mardi 6 janvier 2009

« Penser », un verbe rare ? from Grégory H

© kepetate



Ou comment une crise de sens est appelée crise économique

Les politiques, économistes, experts, nous tiennent à peu près tous le même discours face à la crise : ils nous proposent une vision technocratique de l'existence, remplie de démonstrations techniques et mathématiques. Pour nous expliquer l’économie et la crise, pour nous dire comment relancer la 1ère et faire face à la 2ème.

Cela s’appelle la macroéconomie. L’un veut baisser les taux d’intérêts de ½ point, l’autre modifier la fiscalité liée à tel ou tel impôt, le troisième créer une mesure pour favoriser et relancer l’emploi ou la création d’entreprise. Et un programme politique national peut ainsi par exemple se réduire à une phrase du type : « travailler plus pour gagner plus ». Cette phrase, et sa perception par chacun d’entre nous, suffiraient à elles seules pour démontrer à quel point il nous est difficile de « penser aujourd’hui ». Et cette phrase est avant tout une formule mathématique.

Les analyses macroéconomiques sur les causes de la crise divergent assez peu, puisqu’elles se réfèrent au passé, au mieux au présent. Elles sont un constat. Les solutions proposées sont, elles, assez différentes, puisqu’elles concernent l’avenir. Différentes entre la droite, la gauche et le centre bien sûr, mais surtout entre ces trois-là et les partisans d’une gauche plus radicale.

Depuis environ 35 ans, l’ensemble des pays riches a dû faire face à des crises successives sans trouver dans ces dites techniques économiques une solution au chômage, à la précarité, à l’accroissement des inégalités. Le « modèle scandinave » a probablement eu de meilleurs résultats pour l’humain que les modèles anglo-saxons, français ou autre. Mais sans se démarquer du libéralisme économique qui, lui, ne prend pas en considération le devenir de l’humain, mais celui de l’homo économicus, du consommateur.

Tous mettent cependant la technique économique en avant pour résoudre nos problèmes. C’est la technique qui est censée résoudre notre crise mondiale, et non plus les idées, ou alors des idées assénées sous la forme de slogans. Il n’y a cependant aucun rapport entre par exemple « Travailler plus pour gagner plus » et « Yes we can », tant sur la forme que sur le fond. Le 1er est une formule mathématique, une solution technique pour résoudre un problème économique. Et elle ne fait pas sens. Le second touche à la puissance d’un nous collectif. Je peux l’interpréter en fonction de mon vécu et ma sensibilité par : « Notre vie n’est pas une question technique, mais une volonté de nous réaliser individuellement et collectivement ». Même si je sais que pour une autre personne elle signifiera : « Nous allons pouvoir redémarrer ensemble notre économie ». Elle fait sens. Car elle n’exclut personne, en fonction du désir de vie de chacun.


Quel est mon propos ?


Celui-ci : La technique n’est plus au service des idées, la technique est au service … de la technique. La pensée s’en trouve atrophiée, incapable de s’affranchir des propos entendus, qu’ils soient dits majoritaires ou d’opposition.

Celui-ci : Notre liberté émane de notre capacité à nous affranchir des institutions et des institutionnels. Ce courage est nécessaire pour retrouver une lucidité dont nous sommes dépossédés. Et pouvoir chercher en nous mêmes comment nous souhaitons vivre demain.

Celui-ci : Il n’y a de crise qu’humaine. Je n’ai que faire d’une crise financière, immobilière ou économique en soit, mais je me préoccupe de la pensée sociétale et de sens qui nous touche tous, dont nous sommes consciemment ou inconsciemment privés. La crise de sens ne précède pas la crise économique, pas plus que l’inverse. Le bonheur n’est pas non plus lié au contexte économique de notre environnement. Mais l’idée du bonheur oui, puisque les acteurs de la société de consommation, tout puissants, n’ont eu de cesse de nous en convaincre. Dans ce contexte, sont heureux celles et ceux qui ont su s’affranchir du modèle de vie proposé au plus grand nombre, et s’extraire de ce statut social de l’être représenté par son statut économique.

Celui-ci encore : Nous devons nous réapproprier notre pensée, pour définir ce que nous souhaitons vivre demain. Quelle pourrait être la place du travail et de l’économie dans un modèle de société différent ? Ce modèle de société reste à inventer. C’est cela que nous, société civile, devrions faire. Comment imaginais-je ma vie de « grande personne » quand j’étais enfant ? Comment nos enfants voudraient ils vivre la leur ?

Celui-ci enfin : Pouvons nous imaginer un modèle de société qui assure à chacun un toit, un revenu qui permette une existence décente, un contrat citoyen qui soit la contrepartie choisie et non subie de ce revenu et de ce toit, dans l’intérêt général, et dans lequel ces métiers dits de service à la personne et à la collectivité soient intégrés ? Et que le travail soit une forme de réalisation personnelle qui permette au plus grand nombre d’accéder au savoir et à la vie économique de notre pays, dans des conditions de dignité humaine ? Penser donc. Penser que l’avenir appartient à nos imaginations et à nos volontés, et non à la macroéconomie, qui n’est qu’un outil nécessaire mais pas exhaustif.

Le 1/12/2008



Pour contacter Grégory H : ghadjo@hotmail.com.

2 commentaires:

BritBrit a dit…

Je rajouterai que les intérêts des uns ne sont pas ceux de tous et c'est peut-être là que le bas blesse...

Anonyme a dit…

Tout à fait d'accord avec BriBrit.
En d'autres mots et dans un langage jugé désuet (quoique, voir plus loin) cela s'appelle La lutte de classe.
C'est Warren Buffet, première fortune du monde (70 Milliards de dollars) qui le rappelle: "La guerre des classes existe, et c'est la mienne celle des riches qui la méne et qui est en train de l'emporter". Tout est dit

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