elle soit consentante. Le viol n’avait pas d’intérêt en soi, il préférait le programme porno-branlette, en plus c’était légal. Non ce qu’il voulait c’est qu’elle le désire lui. Lui seul, au beau milieu de cette junte de glands turgescents et malavisés. Tous les boys de la Terminale C voulaient tirer leur crampe avec l’allumeuse numéro un du lycée. Et rares étaient les chanceux à toucher au but, ce qui ne faisait qu’accroître la fascination et l’attrait pour la bêcheuse en question.

Esthétiquement c’était une chipie effrontée assez banale, le style petite conne des beaux quartiers qui joue de son petit cul avant que celui-ci ne s’alourdisse de conformisme rampant, militante d’extrême-gauche pour le côté alter-mondialiste : dans le cas de béance de sa génération, un supplément de conscience, même faisandé, ça ne se refusait pas.

Keryann avait eu une brève discussion avec elle au début de l’année. Lui, attendait son bus – en retard, comme à son habitude -, elle, baguenaudait sur le trottoir – avec la même arrogance postérieure qu’à l’accoutumée -, si bien que ce fut elle qui engagea la conversation, en bonne femelle dominatrice qu’elle était, gavée dès le biberon aux dogmes sexo-vengeurs pour occidentales crapoteuses au confort bien établi :

- Hello, j’ai vu qu’on était dans la même classe… Moi c’est Cassandre, mais mes amis m’appellent Cassie !

- On m’appelle Keryann. Enchanté, Cassie, lui avait-il répondu complètement terrorisé par le regard azuré de son interlocutrice.

- C’est cool, Keryann. Bon je te laisse, voilà la voiture de ma mère. On se voit en cours. Bye, avait-elle lancé, désinvolte, avant de s’engouffrer dans un gigantesque Porsche Cayenne.

Un peu léger pour avoir envie de la culbuter multi-quotidiennement, mais ça lui suffisait. Par la suite, toutes ses autres tentatives d’approche s’étaient soldées par de cuisants échecs. Seulement, le Diktat de sa queue entamait sa phase de testiculance génocidaire, si bien qu’il s’était résolu à un ultime essai, plus direct, le lendemain. En attendant, le programme porno-branlette du jour pouvait commencer.


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La pornographie était un bourreau méthodique, intraitable, industriel, pour une mise à mort du désir sur la place lubrique. Les films pornos qu’il visionnait le happaient dans cette para-réalité gouvernée par la surenchère, le surpassement perpétuel de l’orgie. Comme conditionné, malgré lui, par cette déferlante vénérienne, il en était à un point de sa découverte de la sexualité qui lui faisait préférer le porno à l’érotisme. L’Erotisme en était venu à l’ennuyer. Non pas qu’il soit mal réalisé ou bancal, mais il incluait la jouissance et l’abandon dus à l’Amour, donc l’arrêt du processus sexuel à un moment donné, dans toute sa subjectivité. Il détestait ça. Ce qui l’excitait c’était cette vision d’abattoir, rude et violente, sans considération et sans justice, sans sentiments, sans mystère, sans suggestion. Le porno était le miroir de la société qui l’avait fécondé : un totalitarisme violent et autoritaire, organisation physique, économique et sociale du renoncement à la rencontre et à l’émulation collective au profit de la sclérose frustrée. Socialement, le désir était peu à peu réduit au simple besoin marchant, négation d’autrui, soumission nécessitariste au refus de l’intime.

Plus ou moins consciemment, c’était tout ça qu’il aimait, qu’il voulait. Le désastre éthique, et donc humain. Le déni intégral, la visibilité absolue, la négation du secret, la surveillance totale, un système carcéral virtuel où chacun est à la fois promoteur et résident de sa propre cellule, sous couvert de pouvoir soi-disant libératoire. L’idéologie décadente dans toute sa compacité, celle des bourgeoises boudinées dans leurs tailleurs de putes, remuant leur fion suintant le gauchisme de salon. Celles-là qui exigeront la prohibition du Niquab sans être capable un seul instant de refroquer leur petites garces de jus-de-couille fagotées comme des boîtes à vérole.


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Keryann se manuelisait depuis quelques minutes, la pensée interpénétrée par Cassie, le film en lecture sur la page internet, encore Cassie, encore cette actrice à l’écran… Les deux étaient-elles si dissemblables ? En plissant les yeux il se laissait aller, ne sachant plus très bien, au bord du déferlement pénien, s’il voulait secouer l’arrogante Cassandre ou la grande brune du film, soumise, en pleine séance de lesbianisme.
(à suivre)



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in: The closer I get

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