mercredi 15 juin 2011

L'apport de l'immigré en France. Consommateur, développeur, innovateur, cotisant et créateur de richesses from Gary


L'immigration, un sujet qui a fait couler beaucoup d'encre et qui pourtant reste largement méconnu. Largement combattu par notre actuel président, qui a pu ainsi gagner une grande part des électeurs d'extrême droite, lors de la précédente élection présidentielle. L'immigration a été mise en avant en janvier dernier par le rapport Attali, qui préconise un recours massif à l'immigration comme relance de l'économie française. Intéressons-nous ici à l'apport économique que représente l'immigration pour la France et à ses déclinaisons dans le reste de l'Europe, notamment au Royaume-Uni.


 La France, « terre d'accueil »

PAYS d'immigration ancienne, la France a toujours établi un lien très fort entre immigration, croissance et chômage. Les années 1920 à 1930 ont correspondu à des périodes de forte croissance économique et de pénurie de main-d'œuvre. La crise des années 30 s'est quant à elle traduite par des restrictions professionnelles vis-à-vis des immigrés. Après la seconde guerre mondiale, durant les « Trente Glorieuses », de 45-73, l'effort de reconstruction a amené la France à ouvrir ses portes, d'abord aux pays limitrophes, puis aux anciennes colonies, devenues depuis indépendantes. 1974, signe l'arrêt officiel de l'immigration hors droit d'asile. La crise pétrolière et le ralentissement de la croissance économique amène d'ailleurs le gouvernement français à proposer aux immigrés une aide au retour. L'histoire nous apprend donc que l'immigration en période de croissance a toujours été considérée comme positive, et négative en période de crise. En temps de crise économique, un véritable repli identitaire s'est toujours manifesté de la part des Français, se sentant menacés.

Le débat politique sur l'immigration repose ainsi largement sur l'impact économique de l'immigration. Or la France est loin d'être un pays d'immigration massive. La part de croissance de la population due aux migrations est bien moins importante qu'il n'y paraît. L'accroissement migratoire ne correspond qu'à 20% de l'accroissement naturel alors qu'il est de 39% en Norvége, 70% au Royaume Uni et même 150% en Allemagne.

Sur quoi se fondent donc ces théories largement partagées par l'opinion publique, mais pourtant absentes dans les préoccupations des économistes ? Il n'existe que 2 études importantes sur la question [1] et l'INSEE elle-même ne fait pas de corrélation entre immigration et économie dans les études disponibles. De nombreux mécanismes provoqués par l'immigration, peuvent toutefois affecter la situation économique du pays d'accueil, de manière positive comme négative. Nous nous proposons ici d'aborder cinq de ces mécanismes, de manière non exhaustive, afin d'éclairer un peu plus le débat sur l'immigration.


Immigré, consommateur

Avant tout, un immigré [2] est un homo œconomicus comme un autre. Il vit et donc consomme des biens et services dans son pays d'accueil. Le recensement de 2004 fait état de près de 583 000 immigrés [3] originaires d'Afrique (hors Algérie, Maroc et Tunisie), soit autant de consommateurs. Or il est désormais avéré que la consommation des ménages représente un moteur, un véritable pilier de l'économie française. En 2005, la consommation, en hausse de 2% [4], soutenait toujours la croissance. S'il est difficile de chiffrer l'apport des consommateurs immigrés dans la consommation des ménages, il reste indéniable qu'ils ont en matière de consommation une contribution positive pour l'économie française.


Immigré employé, créateur de richesses pour l'entreprise

La population immigrée est largement mise en cause dans l'accentuation du chômage. Tout se passe comme si en période de crise, le flux d'immigrants aggravait la situation en important de nouveaux chômeurs ou en provoquant une concurrence accrue en termes d'emploi. Les flux d'immigration ont pour première conséquence d'augmenter de manière globale la population active. L'immigration en provenance d'Afrique Subsaharienne était composée, selon le dernier recensement 2004-2005, de seulement 21% de personnes de moins de 25 ans, le reste correspondant à une population en âge de travailler. Mais l'augmentation de la population active n'a pas une conséquence directe sur le taux de chômage puisqu'il s'agit d'un taux. Si une partie de la population immigrée vient s'ajouter au nombre de chômeurs autochtones, en volume, le taux reste insensible.

D'autre part la composition elle-même de la population de travailleurs immigrés n'est pas de même nature que celle de la population autochtone. La répartition sectorielle de l'emploi étranger en France laisse apparaître que 20.5% de l'emploi étranger se retrouve dans le secteur des mines et industries manufacturières, 19.3% dans les autres services (notamment les services à la personne) et 18.3% dans la vente et la restauration. Lorsque les populations immigrées occupent des postes non pourvus, ils répondent à une offre existante. Ils permettent ainsi une complémentarité entre immigrants et autochtones, complémentarité créatrice de richesse pour l'entreprise, facteur de croissance. Et même à compétences égales, il est absurde d'affirmer que les immigrés se substituent à l'offre locale. En 1996, sur 1 240 000 personnes ayant effectué une mission d'intérim, au moins 23.6% étaient étrangers. Les travailleurs ressortissants de pays étrangers sont environ dix fois plus nombreux à travailler en intérim (c'est-à-dire en contrats à durée déterminée) par rapport aux nationaux.


Immigré retraité à l'étranger, cotisant net

Comme tout employé, le travailleur immigré paie des impôts et surtout des cotisations à la sécurité sociale en vue de se constituer un minimum vieillesse. Il contribue ainsi au budget de l'Etat, au travers des taxes fiscales. Lorsqu'un immigré souhaite repartir dans son pays d'origine au moment de la retraite, il ne peut plus bénéficier de son minimum vieillesse. Ceci impacte l'image de France, en tant que « terre d'accueil », et explique en partie son manque d'attractivité par rapport à d'autres pays. Afin d'attirer des professionnels venus de l'étranger, le gouvernement est en train de réfléchir à un système d'exonérations (durant 5 ans) et de déductions fiscales au titre des cotisations sociales, qui pourront être versées par les expatriés [5] dans leur pays d'origine. Mais quand on connaît la rapidité de l'administration française, il est peu probable que ces résolutions soient mises en place de si tôt.


Immigré et étudiant étranger, innovateur

Dans le monde qui est le nôtre, et sous l'effet de la mondialisation, il est clair que la présence d'employés de diverses origines au sein d'une entreprise est très bénéfique en termes d'ouverture d'esprit et d'innovation. Nous vivons une période de pénurie de main-d'œuvre qualifiée et hautement qualifiée. En France, depuis le début des années 1990, le dynamisme entrepreneuriale de l'immigration africaine connaît un développement notable, malgré un contexte défavorable. Au total les immigrés sont près de 8.4% à appartenir à la catégorie des entrepreneurs, contre 6.9% pour les nationaux. L'Association pour le droit à l'initiative économique (Adie) répertorie parmi ses clients plus de 33% de créateurs d'entreprises immigrés, originaires d'Afrique Subsaharienne.

Pour la même raison que celle évoquée ci-dessus, les étudiants étrangers représentent une richesse pour la France, dans la mesure où ils représentent de futurs travailleurs qualifiés et hautement qualifiés. Les démarches au sortir du statut d'étudiant sont pourtant très contraignantes en France. A titre de comparaison, Aux États-Unis, la plupart des bénéficiaires des nouveaux visas H1B sont des étudiants, résidant déjà auparavant sur le territoire. Les étudiants étrangers sont une véritable ressource, et un terrain d'innovation, près de 60% des start up de la Silicon Valley auraient été créées par des étudiants indiens ou chinois.


« Immigration choisie » ?

Depuis le 16 mai 2007, la France est officiellement entrée sur la voie de l'immigration choisie. Celle-ci est sensée lui permettre de sélectionner les immigrés en fonction des besoins de l'économie française. Comment déterminer avec précision les besoins du marché du travail ? Ceci suppose un recensement auprès des entreprises, recensement qui pour l'heure n'existe pas. Sans compter l'harmonisation en cours de la politique d'immigration à l'échelle européenne. Une harmonisation qui s'annonce difficile quand on sait que les besoins des pays de l'UE ne sont pas les mêmes. Enfin le respect des droits de l'homme, à savoir, notamment, le droit des résidents à vivre avec les membres de leur famille signifie que les regroupements familiaux auront toujours lieu en France. De même que l'accueil de réfugiés (Convention de Genève). Le flux d'immigration ne sera donc jamais uniquement composé d'« immigrants économiques ».

En attendant, le discours politique tend plutôt à la restriction de l'immigration. L'immigration venue d'Afrique subsaharienne décroît, par rapport à celle venue d'Europe de l'Est. Mais avec l'entrée de nouveaux pays dans l'Union Européenne, sa part relative risque d'augmenter ce qui donnera une lecture erronée de la réalité. Le pourcentage de l'immigration africaine paraîtra plus importante, vu que celle d'Europe de l'est ne sera plus comptabilisée, puisque considérée comme faisant partie de l'union européenne. Et l'opinion publique quant à elle n'en démord pas de l'idée que l'immigration est « massive » et représente une menace pour ses emplois.

Il convient donc d'être prudent dans notre lecture de la presse et dans les conclusions que l'on en tire. En décembre 2007, le Figaro titrait « Forte hausse de l'immigration d'Afrique noire », avec comme première ligne « L'immigration en provenance d'Afrique noire a fait un bond de 45% entre 1999 et 2005 : tel est le principal enseignement de l'étude rendue publique hier par l'Institut national de la statistique et des études économiques ». Dans le même temps les chiffres fournis par l'Insee nous indiquent que l'immigration en provenance de l'UE comptabilisait 1,7 millions de personnes, plus 1,5 millions d'immigrés en provenance du Maghreb, soit une immigration respectivement trois fois plus importante que celle en provenance d'Afrique subsaharienne…stigmatisation ?


Texte de Stella Ayoko Dosseh
écrit suite à un échange avec Gary Ba


Notes
[1] Deux études principales répertoriées : Hunt, 1992 « The impact of the 1962 repatriates from Algeria on the French labor market"Gross, 2000 « Three million foreigners, three millions unemployed ? Immigration and the French labor market »
[2] Au sens de l'Insee, un immigré est « une personne née étrangère à l'étranger et résidant en France. […] Un individu continue à appartenir à la population immigrée même s'il devient français par acquisition »
[3] « Enquêtes annuelles de recensement 2004 et 2005, près de 5 millions d'immigrés à la mi-2004 », Catherine Borel, Insee Première, n°1098, août 2006.
[4] « La consommation soutient toujours la croissance en 2005 », Régis Arthaut, Danielle Besson, Georges Consalès, division Synthèses des biens et services, Insee
[5] l' Insee établit une différence entre l'expatrié, « salarié, sur une période déterminée, et l'immigré qui peut être inemployé et résider en France durant une période indéterminée



in: La part du fabulateur

2 commentaires:

Angelina a dit…

Ce serait bien que ça se sache...

Martial a dit…

‎...ça se sait ...depuis fort longtemps...Mais c'est un leitmotiv récurrent !

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