mercredi 11 mai 2011

Un peu d'ACID ?

Rencontre avec Stéphane Arnoux alors qu’il est en tournage de son troisième film. Car finalement la suite de son spectacle qui évoquait les violences policières, Les pieds dedans, ne se fera pas sur scène mais derrière la caméra. Juste avant de s’envoler pour Cannes demain et y vivre ses quelques jours de folie, de gratte-gratin, de sniffage de people et d’hallu collective annuels, il a accepté de présenter et commenter, en avant première pour Mes petites fables, la sélection que soutiendra l’ACID (Association du Cinéma pour sa Diffusion) à Cannes. Il nous avait révélé l’existence de Robert Mitchum est mort et de Donoma l’année dernière sur Bakchich, on peut donc lui faire confiance pour attirer notre attention sur des pépites.

« Ce que je cherche dans le jeune cinéma aujourd'hui, c'est un film qui ne serait pas l'illustration grossière d’un propos mais qui développe une vraie réflexion. » Le ton est donné. En attendant, aussi indépendant et libre penseur soit-il, le festival de Cannes est un rendez-vous primordial pour ce jeune cinéaste, déjà auteur d'un documentaire et d'une fiction (La Carotte et le Bâton, Nos Désirs Font Désordre) et de deux courts-métrages. « Cannes, c'est l'occasion de côtoyer les professionnels qu’on ne peut pas voir à Paris ni ailleurs. Cependant, nous refusons la compétition. C’est pour cela que la sélection de l'ACID n’est qu’une sélection et qu’il n’y aura ni prix ni même Caméra d’Or, bien qu'on nous l'ait à maintes reprises proposé. ». Lorsque j’essaie de le mettre face à cette contradiction d'accepter de fricoter avec le tout Cannes tout en abjurant ses règles, il rétorque : « C’est le seul moment de l’année où les professionnels du cinéma sont réunis, disposés, à portée de main, ouverts. S’il y a un petit côté abject et décadent dans la surenchère, les fêtes sont l’essence même de ce festival. C'est là où tout se fait. C'est là où tu es sûr de pouvoir rencontrer tes prochains potentiels partenaires financiers, où tu sais que tu pourras leur parler et parce que le contexte était détendu, non seulement ils se souviendront de toi, mais ils se souviendront d’être sympa et disponible, justement parce qu’ils t’ont vu dans ce contexte. » En résumé, Cannes, c’est le seul endroit au monde où tu peux parler de sexe avec Mick Jagger tout en plongeant la main dans un saladier de beuh ou refaire le monde toute la nuit avec Jean-Pierre Mocky.

Côtoyant la sélection officielle et toutes les compétitions parallèles, l'ACID a bien l'intention d'éblouir journalistes et badauds avec sa sélection indépendante, cela va de soi, mais aussi téméraire, drôle, décalée, intense. Avanti...



© 2011 L’acid - Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion
Rue des Cités est un film français sur les cités qui donne à voir une autre image de la banlieue, selon Stéphane. Il y a des personnages criants de vérité. Plusieurs bonnes idées à son actif, le film inclut une partie documentaire sous la forme de micro-trottoirs, ou essaie de montrer le vol d'un scooter en temps réel.


© 2011 L’acid - Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion
Attention chef d’oeuvre. Palazzo Delle Aquile est un documentaire filmé à l'intérieur du palais municipal de Palerme occupé par dix-huit familles qui se sont faites expulser de l’hôtel social. Au même moment, une vingtaine de maisons ont été confisquées à la mafia. « Le réalisateur réussit à installer sa caméra parmi les gens pauvres qui vont vivre dans les lustres républicains. Ça n’aurait pu être que ça et ça aurait déjà été très bien. Mais c’est plus que ça. Il montre, jour après jour comment, à cause des affaires politiques, les familles vont se faire baiser. Comment un conseil municipal qui se doit d'être à la pointe de la lutte va les entuber à la fin. Comment des conseillers municipaux scellent le sort des gens sans leur demander leur avis. C’est un documentaire filmé à la Abel Ferrara qui nous offre des plans d'enfants dormant sur les bancs ou enlaçant les symboles de la "démocratie". Tout cela avec un sens aigu de la mise en scène qui nous plonge dans un récit éminemment cinématographique. Jusqu'à cette scène à l’église pendant une cérémonie à la mémoire des victimes de la mafia. Un champ contre champ super bien filmé. Un affrontement à distance entre le Maire et les familles, qui rappelle les films de mafia ou les meilleurs plans d'un Abel Ferrara, même si la mafia n’est pas le sujet du film. Palazzo Delle Aquile est un film militant qui répertorie tous les processus politiques en oeuvre tout en réussissant le pari esthétique. »


© 2011 L’acid - Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion
« Toutes les équipes des films sélectionnés seront à Cannes sauf les Chinois de Black Blood, car le film a été tourné à l’insu du gouvernement. » Le synopsis rappele le scandale des paysans chinois contaminés par le virus du sida dans la province du Henan alors qu'ils vendaient leur sang. « C'est l'histoire des membres d'une famille qui vendent leur sang pour vivre, mais la mère découvre qu’elle est séropositive. Un incroyable moment de cinéma et une super fin. Un film en noir et blanc. Ce qui permet au sang d'être noir. »


Pour penser vache, respirer vache, dormir vache, vivre vache, regardez Bovines. « Bovines, c'est l’expérience d’un film de vaches en HD. Un film qui montre la vraie vie des vaches car il se place du point de vue des vaches. » Intéressant ? Surprenant ? Complètement fou ? « On prend possession d’un film spectacle magnifique... au rythme des vaches. Il a une façon de s’affranchir du document-fiction. » Le peut-être seul rebondissement du film étant lorsque l'une d'elle se fait conduire à l’abattoir.


Concernant Le Grand’Tour, un film belge, « j’ai cru pendant une heure que j’étais devant un film documentaire. » Or c'est une pure fiction. L'histoire d'une bande de copains qui, pour aller se soûler dans une fête, font semblant d’être une fanfare. « Cela ressemble à de la télé-réalité mais c'est quand même du cinéma. » Le fait est que la fanfare va se perdre dans la forêt. « Il y a une métaphore christique dans le départ, comme celui du Christ et des apôtres,... mais bourrés. » L'expédition s'éternise donc dans une forêt. Nos compères expérimentent la vie en société jusqu'à faire bousculer leurs repères, jusqu'à vivre des expériences mystiques et sexuelles, jusqu’à recouvrer « l’état sauvage, faire le choix de basculer et ne jamais revenir. Le film tâte la limite entre docu et fiction, c’est presque une improvisation. Il essaye d'analyser comment vivre ce quotidien de l’entre-soi, ce presque loft story, pose la question de savoir ce qu'est une société. Et le montre bien. C'est sans vulgarité, sans meuf, sans sexisme, un bon film de camaraderie. »


© 2011 L’acid - Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion
Enfin, le film que je ne manquerai certainement pas tant Stéphane m'a donné envie de le voir. Old Cats (Les Vieux Chats), un film chilien. Une vieille femme qui perd la boule. Une fille déjantée qui se coke en douce, sa copine lesbienne. Et le mari qui fait tout pour cacher à la fille que sa mère perd la tête. Ce jour-là l’ascenseur tombe en panne. La fille essaye de faire signer des papiers à sa mère pour récupérer l’appart. « C'est un huis-clos familial qui explose, un film plus classique mais un premier film super maîtrisé. La vieille dame va devoir descendre les escaliers pour donner à manger aux chats. Toute l’intrigue réside dans le fait de savoir quand. C'est de l'humour noir. On a l’impression qu’il n’y a pas d’amour mais il y en a. Le sentiment filial réapparaît à la fin. Cela change du cinéma chilien traditionnel, plutôt déprimant. »


Pas si acide que ça finalement, mais très ACID.


Pour en savoir plus sur l'ACID.
Téléchargez le catalogue de la sélection 2011 à Cannes.


Et bientôt et en exclusivité, Cannes vu par Stéphane Arnoux en images sur Mes petites fables.



in:Angelina's festivalistic envy of Cannest

1 commentaire:

Paulus a dit…

ça donne envie !

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