jeudi 24 mars 2011

Sous le cygne d'Aronofsky



Je m'en souviens très bien, de ce jour de décembre. Nous étions, Le Caméléon et moi, au bureau comme d'habitude, tous deux l'oeil rivé sur mon écran d'ordi. Nous étions en train de découvrir la bande-annonce du prochain film de Natalie Portman. LA Portman, Amidala, celle qui avait fait Brothers, la fille de Léon quoi ! Le Caméléon n'a pas tenu plus d'une minute : "Ouais c'est bon, j'ai pas envie d'en voir plus. Ҫa a l'air d'être de la merde." "Mais grave, Le Caméléon", lui rétorquai-je dans un sursaut de lucidité. Je laissais néanmoins une chance à la bande-annonce. Une danseuse en tutu blanc, une danseuse en tutu noir, la musique du Lac des cygnes, des répétitions, un regard en gros plan dans un miroir, du sang qui coule. Ҫa tournait fort au thriller glauque où c'était vendu que la nana en tutu noir allait bassement oeuvrer pour piquer le rôle de la nana en tutu blanc, jusqu'à coucher avec elle pour mieux la destabiliser. Après ça finirait en gros règlement de compte, carnage du tutu noir qui blesse le tutu blanc, mais on se doute qu'à la fin elle mourra pas et que malgré toutes ces coups bas, c'est le tutu noir qui y passera après avoir reçu 50 coups de couteau, encaissé 36 balles de revolver, bu 2 seaux de strychnine. On n'était pas loin du compte. Le Caméléon était absolument effondré car la bande-annonce venait de lui apprendre que c'est l'un de ses réalisateurs préférés qui avait fait le film.

Un mois plus tard, le film sort. LA Portman s'étale en gros plan et en cygne partout dans le métro et sur les flancs des bus. Le buzz commence à gronder. LA Portman fait la ballerine, danse comme un cygne et le film est à voir ab-so-lu-ment. Le buzz grossit toujours. Black Swan, c'est le it-film de février.

Le Caméléon et moi, on se regarde, tous surpris. Serait-ce que nous aurions été dupés par une bande-annonce bidonnée ? Enduits d'erreur par un marketing mal intentionné ? Devant l'enthousiasme général, je cède. Un samedi soir, je prend mon sac et je mets les pieds au cinéma.



***



On n'avait jamais filmé la danse comme cela. En utilisant les subterfuges de la cinématographie pour ne pas la filmer. Gros plans, contre-jour, jusqu'à la caméra embarquée messieurs-dames. Du corps de la danseuse, on entend tout, les poumons qui se remplissent d'air, le coeur qui bat, même les doigts de pieds qui craquent. Je raille, mais au début du film j'étais plutôt respectueuse. J'allais voir du film d'auteur, du Darren Aronofsky.

Je vous la fait courte. Le malaise s'installe vite. Quelques petits indices nous attrapent. On attend... longtemps. On se demande à quoi sert Vincent Cassel. Et au final, à quoi sert-il ? Pendant ce temps, la pauvre Portman est totalement sous pression. Elle souffre de plus en plus physiquement...

Jusqu'à ce qu'Aronofsky nous dise, à un peu plus de la moitié du film, clairement où il veut aller et qu'il nous y emmène en se contentant de dérouler son idée jusqu'à l'apothéose finale. Il ne s'épargne même pas le grandguignolesque de la scène finale. Evidemment Natalie a eu l'Oscar. Les Américains raffolent de ce genre de rôles. Et puis c'est quand même dommage pour Winona Ryder ce film.



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Par curiosité, je suis retournée sur Twitter pour pécher les meilleures critiques :
  • Résumé : Natalie Portman essaye de se masturber, est interrompue à chaque fois... en est toute frustrée et devient folle. Fin.
  • Viens juste de voir black swan....ne sais pas trop quoi en penser...< lol ok je sais !
  • Finalement vu Black Swan. Brillant. Drôle de silence après le film.
  • Aujourd'hui, je suis allé voir Black Swan avec mes parents, je n'avais pas réalisé que c'était surtout un porno
  •  viens juste de voir une pub sur black swan ... des souvenirs bizarres sont en train de me revenir.
  •  ••• 2 filles et 1 Black Swan •••
  •  Je viens de voir Black Swan, comment est-il possible d'être une aussi bonne actrice comme Natalie Portman ? Incroyable.
  • Pourquoi Black Swan n'est pas interdit pour les moins de 12 ans ? #MamanJaiPeur


    Mais la vraie raison de tout ce qui précède, la voilà. La vraie critique du film, celle du Caméléon. Car lorsque je suis revenue au bureau pour lui dire de ne pas aller voir ce film, il y est allé le soir même. 

    Black Swan. Alors nous revoilà à l'époque de l'Actor Studio : "Wouah, pour jouer ce personnage, il n'a pas hésité à prendre 50 kilos !" Encore heureux : c'est son job.
    Black Swan. Elle, elle s'est quand même bien défoncée pour savoir jouer la ballerine. Mais, encore une fois : encore heureux, c'est son job !

    Black Swan, c'était bien plus regardable que True Grit. Mais surtout, Black Swan, j'adore... la musique. C'est bien réalisé, c'est sûr. Y a pas d'erreurs. C'est bien joué. Mais l'histoire, je la connaissais déjà. L'actrice qui se fait mal pour bien jouer. L'actrice qui devient folle afin de bien endosser son rôle. J'exagère, parce que, il m'arrive de surkiffer des histoires non-surprenantes, mais là... si après le film, il reste ce goût de non-surprise, il restera aussi l'oubli : comme tu l'as dit, je pense qu'il en restera pas grand chose. A part l'excellent travail sur le son. Et à part la musique. Mais pour elle, notre ami russe avait déjà fait le boulot au siècle dernier. Le dernier film d'un de mes 4 réalisateurs préférés n'effacera pas les sensations que j'avais depuis l'enfance associées aux plaintes et aux mélodies de ce cygne meurtri. En revanche, si demain, un chroniqueur télé parle d'Annie Girardot en collant la musique du Lac des Cygnes, alors, peut-être, de nouveaux souvenirs se grefferont. En attendant, une actrice oubliée est morte (un peu comme Winona Ryder), mais une nouvelle en devenir se confirme : pour les 40 prochaines années, on va se bouffer du Natalie Portman, et, c'est tant mieux. Je ne sais pas si au regard des autres actrices de la sélection des Academy Awards elle mérite tant son oscar, mais j'm'en fous, (malgré sa grosse tête) elle ne m'a pas déçu, je la kiffe encore, et encore. Je ne reverrai pas ce film, sauf peut-être avec mon ami qui a adoré ce film : bah oui, il faudra qu'il m'explique, point par point, séquence par séquence.


    Voilà, c'est tout.



    in: Angelina's enthusiastic envy of cinema

    5 commentaires:

    Angelina a dit…

    Merci au Caméléon pour cette bouffée de rire et ce moment de culture impromptu.

    Et merci pour m'avoir permis de publier ce morceau de bravoure dilatoire et exutatif sur mon blog

    Martial Maurette Reporter-Photographe a dit…

    Et bien, Angelina, J'ai adoré...en pétard 3/4 du film contre V.Cassel (pas terrible) et en adoration devant...les cygnes Blancs et Noirs...Une fin grandiose, d'un psycho-triller que je comprend, ayant vécu ce perfectionnisme, avec tous mes/ses personnages dans ma/sa tête. Merci pour le billet !

    Martial a dit…

    Elle est...sublime ...et à croquer.

    Angelina a dit…

    Bon appetit

    Cédric a dit…

    J'adore ta critique !!!!

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