mardi 31 juillet 2012

«Qu’est-ce qui se passe, Anna ?» [J-41]

Pas de haïku aujourd'hui mais un hommage. Et pour changer, un hommage à moi-même.

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...Enfin, restons modeste. C'est surtout d'Anna Karina dont il est question. Anna Karina qui tient ici le haut de l'affiche depuis des années, Anna Karina devenue l'âme et l'hôtesse de ce blog, qui rassure et salue chaque visiteur de son beau visage dans la colonne de droite. Et si elle pouvait savoir combien je lui sais gré d'être là, comme une soeur, une amie.

Cet éblouissant billet sur le sourire d'Anna Karina, qui ne fut éblouissant que par la grâce de sa présence à elle et d'avoir existé, a inspiré un de mes plus fervents contacts sur Twitter. Et quand je dis "fervent", ça marche dans les deux sens. @pensezbibi qui tient aussi un blog éponyme s'est laissé inspirer par les larmes d'Anna K. dans Vivre sa vie. Cela donne un texte magnifique qui ne sera certainement pas sans rappeler Une année studieuse, le roman autobiographique d'Anne Wiazemsky qui fut la deuxième femme de Godard et dans lequel elle raconte si bien Godard.





C’est en furetant au hasard que j’ai trouvé cette émouvante photo d’Anna Karina tirée du film «Vivre sa Vie» de Jean-Luc Godard, l’histoire d’une femme qui – pour vivre sa vie – ira se prostituer de-ci, de-là. La légende – «Anna ! Anna ! Qu’est-ce qui se passe, Anna ?» - m’est alors venue instantanément, condensée par quelques souvenirs encore à vif. Les larmes d’Anna touchèrent aussi la blogueuse Angelina  via un tweet de retour (compte @Mespetitesfable). M’est alors venu ce petit dialogue, cette tranche de vie imaginaire (?) entre le cinéaste et son égérie des années 60.

« Ben voilà, me dit-elle, t’as choisi cette photo, une femme qui pleure, c’est pas étonnant, ça te rassure hein, une femme qui pleure. Attendrissante cette femme-enfant, comme ça tu peux lui parler en boss, en Maître. T’aurais pas un homme qui pleure par hasard ? Hein, t’as pas d’homme qui pleure dans ta photothèque ? Et ça ne pose même pas question à Môssieur ? Quoi, oui je me regarde et Anna, elle te dit qu’elle en a marre. Anna veut  vivre sa vie et hop, hop, hop pour vivre, elle s’est donné à tous ces Messieurs… Oui, à tout venant, à qui mieux mieux. C’est ça qui t’intéresse chez nous ? Comment on vit notre vie de putasse ? D’accord, t’as pas dit le nom mais il est là, au bord de tes lèvres. Parce que c’est ainsi que tu nous vois, que tous ceux de ton espèce, ils nous voient. Oui, oui, je sais, je sais que c’est ton film ce Vivre sa Vie, mais ça en dit long sur la tienne de vie. T’es incapable de la vivre ta vie, voilà. T’es in-ca-pa-ble. Ou alors, en te prostituant. Je t’ai entendu parler à la boulangère ce matin, tu détestes son pain mais tu lui fais de méchants compliments et de jolies courbettes. Tu prostitues ta parole. Tu parles à ton boss au téléphone et tu te laisses acheter. Tu es avec moi et tu me reproches d’être avec toi. C’est toi, toi, toi, le prostitué… Ça y est, j’vais me mettre à pleurer, à penser encore à tout ça. Non, j’en veux pas de ton mouchoir, d’abord je pleure pas, je suis en rage, c’est tout. J’veux plus vivre cette vie. Et toi qui comprends pas, qui prend tout ça à la légère, qui t’en amuse ! Merde, je suis sérieuse et on n’est pas au cinéma, Jean-Luc ! Tu devrais l’arrêter ton cinoche, cesser de me tourner autour… pour me faire tourner. Me tourner, me tourner en bourrique, oui. J’en veux plus de cette vie. Et de ton cinéma. J’en veux plus, j’en peux plus, Jean-Luc ».
C’était à peu près son dialogue. Elle l’avait plutôt bien récité et bien joué. Mais après la prise, elle a continué de pleurer et moi, tout bêtement, je me suis avancé et lui ai demandé : « Anna ! Anna ! Qu’est-ce qui se passe, Anna  ?»
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Retrouvez ce joli texte sur www.pensezbibi.com.





in: La part du fabulateur

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