jeudi 15 octobre 2009

On either side of the wall*

*De chaque côté du mur

Revue de presse des deux côtés du mur qui sépare les Palestiniens du reste du monde.


Son nom est depuis quelques semaines sur toutes les lèvres. De celles de l'ancien ambassadeur en France Elie Barnavie invité à France-Inter, il y a deux jours, à celle du Président de l'Autorité palestinienne qui depuis quelques jours multiplie les revirements diplomatiques face à ce qui pourrait s'apparenter à un brûlot pour l'état israélien, et s'attire les foudres de l'opinion palestinienne. Goldstone, du nom du juge Richard Goldstone, désigné par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU pour établir un rapport, huit mois après, sur l’"opération israélienne" à Gaza et son contexte, comme le détaille un article de 20 minutes daté du 6 septembre. Un rapport qui n'a pas été sans provoquer "un choc" sur la scène internationale.


Goldstone

Que s'est-il passé dans la bande de Gaza entre le 27 décembre 2008 et le 18 janvier 2009 ? Le rapport Goldstone tente de répondre à la question. Un rapport qui compte les morts des deux côtés, fait état des dégâts matériels et recense les maisons détruites. Un rapport qui analyse les filtres à air des ambulances palestiniennes pour y trouver des substances interdites. Un rapport qui pointe néanmoins les deux parties en précisant "que les tirs de roquettes sur des cibles non militaires en territoire israélien constituent également des crimes de guerre, voire des crimes contre l'humanité." Un rapport qui n'en demeure pas moins lourd de conséquence sur le plan international pour l'Etat d'Israël, menacé à terme d'être projeté dans l'arène de la justice internationale.

D'ailleurs Le Monde rappelle que l'Etat hébreu a refusé de collaborer à l'enquête du juge Goldstone et en a rejeté les conclusions jugées "partiales", accusant "les enquêteurs d'avoir donné "une légitimité à l'organisation terroriste Hamas" dans son article du 15 septembre dernier hâtivement titré "Selon l'ONU, Israël a commis des "crimes de guerre" à Gaza". Car depuis le 15 septembre et la remise officielle du rapport Goldstone, les instances onusiennes semblent osciller entre diplomatie et fermeté à l'égard de l'état hébreux. Comme l'explique aujourd'hui l'article du Point qui revient sur l'affaire : "L'ambassadeur américain adjoint Alejandro Wolff a, lui, réitéré les "sérieuses réserves" de Washington concernant le rapport, notamment "son accent exagérément mis sur Israël". Cependant, cela n'a pas empêché Ban Ki-moo, le chef de l'ONU, d'appeler "toutes les parties à mener en interne, sans tarder, des enquêtes crédibles sur la manière dont le conflit a été conduit". En attendant, le Conseil des droits de l'homme devait se réunir aujourd'hui en "session extraordinaire lors de laquelle {serait] examiné un projet de résolution inspiré par l'Autorité palestinienne avec l'aval des pays arabes, musulmans et non alignés. Le texte soutient les recommandations du rapport Goldstone et appelle les parties concernées, dont les organes de l'ONU, à "assurer leur application immédiate en accord avec leurs mandats respectifs".

Un rapport dont on apprend sur Bellacio le 5 octobre 2009, peut-être avec surprise, que les termes en auraient été "adoucis", de la bouche de la propre fille de son auteur. "En effet, Nicole la fille du juge Goldstone juif de confession, dit que son père a beaucoup réfléchi pour ne pas trop accabler Israël. Et pourtant, il est qualifié de juif «obséquieux» dans les journaux israéliens."


Une troisième Intifada ?

Photo : Reuters



Et neuf mois après la guerre, la violence, la destruction, l'attaque et la riposte démesurée, neuf mois après la mort, d'enfants, de femmes, d'innocents, la tension n'en finit toujours pas de monter sur les lieux-mêmes qui avaient été le théâtre des causes de la deuxième Intifada en 2000. Les récents événements autour de l’enceinte des mosquées, Haram al-Sharif, dans la Vieille Ville de Jérusalem, fait craindre dans le même temps au Jerusalem Post et sur le site Info-Palestine une escalade vers une troisième Intifada.

C'est ainsi que le 9 octobre, après "dix jours d’affrontements sanglants sporadiques entre Palestiniens et forces de sécurité israéliennes dans Jérusalem", l'écrivain et journaliste basé à Nazareth, en Israël, Jonathan Cook relate, dans The Palestine chronicle relayée par Info-Palestine, la surenchère à laquelle se livrent autorités juives et musulmanes à Jérusalem. Les autorités islamistes contestent un accès des lieux saints de plus en plus restreint aux pèlerins musulmans ainsi que le bouclage récemment ordonné de la mosquée pour la fête juive de Souccot. "Israël de son côté a déployé 20 000 policiers pour assurer la protection de la marche annuelle de Jérusalem, où l’on attend une foule de 70 000 personnes, et qui va traverser les quartiers palestiniens sensibles proches de la Vieille Ville." Jonathan Cook revient sur l'arrestation du chef du Mouvement islamique en Israël, Sheikh Raed Salah qui "a pris sur lui de mener campagne contre les manœuvres israéliennes sous la bannière « Al-Aqsa est en danger », exhortant la minorité palestinienne d’Israël à protéger les mosquées en multipliant leurs visites et en assurant une forte présence islamique sur le site."

Le 7 octobre, le Jerusalem Post interroge Hatem Abdel Kader un représentant officiel du Fatah, qui voit lui aussi dans ces événements sanglants se dessiner la menace d'une troisième Intifada et reproche "la dernière vague de violences à la police israélienne. "Les décisions israéliennes ont été, jusqu'à présent, très dangereuses", a-t-il dit. "Et s'ils ne veulent pas que la situation empire, ils devraient céder. Sinon, nous avons bien peur de voir éclater une troisième Intifada." " Le Jerusalem Post rappelle également que "Les violences ont débuté (...) lorsqu'une centaine de Musulmans ont jeté des pierres en direction des pèlerins juifs venus se recueillir au Mur occidental à l'occasion de la traditionnelle bénédiction des Cohanim (birkat haCohanim). Ils venaient de se voir interdire l'accès au Mont du Temple pour les prières matinales à la mosquée Al-Aksa."


AFP/Archives/Gali Tibbon

La prix Nobel israélienne de chimie 2009, Ada Yonath, le 7 octobre 2009 à Rehovot, au sud de Tel Aviv



Dans ce climat de rage, on apprenait samedi 10 octobre grâce à l'AFP, que la toute récente prix Nobel israélienne de chimie, Ada Yonath, demandait la "libération de tous les prisonniers palestiniens" détenus par Israël. "C'est en gardant ces détenus en prison que nous poussons à l'exaspération leurs proches et que nous fabriquons des terroristes"", ajoutait la scientifique. A noter qu'ils seraient 11 000 selon le site Euro Palestine.

Auparavant, Al Jazeera relayée par Info-Palestine annonçait qu'un ministre israélien avait annulé son voyage à Londres de crainte de se faire arrêter pour crime de guerre et rappelait que le ministre israélien de la défense, Ehud Barak, avait également été la cible d'une "requête pour qu’il soit arrêté en Grande-Bretagne alors qu’il assistait à la conférence annuelle du parti travailliste au gouvernement", des militants britanniques ayant demandé son arrestation "à cause de l’offensive israélienne dans la bande de Gaza en Décembre-Janvier, où plus de 1400 Palestiniens [ont été massacrés] et 13 Israéliens tués. La demande avait été rejetée sous le motif d’immunité diplomatique."


Le BDS, qu'est-ce que c'est ?

Pendant ce temps, la résistance s'organise. A l'image de ce qu'a vécu l'Afrique du Sud, les défenseurs de la cause palestinienne rêvent d'instiguer un véritable boycott économique et mondial de l'Etat d'Israël. A Paris, la pression du BDS (boycott, désinvestissement et sanctions) contre la politique d’Israël a porté ses fruits et le 11 octobre, le site Association France Palestine Solidarité relatait le désengagement des organisateurs de la fête des vendanges à Paris dans le XVIIIè vis-à-vis de la société Soda Club, installée à Maale Adoumim, la plus grande colonie israélienne de Cisjordanie.

De même en Israël, comme le rapporte Rebecca Vilkomerson le 12 octobre sur le site de l'Association France Palestine Solidarité, Naomi Klein a milité pour le BDS en s'exprimant "clairement en tant que militante juive, même si elle a reconnu qu’il s’agissait d’une position nouvelle pour elle" devant ses compatriotes pour leur expliquer le mécanisme du boycott de l'intérieur. "Elle a fermement rejeté l’idée selon laquelle le boycott serait antisémite, notant par ailleurs que le mouvement BDS doit être particulièrement vigilant dans son opposition à l’antisémitisme, tout en se tenant prêt à répliquer à l’utilisation de l’antisémitisme comme un moyen de faire taire la dissidence. Pour ce faire, les juifs du monde entier, et les juifs israéliens en particulier, ont un rôle clé à jouer."

C'est justement parce que l'Afrique du Sud a vécu l'Arpatheid, la partialité dans l'exercice des droits et surtout un boycott économique massif de la part de ses partenaires internationaux que Le Monde Diplomatique, dans son édition d'août 2009, s'est penché sur ce pays, à l'écoute du ressenti et de l'écho qu'y provoque le conflit israélo-palestinien. Une Afrique du Sud qui ne peut oublier "l'alliance sans faille qui a uni le régime de l'Apartheid et Israël".


Nouvelles frontières

Au palmarès des dernières aberrations en date, Nouvelles Frontières menace de remporter tous les suffrages. Le voyagiste, peut-être pour faire honneur aux "nouvelles frontières" qu'il prône s'est simplifié l'existence en proposant à sa future clientèle le dépliant d'un "circuit idéal pour découvrir les plus beaux sites d’Israël" dans lequel Israël englobe l’ensemble de l'Israël et de la Palestine, avec le choix d’une couleur unique, et un simple pointillé délimitant la Cisjordanie, ainsi qu'une bande de Gaza figurant comme un territoire annexé à l’Egypte, sans frontière matérialisée. L'Association France Palestine Solidarité a énergiquement réagi et s'est vu notifiée, le 4 octobre dernier, en réponse une promesse de modification des cartes l'année prochaine si tout va bien !


"Lutter c'est vivre"

C'est parce que ces frontières sont sans cesse remises en question, sans cesse grignotées par les implantations sauvages de côlons en Palestine qu'en 2003 Rachel Corrie, une Américaine de 22 ans, s'était tenue seule debout devant un bulldozer qui menaçait de détruire une habitation à Rafah, au sud de la Bande de Gaza.... Le bulldozer ne s'est pas arrêté. Dans le documentaire Rachel qui sort sur les écrans le 21 octobre, la réalisatrice Simone Bitton enquête sur la mort de la jeune fille et filme une Palestine entre "réalité et métaphore, un tombeau pour une enfant d'aujourd'hui." Une Palestine où comme le rappelle un jeune homme dans la bande-annonce, "Lutter c'est vivre". Simone Bitton partie au festival de Haifa, en Israël, puis à Ramallah côté palestinien, présenter son film, tient actuellement un blog sur le site Rue89 pour y raconter ce voyage.



(To be continued...)




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