mardi 26 juillet 2011

"J'aurais tellement aimé la prendre dans mes bras la gamine" from Denis Parent



"Elle puait autant l'amour que la mort" dit d'elle Denis Parent. A ceux qui se sont peut-être étonné de ne pas trouver un mot sur Mes petites fables de la mort de la diva du R'n'B britannique et universel, je dis : "Zut". Denis Parent, avec l'habituel aplomb qu'il met dans sa plume, a synthétisé un hommage entre amertume et dégoût. Un hommage que l'humour acidulé d'Amy Winehouse aurait certainement goûté.


DR

J’ai tué Amy Winehouse. Et vous aussi. Et eux aussi. Elle nous a beaucoup aidé, il faut dire. On peut dire qu’on s’y est tous mis à régler son suicide, car à l’arrivée ce sera toujours un suicide, afin que tout cela puisse entrer dans la légende encombrante du rock’n roll. On a tous contribué à un vaste plan marketing dont le but ultime était la mort de l’artiste avec son propre consentement, parce que on prend tous la pause pour parler de la malédiction Joplinienne et qu’on se branle tous avec les sottises des « ex-fans des sixties ». Maintenant le show peut commencer.

La vie d’Amy était programmée pour sa mort. Elle était née pour qu’on lui rende un perpétuel hommage. Ça nous dédouane tout ça. 27 ans l’âge maudit. Que faire. C’est le rock. Levons un verre. Fumons un cône. Mettons toute notre fatalité dans notre révolte. Après tout, elle était une déesse non ? Et les déesses ne meurent jamais. Je ne connais rien de pire que les conneries qu’on profère dans ces cas-là. Le grand cirque des obsèques païennes sous le signe de la musique du diable me font chier. Nous sommes juste tristes. Tristes parce qu’une autre artiste qui n’a jamais fait de mal à personne à part à elle-même s’en va, seule, tombée dans sa maison, crevée sans une main pour tenir sa main, perdue dans sa bile, évanouie dans sa came. Nous irons fleurir sa tombe en comprimant sur nos bouches tremblotantes des mouchoirs imprégnés d’acide. Nous graffiterons les murs du cimetière, nous invoquerons les mânes de Jim et de tous les cimetières rock du monde, la scène ultime où se joue le grand silence après l’assourdissant déluge de décibels.

Il y avait une poupée cassée chez cette pépée. Sorte de reine de saba blanche, judéo-négresse, qui avait une chatte dans sa voix, toujours au bord de l’orgasme. Et ce petit corps famélique de femme aimée à la sauvette par des junkies mal lavés, bad boys à l’électro-encéphalogramme plats, tatoués de la connerie noire du pseudo paroxysme punk. Sa voix nous manquera certes, même si elle-même n’était qu’en devenir. Son devenir nous fera cruellement défaut, la maturité, celle qu’Aretha a eu. Mais sa chair aussi nous manquera. Elle avait la beauté laide et grandiose. La beauté de la femme saoule, celle qu’on va ramener et mettre au lit, en ayant l’élégance de ne pas lui mettre un coup et c'est pas l'envie qui manque. La beauté de ces femmes qui vous déchirent par leur gouaille, leur suprême vulgarité, des femmes qui n’appartiendront jamais à personne, à supposer même que tout le monde soit passé dessus, parce qu’elles ne sont qu’au-delà. A savoir même si elles s’appartiennent.

Amy nous fait du mal parce qu’elle a mal et qu’elle incarne le mal-être, ce trou noir qui nous autodévore là, juste au milieu, à l’endroit où poussent des enfants morts-nés. Pauvre conne, pauvre tarée, pauvre môme, fée pleine de plaies, fée carabosse, où est ta complainte ? Où est ton blues rayé ?

Denis Parent,
Mémoires d'un amnésique /Lundi 25 juillet


Denis Parent est l'auteur du roman Un chien qui hurle, paru chez Robert Laffont en 2011.
Un portrait et une critique cinématographique (réalisée dans un contexte expérimental) de Denis Parent.




in: La part du fabulateur 

5 commentaires:

Denis a dit…

merci madame

Melody a dit…

un bien bel hommage...merci Monsieur et merci Madame pour le lien!

Martial Maurette Reporter-Photographe a dit…

Amie...Amy Winehouse...s'en est allée !
2ème version :Vieillir...Mourir...M​oyen d'évoquer la mort d'Amy Winehouse,ressortir "le club des 27", liste de musiciens (glorieux & mythiques...?) disparus, à 27 ans....(Voir le Web et Le Journalisme ...) Bon, j'ai 54 ans, 2 x 27 ans...Je risque donc de souffrir et de mourir deux fois plus ! A moins que je sois deux fois Moi...Et la Mort me guette ! Là et ici ! Mais vu que je suis plutôt créatif solitaire, je n'ai pas une armée de sangsues, prête à pousser tous mes excès ou vivre à mes crochets ...pour en tirer le plus d'énergies et de substances possibles...(pognon compris, évidement !) Ou bien, je ne suis rien !...Et ces étoiles filantes VIP, se sont brulées, tel Icare, leurs ailes près du soleil, en haut de la Pyramide...Du coup, on les catégorise Art-Tristes. Sniffff...Une larme me coule...Et j'écoute Bob Marley !Et il me revient des bribes de discours "magistraux", dans l'amphi des Beaux-Arts, ou sur les gradins romains des Rencontres Internationales de la Photographie, en Arles, sur les petits cons que nous étions, ...sauf à laisser une oeuvre dérangeante, après un décès, moche et prématuré ...

Anonyme a dit…

Une chatte dans la voix; c'est facile, vulgaire et mauvais. Amy n'est pas morte d'overdose.

Tonie a dit…

le texte parfait

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