jeudi 9 décembre 2010

Téléportée

Insolent, à la limite du grivois, il mouille chacune de ses saillies à l'acide. En tapant sur les grands de notre petit monde avec délectation (le gouvernement, les politiques, les milliardaires, les industriels, les people), il caresse son auditoire dans le sens du poil. Didier Porte pique chaque fois qu'il ouvre la bouche et à la fin de l'envoi, il touche.



Didier Porte aime tellement les gens, comme le clame le titre de son spectacle, qu'il a souhaité en faire profiter le plus grand nombre. Le samedi 13 novembre, tous ceux qui paient leur abonnement ont eu la possibilité et la joie de se brancher sur Paris Première pour passer un samedi soir un peu plus grinçant, un peu plus caustique, un peu plus drôle que d'habitude. Pour beaucoup, cela aura aussi été l'occasion de découvrir un physique, tant il est vrai que cette voix, si particulière, ample et même tonitruante, fait partie de nos existences. C'est ainsi que bon nombre d'entre eux ont vu un type à l'air débonnaire aborder la scène de l'Espace 1789 de Saint-Ouen. Barbichette et lunettes, un brin timide. Il a beau avoir été viré, avec pertes et fracas, de France-Inter avant l'été, le zouave a gagné en exposition médiatique, capitalisé en sympathie. C'est bien simple, depuis cette première honteuse faute de goût et de calcul de Philippe Val, l'homme est carrément devenu culte.

D'ailleurs, pour faire dans le consensuel et mettre tout le monde d'accord, le spectacle commence par un mini attentat contre les fonctionnaires, tous mis dans le même panier et traités de paresseux. « Un fonctionnaire ça reste assis et ça ricane en regardant les autres bosser ». Ou bien le très poétique : « Un fonctionnaire à la retraite c'est une redondance. » Les sketches se succèdent et les visages embrayent sur la fonction "sourire perpétuel", au moins jusqu'à la fin du spectacle .« Je suis gonflé à bloc, confirme à bon escient le trublion, j'ai lu la lettre de Guy Môquet. » Didier Porte mitraille. Personnellement, mes zygomatiques étaient bloqués à force de ricaner, de rire bêtement. Et je vous assure que ça ne m'arrive pas souvent. Mais tout s'éclaire lorsque Porte explique : « Je suis un humoriste décomplexé. Il n'y a pas écrit Anne Roumanoff là. » Heureusement, car pas sûr qu'Anne Roumanoff fasse l'affaire en anarchiste ultra-gauche décomplexée non plus.

On regrettera peut-être que l'ancien chroniqueur de France-Inter reste prisonnier de la forme de la chronique, exercice percutant qu'il continue par ailleurs d'exercer pour le site Médiapart. Ce n'est pas tant le risque de péremption des dites chroniques que je déplore, puisque le spectacle est constamment réactualisé, qu'un léger manque de fluidité. Nonobstant la construction de petites saynètes amenées par un chouilla de mise en scène, le spectacle mériterait, à mon avis, d'être un peu plus écrit. Certes les dialogues avec Dieu sont drôles, les interventions de Guy Bedos amènent de la fraîcheur et de la filiation. Mais après tout, puisqu'il n'y a pas écrit "Anne Roumanoff là", qu'il y aille franco ! Qu'il se lance, qu'il se jette à l'eau, qu'il fasse son boulot d'humoriste décapeur de petites lâchetés quotidiennes à la Lenny Bruce. Un début d'écriture scénaristique que j'appelle de mes voeux et que l'on sent déjà poindre dans l'hilarant dialogue avec Nonce Paolini. Et puis, ça manque un peu de fesses aussi, malgré quelques allustions éculées consenties à la Carlita.

A part ça, tout était parfait, drôle, bien roulé et délicieusement fielleux. On me suggère juste dans l'oreillette que Didier Porte devrait songer à revoir sa garde-robe. Mais personnellement, je m'en fous. Je surkiffe les hommes à barbichette, voyez-vous.



in: Big event little summary

9 commentaires:

Sarah a dit…

idem : toujours pendue à une barbe !

Z'arno a dit…

Menteuse, moi j'ai une barbichette !

Angelina a dit…

Je lol Z'arno...

Z'arno a dit…

Ben oui quand même, mon statut d'exception me tient à cœur !

Angelina a dit…

Le dernier billet d'Angelina sur Mes petites fables (tellement rare qu'on n'a pas envie de le louper)

Martial a dit…

" Le dernier billet d'Angelina "...Serait-ce un Adieu ?

Elodie a dit…

La conclusion "je surkiffe les hommes à la barbichette, voyez-vous" me plait beaucoup...
Angélina...

Angelina a dit…

Sous aucun prétexte, je ne veux avoir de réflexe malheureux...

Sylvie a dit…

besoin d'un kleenex ? ;)

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