vendredi 20 avril 2012

Rencontre avec HK au théâtre de l'Echangeur (25 février 2011)

En février 2011, j'ai eu la chance que HK, de HK et les Saltimbanks, m'accorde une grande partie de son après-midi pour un entretien fleuve. Avec simplicité et gentillesse, il a su se montrer disponible, patient et surtout très réactif, tant au niveau de la pertinence de ses réponses que de son sens de l'humour. Un sympathique tête-à-tête que je vous invite enfin à partager plus d'un an après.

A l'époque, ce 25 février 2011, HK s'apprêtait à participer le soir-même à une initiative en soutien à l'opération "Un Bateau français pour Gaza" qui devait participer à la flottille de la liberté censée briser le blocus de Gaza en apportant vivres, médicaments et matériaux de construction à une population sévèrement éprouvée par deux mois de pilonnage intensifs en 2009-2010. Je vous en parlais et . Forcément, je l'ai longuement questionné sur son engagement pour la cause palestinienne.

Aujourd'hui HK et les Saltimbanks sont de nouveau dans les feux de l'actualité, d'abord parce qu'ils sortent un nouvel album fin mai, Les Temps Modernes, mais surtout, par ces temps électoraux, parce que leur chanson On lâche rien, à force d'être sur toutes les lèvres à la fin des meetings de Jean-Luc Mélenchon et à force de squatter les clips de campagne de Philippe Poutou, est devenue un accessoire indispensable de la panoplie contestataire. D'ailleurs, je vous invite à lire mon article sur Bakchich qui traite de ce sujet.

HK ébloui par le flash de mon nouvel appareil photo dont
je ne savais pas encore me servir © Angelina




Le concept de citoyen du monde, titre de ton album, est-il un antidote à l'identité nationale de Sarkozy ?
Nous on ne l'a pas vu comme un antidote. On l'a vu comme une philosophie propre qui est la nôtre et on espère qu'elle est bien au-dessus de ce concept de l'identité nationale qui est bien à l'image de notre Président, au ras des pâquerettes. Nous, on est ailleurs. C'est l'idée de se dire : le travailler-plus-pour-gagner-plus, la réussite sociale, la compétition entre les individus, entre les citoyens, qui ne sont même plus des citoyens mais des consommateurs, la compétition entre les nations, dans cette quête-là, le progrès n'a pas servi l'Humanité malheureusement. A partir du moment où on est rentré dans ce cycle de compétition, de réussites individuelles, d'individualisme, on a perdu l'essence-même de ce qui faisait de nous des hommes. Et c'est ce qu'on dit : « Ils nous ont demandés de nous interroger sur ce qui pouvait faire de nous des bons Français. On se demande si eux n'ont pas oublié de réfléchir à ce qui ferait d'eux des êtres humains ».

Tu cites souvent Stéphane Hessel comme un exemple.
En général je n’aime pas trop cette idée d'icône et en même temps, très certainement parce qu’iil ne le revendique pas finalement, Stéphane Hessel est une sorte d’idole. Mais nous, ça nous fait un bien fou. Si je prends la question palestinienne, c'est mon Robocop à moi. Il est inattaquable, on ne peut pas le taxer d’antisémitisme. Que nos chers amis BHL et Finkelkraut qui sont tellement forts d'habitude et qui nous font tellement de mal quand on parle de la question palestinienne, s’en prennent à lui, ça fait tout de suite bave de crapaud. Eux ils sont un peu miteux et pitoyables et lui il est là-haut, et ils n'arrivent pas à l'atteindre. Et pour le coup, quand il y a quelqu’un comme Stéphane Hessel, cela permet de rationnaliser les débats. C'est-à-dire que l'on parler de la Palestine en parlant de choses rationnelles, de droit, de droit international, de droits de l'homme et ne pas tout de suite rentrer dans les passions de l'antisémitisme, etc... Quelqu’un comme lui ne fait pas du bien qu'à nous parce qu’on pense un peu comme lui ; je pense qu'il fait du bien à ce pays parcequ’on a besoin d'autre chose que cette norme où tout le monde doit penser pareil. Aujourd’hui, si tu tiens un discours un peu différent, c'est tout de suite les plumes et le goudron. Moi je suis pour que le débat s'installe largement sur tous les sujets, qu'on puisse tout se dire, confronter tous les points de vue.

On lâche rien, c'est un peu devenu comme Indignez-vous !.
C'est notre "Indignez-vous", allez, ouais (rires).

Encourages-tu les jeunes à voter ?
C'est toujours compliqué cette histoire d'encourager les jeunes. Moi vraiment je ne crois pas à cette idée de porte-parole des jeunes. En tout cas aujourd'hui en France, ça ne veut rien dire. Moi déjà quand je dis un truc à mon petit frère et qu'il m'envoie balader, j'ai compris.

Moi-même je vote. Quand on me pose la question, je réponds que c'est une des armes à notre disposition. Des gens se sont battus pour ce droit donc même le fait d'aller mettre un bulletin blanc est important. Après c'est très personnel, je conçois que des gens ne pensent pas comme moi et en même temps je ne suis pas dupe ni naïf sur la portée du bulletin de vote aujourd’hui. On vit sous un pouvoir qui est régi par le monde économique. On le voit quand on parle de diplomatie avec l'Afrique du Nord par exemple. Quand les gouvernements soutiennent les dictateurs, c'est pour des intérêts économiques qui sont supérieurs. C'est le problème de notre siècle et le jour où le politique aura réussi à reprendre le pouvoir là-dessus, déjà il sera beaucoup plus crédible.

L’une des chansons de ton album s’intitule Jérusalem. Pourquoi Jérusalem ?
Elle s'inscrit vraiment dans cet album Citoyen du monde et l'album c'est vraiment une histoire de révoltes et d'espoir à travers le monde. Quand je suis allé là-bas, à Jérusalem, j'ai éprouvé deux sentiments aussi forts, exacerbés et contradictoires l'un que l'autre. C'est une ville à la fois magnifique et dramatique. On le ressent, on se le prend en pleine gueule quand. Déjà le tramway que tu vois, qui relie les colonies au centre-ville de Jérusalem, et qui passe par Jérusalem-Est, existe en dépit de lois, en dépit de tout règlement international. Tout le long du tracé on a détruit. C'est comme cela que ça fonctionne là-bas. On détruit, on exproprie des gens qui vivaient là depuis des générations de leur maison. Et tout ça est fait avec la complicité active de sociétés françaises Veolia, Alstom... D'ailleurs Alstom s'est retiré suite à une plainte de l'AFPS (Association France Palestine Solidarité). Donc on voit cette histoire de maisons rasées, d'impunité... Forcément on est un peu renseignés aussi. Nous, on le voit [le groupe Ministère des Affaires Populaires à l’époque, qui d’ailleurs ont tenu un blog pendant la durée de leur séjour en Palestine, NDLB]. L'individu lambda qui arrive là-bas, peut-être pas. Mais ce qui lui peut-être verra, la chose à laquelle il ne va pas échapper, ce sont les check-points. Mais c'est vrai que pour aller à Jérusalem en passant par Tel-Aviv, il n'y a pas de check-point, donc même ça il ne le verra pas. Qu'est-ce qu'il verra alors ? Il verra la vieille ville. Tu sens le poids de l'Histoire. Tu marches, tu es dans une ambiance de souk arabe, hop tu es passé dans le quartier chrétien sans t'en rendre compte. C'est le seul lieu où il n'y a pas de mur entre les communautés, il n'y a pas de check-point, pas de barrière et toi-même en marchant dans la vieille ville tu arrives à voyager d'un quartier à l'autre : le quartier arménien, druse, juif, orthodoxe-chrétien, arabe-musulman. Tu as l'impression que ça se passe relativement bien et tu as le sentiment que ça pourrait se passer comme ça à l'échelle d'un pays, à l'échelle d'une région.

Après on te raconte la Palestine ancienne on te dit que ça se passait comme ça dans tout le pays parce qu’avant même la création de l'Etat d'Israël, les populations juives, arabo-musulmanes, arabo-chrétiennes cohabitaient dans cette région-là. J'ai plein de souvenirs quand je parle de Jérusalem : sur le mont des Oliviers, à l'aube, les chants des Muezins qui se répondent, c'est énorme. C'est une ville magnifique et en même temps, peut-être que tout le monde ne le voit pas. Moi j'aimerais que tout le monde le voit, nous on l'a vu, que ce soit à travers les check-points de l'autre côté de la ville quand tu viens du côté palestinien, que ce soit à travers l'histoire du tramway, même quand tu passes dans Jérusalem-Est, tu vois très bien la différence. Donc tu ressens aussi ce sentiment d'impunité, le droit n'existe pas finalement. C'est un peu l'arbitraire et la loi du plus fort.

Cette chanson est un écho à une phrase du poète palestinien Mahmoud Darwich qui disait "Nous aussi nous aimons la vie quand on le peut" et finalement que demandent les Palestiniens ? Ils demandent à vivre et pour le coup comment ne pas s'indigner qu'un enfant naisse dans une prison ? Il naît coupable d'être palestinien. Il y a des gens qui disent "J'ai ma famille qui habite à 20 km, ça fait 15 ans que je les ai pas vus" Tu ne peux rien construire là-dessus. Cette histoire de démonstration de force de l'occupant, tu ne peux construire que la haine et les guerres futures. Pour la chanson, c'était en discutant un soir avec un Palestinien (je ne sais plus si c'était à Jérusalem ou Ramallah). Il s'est mis à parler de Jérusalem. Quelque chose s'est passé sur son visage, il ne parlait plus d'une ville mais d'une bien-aimée. J'ai parlé de Mahmoud Darwich le poète, mais il y a bcp de poètes dans l'âme là-bas. Tout de suite, cette image-là, cette histoire d'amour impossible m'a fait pensé à un couple séparé, arraché l'un à l'autre.

Pourquoi la Palestine ?
Il y a mille et un combats, il y a mille et une causes et on ne va pas s'excuser d'en défendre une. Moi je sais pas, je ne saurais pas te répondre. Je pense que c'est de toute façon, qu'on le veuille ou non, c'est un symbole. Moi je ne veux pas être plus palestinien que les Palestiniens. On n'est pas du tout sur une question de droit mais sur un rapport de force. Et il y a cette injustice-là au-delà du fait que c'est une région du monde qui est en plus hautement symbolique. Ҫa nous interroge nous, sur nous, qui on est en tant qu'êtres humains.

Après pourquoi cette cause plus qu'une autre ? Peut-être parce que les Palestiniens ont su la porter sur le devant de la scène comme les Sud-Africains avec Nelson Mandela. Je pense que ça commence toujours là, il y a des gens qui à un moment donné vont incarner une cause. Quelqu'un comme Arafat qui, après différentes étapes dans son parcours, est allé à l'ONU avec une branche d'olivier dans une main et un pistolet dans l'autre et a dit : "Ne laissez pas tomber la branche d'olivier".

© Angelina
C'est la cause de la colère.
Moi, ce n'est pas ce que j'ai senti en allant là-bas, en Palestine. Forcément, quand tu vois une injustice souvent tu ne te poses même pas de question, tu es du côté de l'opprimé. Mais surtout je n'ai pas ressenti de colère chez les Palestiniens. Peut-être que nous, nous étions en colère en voyant la file d'attente au check-point, parce que tu te dis "C'est pas possible. On n'a pas le droit". Mais l'image que je garde des Palestiniens, ce sont ces enfants du camp de réfugiés à Béthléem au pied du mur, avec la banane, qui nous voient arriver de l'extérieur, qui courent vers nous, c'était genre capital, c'est importantissime, c'était presque une histoire de vie ou de mort, et ils étaient en train de se battre entre eux pour savoir et nous interpeller et nous demander qui était la meilleure équipe entre le Réal de Madrid et le Milan AC. D'ailleurs, la plus grosse claque en Palestine ça a été de rester toute la journée avec ces enfants et de repartir le soir, de les laisser dans le dedans et de retourner vers le dehors. Cette idée d'enfermement et cette politique d'Israël de considérer, je ne vois pas comment on peut l'expliquer autrement, trois millions de personnes coupables. Parce que pour enfermer 3 millions de personnes comme ça, les empêcher de sortir, ne serait-ce que d'aller d'une ville à l'autre, c'est qu'ils sont coupables de quelque chose. "Liberté" c'est peut-être le plus beau mot au monde et priver qqn de liberté, c'est peut-être la pire des choses que l'on peut faire.




« Citoyen du monde, c'est l'idée de rappeler que l'histoire de l'Humanité, c'est l'histoire des migrations des peuples. Et que le jour où on oublie ça, on cesse d'avancer, on se replie sur soi-même. Et c'est la pire des choses qui peut nous arriver. »














in: Big event little summary

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