jeudi 30 septembre 2010

"Ҫa va pas les gens ?" (1)

Toujours ébahie par le monde de l'entreprise, j'ai décidé de vous immerger, lecteurs fanatiques, dans un univers sans pitié qui a souvent servi la caricature. Le temps d'une petite série, je vous ferai un compte rendu sans distance sur les vicissitudes, les égarements, la vachardise d'une bande d'énervés décalés, allumés mais aussi rabats-joie, complètement percés du bocal et à peine mâtures. Du travail, certes, des pépettes, ça dépend pour qui, de la rigolade, de l'amour, un peu, de l'amitié, pas toujours, du sexe, souvent.



Aujourd'hui : mon patron prend de la coke.

« Ah merde ! le voilà. » Roger, c'est le patron. Il a monté sa start-up il y a plus de dix ans avec quelques amis et l'argent de leurs parents pour surfer sur la bulle NTIC. Mais les rares fois où il se pointe au boulot, toutes les têtes se cachent derrière les écrans, les allées se vident, la terrasse, fumoir officiel, est désertée et même les mouches volent en silence. Quand Roger fait branler la grande porte d'entrée, pas besoin de jeter un coup d'oeil pour savoir que c'est Roger. On s'interroge seulement du regard en se disant « Déjà ? » Il faut dire qu'il n'est que deux heures de l'après-midi. Et tout le monde est tout à coup débordé. Le but du jeu, c'est de ne surtout pas le croiser.

Heureusement, cela n'arrive pas souvent. La plupart du temps, il n'est pas là. Il est soit en week-end en Guadeloupe avec sa copine top-model pour La Redoute, soit sur un champ de courses.





Dans le bureau de Roger, il y a un un bureau et un grand canapé, pour la sieste. C'est là où il repose, quand les employés l'ont tellement exaspéré, quand il n'en peut plus de leur expliquer qu'on doit tous travailler ensemble parce qu'on s'aime, parce qu'on va décrocher la lune. Parce que notre produit va tous les niquer et que la boîte va se faire un max de thunes. Et que bordel, c'est maintenant ou jamais qu'il faut bosser, qu'il faut pas relâcher la pression. Il faut se donner un grand coup de guidon dans la tête et accélérer la cadence. Parfois aussi, il s'endort. Et même, il ronfle.

Un quart d'heure après, on le voit sortir de son bureau, les trois premiers boutons de la chemises ouverts, en hurlant qu'il est le king of the world, avec des yeux rouges et exorbités. Il va en trouver un en train de fumer ou boire un café, et lui hurler dessus qu'il fait perdre de l'argent à la société. "Tu pourrais me parler autrement, Roger. Je peux quand même fumer une clope, avec toutes les heures supplémentaires que je fais." "Tu sais quoi ? J'en ai rien à foutre."

La coke au bureau, c'est une triste réalité, qui rend les managers plus perfomants, qui permet de travailler dix heures par jour et de finir s'éclater en boîte. Un peu plombant pour un début, je vous l'accorde.




in: The importance of being crazy

6 commentaires:

BritBrit Chérie a dit…

Très bon ! On se croirait à Réservoir Prod'

Amelain a dit…

série cantonnée au bureau on dirait .... (je sais, je sors ...)

Jean-Pierre a dit…

Bizarre d'avoir vécu ça en 2000/2001… ça reste vrai et dans la pose et dans le vocab !

Angelina a dit…

Non Jean Pierre, c'est du 2010 pur jus.

Jean-Pierre a dit…

d'où l'impression de déjà vu… :-) ces connards ne changeront jamais …

Angelina a dit…

Et ce n'est que le début. Le pire et le loufoque sont à venir.

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