mardi 15 juin 2010

La Gauche et Nous… et aussi Uzès et Edgar Morin from Grégory H





Difficile de ne pas être d’accord avec l’idée que nous sommes actuellement dans une phase régressive de notre histoire, comme le dit Edgar Morin.

Partant de cette idée, on peut lire aujourd’hui toutes sortes de commentaires et d’analyses sur les causes de cette régression sociale et sociétale et les propositions pour en sortir. On voudrait voir frémir un vent nouveau, il se fait attendre.

Heidegger évoquait déjà l’idée que depuis la révolution industrielle, le libéralisme transforme l’individu en un couple producteur /consommateur au détriment de l’être.

La Gauche depuis lors s’est surtout évertuée à diminuer les effets néfastes du capitalisme grandissant sur les couches sociales ne détenant pas le capital. Son action pendant les trente glorieuses, sous des régimes de Droite, a été moins déterminante, du fait d’un certain équilibre entre le travail, le revenu du travail, et l’accès à la consommation du confort et du loisir pour le plus grand nombre.

Si l’on situe la fin de cette période dite prospère à 1973, nous pouvons émettre l’idée que nous serons bientôt à notre quatrième décennie de crise, une crise qui a connu des pics et des creux, et qui n’a jamais été aussi forte que ces dernières années et particulièrement dans l’instant présent.

Encore faudrait-il s’entendre sur le contenu de cette crise qui n’est pas forcément une crise économique subie à en voir les résultats des sociétés et les revenus du patrimoine pendant ces 40 années. Une crise politique ?



L’individu est désormais un producteur duquel on exige toujours plus, un consommateur qu’on sollicite par tous les moyens y compris les moins légaux et les plus amoraux. La technique et la science, qui nous ont été « vendues » comme notre progrès commun se révèle également être à l’origine de notre désoeuvrement, écologique, social, économique.

Les mouvements de Gauche, qui ont à juste titre dénoncé les dérives des politiques libérales et capitalistes, ne sont pas capables aujourd’hui de nous proposer un modèle de société, ou, encore selon les termes du même Edgar Morin, l’élaboration d’une Voie. On cherche en vain les idées, l’utopie réaliste, le lien avec la population.

De fait, ils se sont malheureusement éloignés à tel point de la population de gauche que finalement ce peuple de gauche semble avoir disparu.

Quel représentant politique ou élu dit progressiste accepterait en effet de fournir un travail mensuel pour un salaire de 1 100 € net mensuel, qui est le salaire médian des employés non-cadres, et le salaire de la plupart des employés à plein temps du Gard et d’ailleurs ? Quelle réponse apportent-ils à cette question ? Nous disent ils « il n’est pas possible de construire une société dans laquelle le fruit du travail permette une vie décente pour le plus grand nombre, voire pour tous » ou encore « oui, cela est possible » et dans ce cas quelles sont leurs propositions ?

Au-delà des quelques pistes de bon sens de quelques penseurs, dont Edgar Morin, qui nous suggère une Voie qui permette d’associer la progressivité du réformisme et la radicalité de la révolution, on peut se demander quand l’action prendra le pas sur l’intention. Des initiatives indépendantes permettent d’apporter des débuts de solutions locales, mais restent isolées les unes des autres. L’économie sociale et solidaire (ESS) se développe et pourtant ne s’affranchit pas des schémas de l’économie libérale, proposant le plus souvent comme chez les institutionnels des salaires faibles pour des qualifications élevées, qui ne valorisent pas la ressource humaine et préfère utiliser les budgets disponibles dans des postes comme la communication, les frais de représentation, et tant d’autres dépenses dont la valeur ajoutée n’est pas démontrée. Pendant ce temps, la précarisation du travail s’accroît. Et le pouvoir d’achat, quels que soient les chiffres qu’on nous vendent, diminue pour la plupart des salariés et sans emploi. L’augmentation du nombre de personnes vivant en deçà du seuil de pauvreté en atteste.



Il serait peut être alors préférable d’envisager une politique « d’expérimentations de proximité », faisant appel aux projets réellement innovants issus notamment de la société civile et permettant de développer des micro-modèles qui auront fait leur preuve, en matière d’insertion et d’emploi notamment. L’Uzège, dont fait partie Uzès, microcosme social et économique, réunit à lui tout seul les caractéristiques de cette régression et est un miroir du contexte national. Ici aussi on voudrait voir frémir un vent nouveau, il se fait attendre, sans qu’aucun début de solution ne nous parvienne.


Grégory H





in: La part du fabulateur

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