jeudi 13 octobre 2011

Pour le plaisir

 from Rauden


Photo : _Amstramgram




Paul avait traversé les vingt premières années de sa vie sentimentale comme bien des couples. Une fois passés les premiers mois ensoleillés qu’annoncent le plaisir de la rencontre, de la découverte et le bonheur d’une nouvelle vie, l’ordonnancement du quotidien avait repris le pas. Entre les journées de travail, la ronde des relations familiales et amicales et les vicissitudes du quotidien, la profondeur de l’existence et du désir amoureux avaient reflué dans les recoins secrets de son être.

La surface des choses l’avait emporté sur la quête permanente du bonheur, la sécurité sur l’inconnu, l’image sur le fond et la lassitude avait gagné.

Paul, pourtant, n’était ni indifférent ni vide de sentiments. Il gardait toujours en lui, enfoui, cette sensibilité à l’espérance, cette force de renouveau qu’appellent les déchirures de la vie. Comme une promesse éternelle, cette sœur du désir qui ne le quittait pas.

Peu après son divorce, la providence le rencontrait. Elle lui donna à voir cette femme, assise au pied d’un arbre comme un signe, un chemin vers des cimes inconnues.

Elle était belle, souriante et ses yeux, son regard, entrèrent en résonance avec ce qu’il avait depuis si longtemps, retenu, maintenu. L’amour.

Dés lors, sans calcul ni maitrise, les métamorphoses de la renaissance l’envahirent tout entier. Paul découvrait de nouveaux continents, mu par une force qui le dépassait largement, et l’emmenait vers des espaces plus profonds où la fête des corps et des sens s’oublient dans l’abandon amoureux. Tous ses sens s’étaient ouverts, et quittant le domaine de la raison et de la pensée, ils cheminaient dans l’inné avec une énergie plus mature et innocente à la fois.
Le cœur et le corps s’unissaient, dépassant sans équivalence les rives connues du plaisir et de la satisfaction du désir. « Tu m’ouvres au mystère de l’âme » lui disait-il avec des yeux d’où perçait la lumière.

La découverte de cet autre « moi » lui donna le sentiment de rencontrer sa vérité secrète et de gouter enfin à ce bonheur espéré.

Il en va ainsi des mystères de la vie. Repensant à sa pré-histoire, à sa soudaine et inattendue renaissance, Paul compris que la vie est une force qui ne renonce jamais. Que ce qui germe depuis toujours, malgré et après l’hiver, fini toujours par sortir de terre.

C’est l’homme qui renonce, pas sa nature. A-t-on déjà vu le gel empêcher les fleurs d’éclore au printemps ?


Rauden



in: La part du fabulateur

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Faut attendre 50 ans pour avoir du plaisir alors?

Rauden a dit…

Mais non, bien sûr que non !

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