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vendredi 20 avril 2012

Rencontre avec HK au théâtre de l'Echangeur (25 février 2011)

En février 2011, j'ai eu la chance que HK, de HK et les Saltimbanks, m'accorde une grande partie de son après-midi pour un entretien fleuve. Avec simplicité et gentillesse, il a su se montrer disponible, patient et surtout très réactif, tant au niveau de la pertinence de ses réponses que de son sens de l'humour. Un sympathique tête-à-tête que je vous invite enfin à partager plus d'un an après.

A l'époque, ce 25 février 2011, HK s'apprêtait à participer le soir-même à une initiative en soutien à l'opération "Un Bateau français pour Gaza" qui devait participer à la flottille de la liberté censée briser le blocus de Gaza en apportant vivres, médicaments et matériaux de construction à une population sévèrement éprouvée par deux mois de pilonnage intensifs en 2009-2010. Je vous en parlais là et là. Forcément, je l'ai longuement questionné sur son engagement pour la cause palestinienne.

Aujourd'hui HK et les Saltimbanks sont de nouveau dans les feux de l'actualité, d'abord parce qu'ils sortent un nouvel album fin mai, Les Temps Modernes, mais surtout, par ces temps électoraux, parce que leur chanson On lâche rien, à force d'être sur toutes les lèvres à la fin des meetings de Jean-Luc Mélenchon et à force de squatter les clips de campagne de Philippe Poutou, est devenue un accessoire indispensable de la panoplie contestataire. D'ailleurs, je vous invite à lire mon article sur Bakchich qui traite de ce sujet.

HK ébloui par le flash de mon nouvel appareil photo dont
je ne savais pas encore me servir © Angelina



lundi 19 décembre 2011

De quoi Salah Hamouri est-il le nom ?

DR

"Il fait beau sur Jérusalem et pourtant il pleut des larmes de joie..." indiquait hier Jean-Claude Lefort sur Facebook. Depuis hier dans la soirée, Salah Hamouri est enfin libre et le Président du comité de soutien oeuvrant depuis les premiers jours de sa condamnation pour la libération de Salah Hamouri, savoure.

Cela aura fait presque sept ans que ce jeune Franco-Palestinien a été arrêté et condamné par un tribunal militaire israélien sur la base d'un soupçon, celui de fomenter un attentat terroriste, sans qu'aucune preuve ne vienne étayer cette accusation, sans qu'aucun document relié à cet hypothétique attentat ne corrobore. Salah Hamouri était également un prisonnier d'opinion puisqu'il a aussi été condamné pour son appartenance au Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), appartenance qu'il a revendiquée comme un honneur au soir de sa libération. Tous ceux qui ont été alertés à un moment donné au cours de ces sept années, de près ou de loin sur son cas, n'ont pu que se réjouir de voir enfin l'unique portrait souriant que l'on avait de lui  s'animer, brandir le drapeau palestinien, étreindre les siens. Le regard est du même bleu azur seulement barré par deux rides profondes et souligné par la fatigue.


mardi 15 novembre 2011

Liberté



Aujourd’hui cela fait 2 430 jours de détention pour Salah Hamouri. Liberté pour le Franco-Palestinien emprisonné en Israël.

Pour savoir qui est Salah Hamouri, reportez-vous à la vidéo de François Cluzet dans la colonne de droite.




in: In the mood for anger

samedi 18 juin 2011

Un bateau français pour Gaza à Marseille

Ils l'ont fait ! Force est d'avouer que je me demandais comment cela serait possible lorsqu'en janvier de cette année j'ai assisté au lancement de la campagne "Un bateau français pour Gaza", que j'ai entendu Julien Rivoire, un responsable de Génération Palestine, annoncer qu'il faudrait acheter un bateau et qu'il coûterait 200 000 euros. Ce sont 600 000 euros qui ont été récoltés depuis, avec en majorité des dons de moins de 30 euros.

Aujourd'hui, malgré les pressions, les incertitudes et les informations contradictoires, le "bateau français pour Gaza" existe bel et bien. S'il est à peu près certain qu'il ne partira pas aujourd'hui de Marseille pour rejoindre le reste de la flottille internationale, il n'en demeure pas moins que ce "bateau français pour Gaza" y sera fêté comme il se doit. A l'instar de la première flottille internationale dite de la liberté, ces bateaux ont pour but de "dénoncer et briser le siège israélien de Gaza, de promouvoir et faire respecter le droit international, de répondre à la crise humanitaire que subissent un million et demi de Palestiniens de Gaza" en prétendant franchir le mur maritime qui enferme la bande de Gaza dans cette fameuse prison à ciel ouvert dont tous ceux qui en reviennent parlent tant.


Interrogé en janvier sur la réaction de la diplomatie française face au "bateau français pour Gaza", le comité de campagne répondait* : « Ils risquent de trouver des formules nous expliquant qu'ils sont contre le siège de Gaza mais que ce n'est pas comme cela qu'il faut faire. Ils ont appelé Israël à lever le blocus mais aucune sanction ne suit. Et on le sait que tant que qu'il en sera ainsi, il n'y a aucune raison pour qu'Israël ne continue pas. »

Questionné sur la réaction des Gazaouis par rapport à l'aide internationale, le comité déclarait : « Ils sont toujours au courant des démarches internationales de solidarité. Mais comme les Palestiniens, ce que nous voulons, c'est la fin du blocus. C'est la raison de la souffrance. Ils ne peuvent sortir ni entrer. Mais ils ont toujours l'espoir. Ils sont informés des actions, des manifestations. »

Que sera sensée transporter la flottille ? « C'est en discussion avec les coordinations nationales », répondait le comité de campagne. « Du matériel de construction, comme du ciment, ce qui manque pas mal à Gaza. Entre un tiers et un quart des maisons n'ont pas été reconstruites depuis "Plomb durci". Nous avons pris acte du premier échec relatif de la première flottille. Nous tirons le bilan d'un manque de soutien médiatique et politique. Cela dit, une grande partie du matériel a été acheminé et les bateaux arraisonnés ont été rendus. Il y a eu une levée partielle du blocus, promise au moment de la flottille. Mais certains produits restent interdits, notamment les médicaments. Une vingtaine d'ONG ont établi un rapport faisant le point sur l'inaboutissement des promesses d'Israël. La question n'est pas de d'assouplir le blocus mais de le lever. »

La réponse fuse lorsque le comité est sollicité sur la stratégie de cette deuxième flottille : « Être médiatisé au niveau international. On représente le droit. Le blocus est illégal et ce n'est pas aux pirates de nous donner des ordres. La cause est non-violente. On n'a pas de rapports de force avec la quatrième puissance du monde. L'enjeu est de briser le blocus politiquement et non militairement. On doit travailler à ce que le monde entier le voit et qu'Israël assume son entière responsabilité d'Etat voyou. On sait qu'en a face on a un Etat très fort en terme de communication. Les cinq continents seront représentés dans cette flottille. Si la deuxième n'arrive pas, la troisième se composera peut-être d'une centaine de bateaux. Il n'y a qu'à considérer l'exemple tunisien. Il faut sortir de cette culture de l'échec et l'exemple de la Tunisie est là pour nous donner raison. Il faut pousser la France à avoir une autre position. »


Pour en savoir plus :

Une flottille pour lever le blocus de la bande de Gaza (Le Monde)
Le bateau français pour Gaza ne partira pas de Marseille (Le Figaro)


* Propos recueillis en janvier 2011. 



in: The world is crying out loud

dimanche 24 avril 2011

Rassemblement de solidarité avec Salah Hamouri

Le 13 mars dernier, cela a fait six ans que Salah Hamouri est arbitrairement détenu dans une prison israélienne, à deux heures de route de là où vit sa famille. Condamné par un tribunal militaire en territoire occupé, sans aucune preuve, pour aucun fait avéré, il purge une peine de sept ans de prison accusé d'avoir eu l'intention de fomenter un attentat contre une personnalité israélienne et d'appartenir à une organisation de jeunesse militante. Autant dire que le jeune homme est un détenu politique parfait dont le seul crime est un délit d'opinion, celui de militer pour un Etat palestinien. Il ne serait qu'un parmi les 8 à 11 000 autres palestiniens également emprisonnés dans une prison israélienne, dont 300 enfants, s'il n'était en plus Français.

Parfaitement ignoré par la diplomatie française qui se dédouane en assurant qu'elle se démène en coulisse pour secourir le jeune homme, il incarne, avec un éclat aveuglant, l'ambigüité d'une politique française qui jongle entre la chèvre et le chou, qui promet à la Palestine mais refuse de laisser faiblir un indéfectible soutien à l'Etat d'Israël. En six ans, aucune prise de position publique de l'Elysée dont le locataire avait pourtant assuré qu'il irait chercher "n'importe quel Français quoi qu'il ait fiat, où qu'il soit". Six ans pour qu'enfin, après le silence assourdissant de Michel Barnier, Philippe Douste-Blazy, Bernard Kouchner, Michèle Alliot-Marie, l'actuel et récent Ministre des Affaires Etrangères reconnaisse que le jeune homme a été condamné sans preuve et que, de ce fait, son refus de ne pas solliciter de grâce (ce qui impliquerait exprimer des excuses) est une "attitude respectable".*

© Patrice Leclerc pour la Photothèque du mouvement social

Le vendredi 22 avril, Denise Hamouri, la mère de Salah était à Paris, devant l'Hôtel de Ville, pour à nouveau plaider la cause de son fils, alerter l'opinion publique, encore largement ignorante des faits, et solliciter les pouvoirs publics. Elle n'a pas été reçue par le Maire Bertrand Delanoë contrairement au voeu déposé par le groupe communiste au conseil de Paris et adopté le 29 mars dernier. Elle n'a pas non plus été reçue par le Président de la République. Une cérémonie a pourtant été organisée sur le parvis de l'Hôtel de Ville pour rappeler que six années se sont déjà écoulées depuis que Salah a été privé de sa liberté, de la jouissance de sa jeunesse, stoppé net dans ses études et dans le cours de sa jeune vie. Rappeler aussi que lundi prochain, le 25 avril, il aura vingt-six ans.

Je n'ai malheureusement pas pu me rendre à ce rendez-vous de soutien, mais je sais qu'il a réuni plus de monde que l'année dernière ce qui est déjà une belle victoire. Vous pouvez retrouver et lire le détail des interventions qui y ont eu lieu sur le site du Comité national de soutien à Salah Hamouri : Bernard Ravenel, président d'honneur de l'AFPS ; un message de l'Union Juive Française pour la Paix ; un message du Parti communiste français ; Françoise Diehlmann, Conseillère régionale Ile de France, Europe Ecologie - les Verts ; ainsi qu'un message de Salah Hamouri qui a été lu par sa mère.

Denise Hamouri doit repartir lundi pour Jérusalem-Est. Ce qui laisse amplement le temps à Monsieur Alain Juppé de la recevoir au Quai d'Orsay, comme il en a émis le désir lors d'une conversation téléphonique avec Jean-Claude Lefort, président du Comité national de soutien à Salah Hamouri. Une chance inestimable pour lui de se démarquer de la politique démagogique de Sarkozy et de faire briller un peu de ces Lumières dont la France se targue souvent avec beaucoup de morgue, mais que quelqu'un a éteintes.

Tous droits réservés.


* Dans une lettre adressée à la Sénatrice-Maire de Saint-Pierre-des-Corps, Marie-France Beaufils, le 31 mars 2011.



in: The world is crying out loud

jeudi 17 mars 2011

Militants, ya basta !

Cela aurait pu être une histoire de bruit et de fureur racontée par un idiot : un syndicat a été envahi. Pour se défendre des trublions qui ont renversé ses pots de fleurs, ce syndicat n'a fait d'autre choix que celui d'assigner devant un tribunal les deux seuls zigotos qui ont pu être identifiés : l'un, Michel Roger, fondateur de la Compagnie de théâtre Jolie Môme, pour avoir parlé dans un mégaphone, l'autre, Ludovic Prieur, animateur du site d'actualités alternatives hns-info, pour avoir raconté la scène sur son site internet. C'est néanmoins ce qui est arrivé à la CFDT qui a attaqué des travailleurs pour "violation de domicile" alors qu'elle est censée les défendre. Au risque de créer une jurisprudence et de rendre l'occupation de locaux, l'une des armes favorites de la lutte syndicale, délictueuse à l'avenir. 

Seulement la CFDT s'en est prise à l'écharpe rouge de la Compagnie Jolie Môme, qui joue mais aussi milite et dont le fief à Saint-Denis ne désemplit pas chaque fois qu'il s'agit d'y lever le poing pour saluer la mémoire de la Commune ou pour fredonner Ya Basta. De cette affaire est né Wanted, un spectacle qui se veut le procès du militantisme à travers les âges.


Loin de moi l'idée de caricaturer la CFDT même si elle a tenu ce jour-là le mauvais rôle de la pièce. Le fait qu'elle ait opté pour la confrontation plutôt que le dialogue avec des intermittents mécontents, rappelle des méthodes que l'on s'attend à trouver plutôt du côté des patrons.

Le symbole de ces deux militants que patronat, syndicat, mais aussi médias opportunément absents, ont voulu faire taire et qu'aucune menace n'a pu faire taire, en dit long sur le rapport de force qui s'établit aujourd'hui entre les "puissants" et les "faibles".

Alors que le tribunal correctionnel avait, en première instance, donné raison à la CFDT en condamnant nos deux personnages pour violation de domicile, le jugement de la 13ème chambre de la Cour d’Appel de Paris a finalement infirmé ce jugement et débouté la CFDT, le 17 septembre 2010.

Aujourd'hui, ce sont quatre militants de la campagne BDS (Boycott Désinvestissement Sanction) qui comparaissent devant le Tribunal de Bobigny pour avoir appelé au boycott contre les produits en provenance des territoires occupés. Il n'y a qu'en France que cela arrive par la magie d'une circulaire rédigée par Michèle Alliot-Marie qui amalgame appel au boycott et discrimination raciale, qui criminalise un mode d'expression, de protestation et de résistance pacifique.

Les procès intentés aux militants du BDS se multiplient. Mais seul un jugement a pour le moment été rendu. Le 14 octobre 2010, la Sénatrice Alima Boumedienne-Thiery, et le militant du NPA Omar Slaouti, ont été relaxés par le Tribunal correctionnel de Pontoise.

« La question en la matière, et quelles que soient les formes d’intervention choisies, est politique. Dans ce domaine, comme dans tous les sujets de caractère politique, la liberté d’expression doit être impérativement respectée », indique un communiqué de l'AFPS (Association France Palestine Solidarité).




L'Appel de Bobigny par belkacem_93


Lire mon article publié sur Bakchich pour en savoir plus.




in: The world is crying out loud

mardi 18 janvier 2011

L'important c'est qu'elle n'y aille pas


Vanessa Paradis n'ira finalement pas chanter en Israël, pour un concert qui était prévu le 10 février à Tel-Aviv. C'est ce qu'elle a fait annoncer sur scène par les producteurs de son spectacle, Charles Bensmaine et David Stern, à l'issue de son concert à Conflans-Sainte-Honorine le samedi 15 janvier.

Est-ce la vibrante campagne menée dans le cadre du BDS (Boycott Désinvestissement et Sanctions) dont plusieurs militants s'étaient donnés rendez-vous à l'entrée du théâtre Simone Signoret où se produisait la chanteuse ce soir-là, qui a infléchi sa décision ? A grand renfort de pancartes (sur lesquelles on pouvait lire "Vanessa Paradis, Israël c'est l'enfer pour les Palestiniens" ou bien "Vanessa, que vas-tu chanter aux enfants de Gaza") brandies devant les files d'attente pour alerter aussi les fans, à grand renfort de slogans ("Vanessa, n'y va pas") et de tracts, plusieurs militants de l'association Europalestine ont mis un gentil boxon. Toujours est-il que, décision prise sur le vif ou mûrement réfléchie, sous l'influence d'une campagne ou pas, la raison officiellement invoquée est strictement "professionnelle".

Que Vanessa Paradis veuille ménager la chèvre et le chou, rester apolitique, ne froisser personne, ne pas sembler céder à la pression, ou donner le change au Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA) qui veut saisir le Ministère de la Culture français, toutes ces raisons n'importent finalement pas. L'important c'est qu'elle n'y aille pas. L'important c'est que l'on souligne, chaque fois qu'un artiste émet le désir de se produire en Israël, pour l'amour de l'art ou pour passer quelques jours au soleil, qu'un massacre silencieux a lieu tous les jours dans ce pays qui a instauré un véritable apartheid à l'encontre de la population palestinienne. Qu'un million et demi de personnes vivent actuellement un blocus qui les séquestre sur une étroite bande de terre entre mer et mur de barbelés.

Tout comme aux Pixies de Frank Black, aux Gorillaz, aux Klaxons, à Carlos Santana, à Gill Scott Heron et à Elvis Costello, moi aussi je dis "Merci" à Vanessa Paradis.








in: Bulle d'information

jeudi 14 octobre 2010

BDS : la force des convictions



« Je participe à des actions de BDS parce que je pense que la communauté internationale ne fera rien à courte ou moyenne échéance pour faire appliquer le droit qu’elle a elle-même élaboré. C'est à la société civile de prendre les choses en main » m'explique un jeune homme au T-shirt zébré du mot "boycott". Le BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions), mouvement qui se dit citoyen et non violent, est né d’un appel lancé en 2005 par la société civile palestinienne. Il incite notamment les populations internationales à ne plus consommer de produits issus des territoires palestiniens, illégalement occupés, ou manufacturés en Israël. Il appelle également les citoyens et les politiques au boycott culturel, universitaire et sportif d’Israël. Une action dans un supermarché peut consister à interpeler la clientèle pour l’informer sur le BDS, mais aussi sur le mauvais étiquetage des produits, notamment en ce qui concerne les fruits et légumes en provenance d’Israël, ou bien à se coucher sur le sol après s'être aspergé de ketchup pour dénoncer la violence sanglante de l'occupation.

A l'image de ce qu'a vécu l'Afrique du Sud, les défenseurs de la cause palestinienne rêvent d'instiguer un véritable boycott économique et mondial de l'Etat d'Israël. Mais jusqu’ici, en France, le mouvement peine à trouver un relais dans les médias. Les militants n’en sont que plus vulnérables face aux grandes enseignes, qu’ils visent pour leur collaboration économique directe avec l’Etat israélien, mais aussi face à l’Etat français. En janvier 2010, une militante, Sakina Arnaud, a été condamnée à une amende de 1 000 € pour avoir collé un autocollant "Boycott Israël" dans un Carrefour. La plainte, déposée par le supermarché, pour dégradation légère a été requalifiée en incitation à la discrimination raciale, nationale et religieuse par le procureur. Repassée en appel le 24 septembre dernier, Sakina attend le verdict le 22 octobre. Le 29 novembre prochain, cinq membres de l’association Boycott 68 devront se défendre à Mulhouse (68) de la même accusation pour avoir distribué des tracts appelant au boycott des produits exportés par Israël devant la même enseigne. En s'attaquant à une poignée d'empêcheurs de consommer en rond, le gouvernement actuel continue d'apporter, quoi qu'il en dise, un soutien inconditionnel à Israël.

L’argument de l’antisémitisme est souvent avancé pour se discréditer le BDS. Le boycott est aussi dénoncé comme une arme injuste. Tout en affirmant soutenir « la création d’un état Palestinien aux cotés de l’Etat d’Israël », la CGT n’a-t-elle pas, dans un communiqué du 25 mai 2010, considéré que le boycott constituait une punition collective pour la population israélienne ?

Cependant, le Comité National palestinien du BDS a toujours voulu voir dans les interventions de l'Etat français la force de son mouvement, si ce n'est la menace qu'il représente. Rappelons que notre Premier Ministre lui-même s'est indigné des actions de boycott en France lors du dîner du CRIF en février dernier.

Cet après-midi, c’est une Sénatrice, Madame Alima Boumedienne-Thiery, qui devra répondre devant le tribunal de Pontoise de « discrimination et provocation à la haine raciale » pour avoir appelé au boycott des produits des colonies israéliennes. Et bientôt, Stéphane Hessel, le co-rédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Des procès qui passeront difficilement inaperçus.








in: In the mood for anger

mardi 12 octobre 2010

Non aux poursuites contre les militants « BDS »






« Solidarité avec Stéphane Hessel, Alima Boumediene-Thiery et toutes les victimes de la répression » : 110 personnalités de tous horizons, élus, chercheurs, artistes, écrivains... lancent un appel « pour refuser catégoriquement » que les militants de la campagne internationale Boycott-Désinvestissement-Sanctions soient jugés pour « provocation publique à la discrimination ».


Bordeaux, Mulhouse, Perpignan, Pontoise...: en ce mois d'octobre, des hommes et des femmes sont poursuivis pour « provocation publique à la discrimination » –y compris une sénatrice de la République, Alima Boumediene-Thiery. Ailleurs, d'autres sont convoqués par les préfectures et menacés de procès du même type. Un ancien commissaire de police prétend même poursuivre... Stéphane Hessel, grand résistant, co-rédacteur de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 et ambassadeur de France ! Tous risqueraient jusqu'à 45.000 euros d'amende et trois ans de prison suivant la qualification des poursuites...


Quel crime ont donc commis ces citoyens, connus et inconnus, pour mériter une accusation aussi infamante et encourir des peines aussi lourdes? S'être dressés contre l'occupation et la colonisation de la Palestine par Israël, et notamment contre les «crimes de guerre» voire «contre l'Humanité» que le rapport Goldstone accuse son armée –et, dans une proportion nettement moindre, des groupes armés palestiniens– d'avoir perpétrés pendant la guerre de 2008-2009 contre la bande de Gaza. S'être révoltés contre l'impunité dont jouit un État qui viole pourtant ouvertement le droit international et les résolutions des Nations unies. Et avoir décidé de prendre leurs responsabilités en appelant eux-mêmes au boycott, au désinvestissement et aux sanctions contre cette politique condamnée par la grande majorité des opinions française, européenne et mondiale.

Pour présenter, contre toute évidence, cette action citoyenne comme raciste, il aura fallu que la ministre de la Justice s'abaisse à inventer, en février 2010, un «boycott des produits casher» qu'aucun dirigeant, aucun groupe, aucun militant du mouvement de solidarité pour une paix juste et durable au Proche-Orient n'a jamais prôné. Puis qu'elle exige des parquets qu'ils poursuivent les militant-e-s pour «provocation publique à la discrimination». Et celle qui diffame et menace ainsi des innocents appartient à un gouvernement qui, toute honte bue, non seulement stigmatise une communauté entière en raison de son origine ethnique, mais expulse illégalement de la «patrie des Droits de l'homme», sur cette base, des milliers de ressortissants d'Etats membres de l'Union européenne.

C'est pourquoi nous disons à Michèle Alliot-Marie: « Pas ça et pas vous ! » Certains d'entre nous appellent au boycott de tous les produits israéliens; d'autres « ciblent » les seuls produits des colonies israéliennes ; d'autres encore choisissent des formes d'action différentes. Mais nous sommes tous unis pour refuser catégoriquement que les militant-e-s de la campagne internationale Boycott-Désinvestissement-Sanctions (BDS) soient accusés et jugés pour « provocation publique à la discrimination » alors qu'au contraire ils combattent contre toute forme de discrimination, pour le droit de tous les peuples à l'autodétermination, pour l'application à tous les États du droit international et des sanctions prévues lorsqu'ils le bafouent.

Tous ensemble, nous exigeons, à la fois au nom du droit international et des libertés : le retrait immédiat des directives envoyées par la ministre de la Justice et son administration aux parquets et la relaxe immédiate de ces innocents. Honneur à celles et ceux qui font leur le combat pour la justice et la paix que les autorités françaises ont trahi.



Premiers signataires :

Achcar Gilbert, Politologue, (Université de Londres et Paris 8)
Ackermann Houria, Militante de l'UJFP
Adler Laure, Écrivain et journaliste
Alliès Paul, Professeur (Faculté de Droit et de Science politique, Montpellier)
Alsoumi Omar, Président de Génération Palestine
Autain Clémentine, Directrice de Regards
Aron Jacques, Professeur honoraire, architecte et essayiste (Bruxelles)
Attias Jean-Christophe, Directeur d'études (EPHE, Sorbonne)
Avran Isabelle, Journaliste
Badie Bertrand, Politologue, Professeur des Universités (Sciences Po), Chercheur associé au CERI
Balibar Etienne, Professeur émérite (Université de Paris-Ouest)
Barthe Benjamin, Journaliste indépendant (Ramallah)
Baubérot Jean, Historien et sociologue, président d'honneur de l'EPHE (Sorbonne)
Beaumale Michel, Maire de Stains
Belkaïd Akram, Journaliste indépendant
Benbassa Esther, Directeur d'études (EPHE, Sorbonne)
Ben Hiba Tarek, Président de la FTCR, ancien conseiller régional
Benslama Fethi, Psychanalyste, Professeur des Universités (Paris Diderot-Paris 7)
Besancenot Olivier, Porte-parole du NPA
Billard Martine, Députée de Paris
Boussois Sébastien, Chercheur postdoctorant (Université libre de Bruxelles)
Bras Gérard, Professeur de philosophie
Braun Henri, Avocat au barreau de Paris
Brousse Martine, Vice-présidente de la CNCDH
Brun Frédéric, Militant associatif et écologique
Brunswic Anne, Écrivain et journaliste
Brunswic Étienne, Ancien directeur de l'Unesco
Buffet Marie-George, Députée
Buttin Maurice, Avocat honoraire à la Cour
Cayrol Roland, Politologue
Cerisier-Ben Guigua Monique, Sénatrice
Chagnollaud Jean-Paul, Professeur de science politique (Cergy-Pontoise)
Chahal Nahla, Coordinatrice de la CCIPPP
Chemillier-Gendreau Monique, Professeur émérite (Paris Diderot-Paris 7)
Chibani Ali, Doctorant
Cohn-Bendit Daniel, Député européen, coprésident du groupe Verts/ALE
Costaz Gilles, Écrivain
Coupé Annick, Porte-parole de l'Union syndicale Solidaires
Dayan-Herzbrun Sonia, Professeure émérite (Paris Diderot-Paris 7)
Debbash Hubert, P-DG de Témoignage chrétien et de « Terre entière »
Diehlmann Françoise, Conseillère régionale
Dubois Jean-Pierre, Président de la Ligue des Droits de l'Homme
Duffour Michel, Ancien secrétaire d'État à la Décentralisation culturelle
Duflot Cécile, Secrétaire nationale des Verts
Etienne Monique, Journaliste
Euvrard Janine, Déléguée générale du festival « Proche-Orient : que peut le cinéma ? »
Fassin Eric, Sociologue (ENS)
Fath Jacques, Responsable des relations internationales du PCF
Fiterman Charles, Ancien ministre des Transports
Gèze François, Éditeur
Gigandet Alain, Enseignant-chercheur en histoire de la philosophie ancienne (Paris-Est Créteil)
Gillard Patrick, Historien, Bruxelles
Gleizes Jérôme, Responsable de la Commission transnationale des Verts français
Harbi Mohammed, Historien
Jadot Yannick, Député européen
Jennar Raoul Marc, Consultant en relations internationales
Joly Eva, Députée européenne, présidente de la Commission du développement
Joxe Alain, Chercheur (EHESS)
Joxe Pierre, Premier président honoraire de la Cour des comptes
Junqua Daniel, Journaliste,ancien directeur général du CFPJ
Junqua Michèle, Bibliothécaire
Kahn Marcel-Francis, Professeur de médecine
Krivine Alain, Membre de la direction du NPA
Kiil-Nielsen Nicole, Députée européenne
Laacher Smaïn, Sociologue
Labastie Claire, Professeur
Lannuzel Olivier, Journaliste
Laurent Pierre, Secrétaire national du PCF
Le Hyaric Patrick, Député européen
Lecoq Jean-Paul, Député
Lefort Jean-Claude, Député honoraire, président de l'AFPS
Léostic Claude, Vice-présidente de l'AFPS
Liégeois Yonnel, Journaliste
Lipietz Alain, Ancien député européen
Löwy Michael, Directeur de recherche émérite (CNRS)
Mamère Noël, Député-maire
Manceaux Michèle, Écrivain
Manceron Gilles, Historien, vice-président de la Ligue des Droits de l'Homme
Marange Valérie, Philosophe, enseignante
Marcus Michel, Magistrat
Mardam Bey Farouk, Éditeur
Marlière Philippe, Professeur de science politique (University College London)
Martelli Roger, Historien et journaliste
Maspero François, Écrivain
Mecary Caroline, Avocate
Mélenchon Jean-Luc, Président du Parti de gauche
Merlin Aude, Chargée de cours (Université libre de Bruxelles)
Mordillat Gérard, Romancier et cinéaste
Morin Edgar, Sociologue et philosophe
Moynot Jean-Louis, Syndicaliste, ancien conseiller d'État
Nahoum-Grappe Véronique, Anthropologue (EHESS)
Neyrat Frédéric, Philosophe
Pauly-Maillart Emmanuelle, Journaliste
Ravenel Bernard, Président de la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine
Robin Titi, Musicien
Rocard Michel, Ancien Premier Ministre et député européen
Roman Joël, Philosophe
Rosevègue André, Co-président de l'UJFP
Sellier Geneviève, Professeur en études cinématographiques (Michel de Montaigne, Bordeaux 3)
Sibony Michèle, Co-présidente de l'UJFP
Sieffert Denis, Journaliste
Sintomer Yves, Professeur des Universités en sociologie (CNRS - Paris 8)
Texier Philippe, Conseiller honoraire à la Cour de cassation, expert à l'ONU, membre de la CNCDH
Traverso Enzo, Professeur de science politique (Université de Picardie)
Tubiana Jérôme, Journaliste
Varikas Eleni, Professeure de science politique (Paris 8)
Veinstein Alain, Poète et écrivain
Vidal Dominique, Historien et journaliste
Voguet Daniel, Avocat
Wurtz Francis, Député européen honoraire

Védrine Hubert n'a pas signé l'appel mais nous a écrit :
« Bien que je ne signe en principe aucun appel, je suis prêt à soutenir Stéphane Hessel. Les positions courageuses ou audacieuses qu'il prend doivent pouvoir, dans un état de droit, être librement défendues. Les amalgames dont on se sert pour l'accuser sont mensongers. Il est à la fois grotesque et choquant de s'en prendre à une figure telle que lui et de vouloir judiciariser pour l'étouffer un débat qui devrait rester politique. Comme le sujet est très compliqué je préférerais apporter –publiquement– mon soutien à Stéphane Hessel, indépendamment du texte. »

Et vous ?


in: In the mood for anger

mercredi 21 juillet 2010

J’espère que vous lirez cette lettre…

Au pays de la révolution française qui a mis fin au féodalisme et à la servitude en propageant à travers le monde les mots de « Liberté – Egalité – Fraternité » ; à Paris, capitale d’un pays qui a résisté hautement pour se libérer de la barbarie d’une armée occupante féroce et brutale ; depuis vos bureaux à l’Elysée ou ceux du Quai d’Orsay – j’espère que vous lirez ma lettre.

Dans l’un de ces bureaux, ma mère a été finalement reçue afin de discuter des moyens pour obtenir ma libération.

Nous savons tous que la démocratie fonde le respect de la diversité des êtres humains. Elle définit les bases légales qui accordent à chacun des droits et des devoirs. Elle prône l’égalité des droits humains et refuse absolument d’établir des différences négatives et ségrégatives selon la couleur de la peau, l’origine, la religion, etc.

Comme citoyen franco-palestinien, je pensais que les autorités françaises se devaient de me protéger (comme elles le font pour tous nos compatriotes français injustement en difficulté dans le monde) alors que je vis dans un pays sous occupation militaire décidée par un gouvernement qui refuse obstinément de reconnaître et d’appliquer le droit international.

Il semblerait que ce gouvernement, le gouvernement israélien, vous ait convaincu que le seul moyen pour moi de retrouver la liberté n’était pas que, lui, fasse, ce qu’il devrait faire pour cela mais qu’en plus de l’injustice que je subis que, moi, je fasse un acte d’humiliation supplémentaire : que je présente des « regrets » devant un tribunal militaire d’occupation.

Je voudrais vous poser une seule question : aurait-il été acceptable pour vous que les résistants français, pendant la seconde guerre mondiale, « regrettent » leurs actes devant des tribunaux d’occupation ou de collaboration ?

Si on ne peut comparer terme à terme les deux situations, il n’en reste pas moins que la Palestine vit aussi sous occupation étrangère depuis maintenant 62 ans. Une occupation brutale qui multiplie les meurtres, qui construit des murs, qui assiège et colonise, qui expulse le plus possible de Palestiniens de leur terre ou de leurs maisons, surtout à Jérusalem-Est où je vis avec ma famille.

Devant cette occupation que vit mon peuple, je ne peux rester ni indifférent ni me taire. Je suis né et j’ai grandi dans un pays occupé et, parce que je ne peux pas me taire, je suis depuis plus de 5 ans en prison. Comment pourrais-je accepter cette occupation que vous-même avez condamnée ? C’est mon droit que de la refuser.

Dans ces conditions il n’est pas pensable une seule minute, qu’en plus de tout cela que je subis, j’en vienne à « regretter » ou à « m’excuser » de quoi que ce soit devant un tribunal militaire d’occupation.

Je soutiens la résistance légitime de mon peuple qui bénéficie de la solidarité des gens libres à travers le monde.

Bien à vous,



Salah Hamouri
Prison de Guilboa
Section 4

Le 14 juillet 2010

jeudi 15 juillet 2010

Angelina's summer diary (2)

Le déluge.

Mais en attendant les trombes d'eau qui se sont écrasées contre mes fenêtres, la pluie qui a fait des claquettes sur le bitume, les gouttes qui ont complaisamment tambouriné toute la journée, en attendant tout cela il a fait chaud.


C'est moite, transpirante, rouge et soufflant comme une libellule asthmatique que je suis arrivée à mon rendez-vous vendredi. J'allais retrouver une copine pour boire un verre, mais elle a envoyé la déesse de l'amour.

Accostée sur le trottoir, l'oeil plissé par le soupçon, la moue incrédule et la cigarette coincée entre deux doigts, elle m'a considérée l'air inquisiteur : « C'est toi Angelina ? »

La déesse de l'amour a une bonne descente de Perrier rondelle, des boucles noires, des sourcils noirs et une bouche rose. Pour ma part, j'ai noyé mon chagrin dans la bière en visionnant des cascades de Vittel, des rivières d'Evian, des torrents de Volvic et des volcans de lave balayant ces images naïves.

Evidemment, je lui ai fait part de mes doléances pour ce qui regarde sa spécialisation et la déesse m'a promis d'étudier mon cas. Le lendemain, pour me venger, j'ai fait manger des brocolis à mon amoureux. Au cas où elle m'oublierait, il faut bien prendre les choses en main.

Ce week-end à Saint-Denis, les Alternatifs ont reformé les rangs et investi l'amphi de la Bourse du Travail pour leur université d'été. Le thème en était "Racisme, discriminations, exclusions, héritage colonial : quartiers populaires et « classes dangereuses » dans le collimateur". Personnellement n'étant alternative que par intermittence, je n'ai assisté qu'à la soirée musicale du 10 juillet réunissant la Compagnie Jolie Môme et ZEP sur la même affiche.

Egale à elle-même, la Compagnie Jolie Môme a chanté dans le soleil couchant et fait tournoyer un drapeau rouge démultiplié par les reflets des parois de verre du bâtiment. Des chansons pour rire, pour réfléchir, pour lever le poing, Adieu le 12, Mac Do Mac Strike, Ya Basta, Debout les femmes et l'indéfectible Sans la nommer qui clôt chaque représentation dans l'émotion et qui s'est achevée dans un tonnerre d'applaudissements à l'évocation de Gaza et de la Palestine.

C'est au son des youyous dyonisiens que ZEP a embrayé. Malheureusement, étant occupée à militer avec des ressortissants de l'Oise, j'ai raté le début. Mais comme j'avais déjà assisté au concert au début de la tournée, déjà à Saint-Denis, à la Belle Etoile, j'ai pu apprécier combien Saïdou, Alee et leurs comparses se sont installés dans leurs rôles respectifs. Après plusieurs dates sur les routes de France, plus détendus, ils avaient l'air sincèrement heureux de jouer, de partager avec un public amoureux et acquis à leur cause.

Deux membres du groupe de rap palestinien Gaza Team étaient présents. Membres à part entière de ZEP, puisqu'ils ont participé à l'album, ils sont venus interpréter Inscris : Je Suis Arabe, le poème de Mahmoud Darwich qui figure sur Nique La France. Le texte, récité alternativement en français par Saïdou et en arabe par Gaza Team, claque dans le silence. Les mots résonnent, graves, sombres, posés. Les mots touchent plus sûrement que les pierres lorsqu'ils sont entendus, car ils sont repris et répétés, traduits et voyagent sans que personne ne puisse les arrêter. Ce soir, nous avons tous écouté.

Gaza Team est revenu faire un jam sur Heureusement Qu'il y a La Famille avant que le concert ne s'achève sur un Nique La France (N.L.F) plus hilare que rageur.

Quelques jours plus tard, on apprenait que le projet de loi sur l'interdiction du port du voile intégral dans les lieux publics avait été adopté par l'Assemblée Nationale. C'est peut-être l'effet du vertige, mais j'ai l'impression que ces mois et ces mois de débat sur l'identité nationale trouvent enfin leur aboutissement, leur justification dans cet acte politique. Un vote intervenant symboliquement (?) à la veille de la fête nationale qui, comme nous le savons, cette année a redoré le blason des grands dictateurs de la Françafique. Une successions de phénomènes et de symboles qui semble n'offrir qu'une seule lecture possible : aujourd'hui la société est confisquée à ses citoyens.








in: my life

mercredi 2 juin 2010

Palestine

Hier je disais que lorsque j'avais vu l'abordage de la flottille de la liberté, j'entendais " Ne vous mêlez pas de cette affaire !" de la part des Israéliens. Certaines personnes n'ont pas été d'accord avec moi, certaines d'entre elles ont entendu "Nous avons la force et nous agissons de manière brutale !" Cela est peut-être vrai aussi mais tout n'est pas si simple. J'ai brièvement évoqué dans mon billet précédent le schéma quasi névrotique dans lequel se trouvent l'opinion publique et le gouvernement en Israël. Cette fuite en avant semble n'avoir pas de fin. Lors de son récent passage en France, le journaliste israélien Gideon Levy l'avait particulièrement analysé et expliqué (lire mon article paru sur le site de Bakchich).

Plus que tout autre conflit dans le monde, plus que la Tchétchénie, le Rwanda, l'ex-Yougoslavie ou l'Irlande, pour ne prendre que ces quelques exemples, le conflit en Palestine est l'objet d'une attention constante, et ce de par le monde. C'est un conflit qui parle à tous, qui s'est ancré dans l'imaginaire mondial, qui soulève inlassablement, depuis des années, les mêmes questions, les mêmes débats, les mêmes indignations. Cela va bien au-delà de la connivence religieuse ou culturelle, de la proximité géographique, d'une histoire commune. Cela passe souvent par la jeunesse qui a si souvent besoin de se mettre en colère. Cela passe aussi par la reconnaissance d'une souffrance.

La Palestine cristallise toutes les colères, insinue toutes les résistances, ranime toutes les souffrances. La Palestine est la terre des gens qui veulent rester debout. Impossible pour l'Etat israélien de suggérer que cette affaire n'est que la leur, quand, on le voit depuis le début de cette semaine, spontanément et unanimement, face à l'irrationnel, la rue s'est emparée de la Palestine.

« (...)
Dans quelques heures, le dernier set, crucial, commencera quand nous entrerons dans les eaux de Gaza. Bien sûr, matériellement, il serait très facile pour Israël de nous stopper et nous arrêter, mais le coût politique qu’ils auront à payer sera énorme. Vraiment énorme, à tel point que toutes les ruses et les pièges qu’ils ont tenté de mettre sur notre route ont réussi à faire une seule chose : sensibiliser de plus en plus de gens partout dans le monde sur notre flottille et sur la situation de Gaza. Et de tout ça, nous apprenons quelque chose : la peur n’est pas de notre côté, mais du côté d’Israël. Ils ont peur de nous parce que nous représentons la colère des gens tout autour du monde. Les gens qui sont mécontents de ce que l’Etat criminel d’Israël fait aux Palestiniens et à chaque amoureux de la paix qui ose prendre le parti des opprimés. Ils ont peur de nous parce qu’ils savent que, dans un proche avenir il y aura encore plus de bateaux à venir à Gaza comme il y a de plus en plus de personnes à décider de boycotter Israël chaque jour. »
Thomas Sommer-Houdeville, coordinateur de la campagne civile internationale pour la protection du peuple palestinien (ccippp), le 29 mai 2010 depuis l’un des bateaux de la flottille de Gaza.








in: The world is crying out loud

mardi 1 juin 2010

Jour de colère

Colère, je n'ai que ce mot à la bouche, après avoir appris ce qui s'est passé dans la nuit, au grand large de la bande de Gaza. Ce qui aurait dû être une tentative avortée de plus pour crever le blocus, pour interpeler la communauté internationale sur le sort d'un million et demi de personnes qui survivent au lieu de vivre, est devenu en une nuit et une journée une image rouge sang, un symbole, un Exodus à l'envers disent aujourd'hui les commentateurs.

Hier la colère. Aujourd'hui la colère et la consternation.

Ne soyons pas naïfs, ne faisons pas semblant de ne pas savoir que, peut-être plus encore que la Marche pour Gaza en janvier 2010, cette opération était un défi lancé aux autorités militaires israéliennes. Fidèles à leur credo, ne jamais céder un pouce de volonté devant l'ennemi, elles ont enclenché la phase dite d'auto-défense, à savoir l'attaque.

Que cela se soit passé dans les eaux internationales, avec la brutalité que l'ont sait, en direction de civils parmi lesquels, des militants pro-palestiniens c'est un fait, mais aussi des humanitaires, des politiques, des intellectuels, visait, à mon sens, à dire une chose au monde : « Ne vous mêlez-pas de cette affaire ! » ou en d'autres termes, non à l'ingérence sous toutes ses formes.

Jusqu'à présent, on peut dire que l'immobilisme le plus absolu a été scrupuleusement respecté par la communauté internationale qui a pris acte de ce blocus totalement illégal.

Informés de la progression de la flottille de la liberté vers Gaza, les gouvernements du monde l'étaient tous. S'en sont-ils émus, se sont-ils inquiétés pour la sécurité de leurs ressortissants respectifs ? Ont-ils, en prévention, lancé des appels au calme en direction d'Israël ? Ont-ils protégé leurs concitoyens ?

Depuis Rachel Corrie, jeune militante américaine pour la paix, qui avait voulu empêcher un bulldozer de détruire une maison à Rafah en se tenant debout devant, depuis sa mort, nous savons que la nationalité américaine, française ou turque ne protège personne de la logique de guerre de l'armée israélienne, et que rien ne saurait protéger les corps des militants contre sa furie. Ironie d'ailleurs de savoir que l'un des bateaux faisant partie de la flottille de la liberté portait le nom de Rachel Corrie.

Impossible de croire que des commandos supposés entraînés au combat, à la riposte et à l'embuscade aient été surpris par la violence des militants assaillis. Vue d'ici, cette opération ressemble à une mission des Pieds Nickelés.

Tout le monde note aujourd'hui la logique infernale dans laquelle est enfermé le gouvernement israélien. La menace provoque la réplique immédiate. Hier, juste après les faits, le journaliste américano-israélien Bradley Burston écrivait sur son blog : « Une guerre dit à un peuple de terribles vérités sur lui-même. Voilà pourquoi il est si difficile de les entendre. (...) Nous ne défendons plus Israël. Nous défendons le blocus qui est en train de devenir le Vietnam d'Israël. » Et d'expliquer plus loin cette logique infernale : « Ils (le Hamas et l'Iran) savent, comme le disait la chanson sur la guerre du Liban ("Lo Yachol La'atzor Et Zeh") que, incapables de nous voir avec lucidité, nous ne sommes plus capables de nous arrêter. »

Personnellement, j'attends que cette logique prenne fin.



in: The world is crying out loud

dimanche 25 avril 2010

Le chiffre du jour : 25

Se doutait-il à 20 ans, en franchissant le seuil de sa prison, qu'il en prendrait au moins pour le quart de sa vie ? Sûr du bien-fondé de ses convictions, fier de son combat, se serait-il deviné, cinq ans plus tard, abandonné par un gouvernement qui verse des larmes de crocodile sur les 17 ans de Guy Môquet tout en piétinant ses 25 printemps à lui ?

Aujourd'hui, 25 avril 2010, Salah Hamouri a 25 ans. Ce jeune Franco-Palestinien a déjà passé cinq ans derrière les barreaux d'une geôle israélienne. Accusé sans preuvede fomenter un attentat, il a été condamné par un tribunal militaire en Cisjordanie, un tribunal de fait illégitime au regard du droit international. Paradoxalement, ce très jeune homme est "le plus vieux prisonnier politique Français dans le monde" comme le clame Jean-Claude Lefort, Président de son comité de soutien. Actuellement reclus du monde, Salah n'a plus droit aux livres ni aux journaux. Depuis deux mois, il est également privé de son courrier qui était un précieux réconfort, sous le prétexte qu'il n'y a plus de traducteur disponible pour que l'administration pénitentiaire en prenne connaissance.

Quel est le champ d'action d'un citoyen qui n'est pas d'accord avec ceux qui le gouvernent ? Comment dire "non" et se faire entendre ? Monsieur Sarkozy, nous ne sommes pas d'accord avec la façon dont vous traitez la famille de Salah Hamouri en refusant de la recevoir. Nous ne sommes pas d'accord avec votre diplomatie timorée qui n'appuie pas la demande de remise de peine pour Salah Hamouri.

Une action sur Facebook prévoit de changer sa photo de profil pour celle de Salah Hamouri le 25 avril. Le 25 avril, nous serons tous des Salah Hamouri. Dérisoire protestation.

Pour les 25 ans de Salah, submergeons la prison de courrier, écrivons-lui par milliers à :

Salah Hamouri
Doar nah Guilboa
10900-Beit shean
Israël



Nb : suite à mon papier paru dans Bakchich Hebdo hier, j'ai créé un groupe Facebook qui consiste à témoigner de ses 25 ans, heureux ou malheureux, en soutien à Salah Hamouri qui passera les siens en prison pour délit d'opinion.

Racontez vos 25 ans en soutien à Salah Hamouri




in : The world is crying out loud

jeudi 22 avril 2010

En dansant sur un volcan (Ajami)

© Ad Vitam


Ajami est un film qu’on reçoit comme un coup de poing. On passe deux heures à rechercher son souffle. Les deux réalisateurs manient le public comme ils manient le scénario : ils ont l’art de retenir le récit, de le prêter puis de le reprendre. Ils savent bousculer le spectateur, le faire sourire et le laisser interdit la séquence suivante.

C'est comme si tout se passait dans un pays "normal", où il n'y aurait pas de "conflit" israélo-palestinien. C'est comme si les trois communautés, juive, arabe et chrétienne, cohabitaient dans un temps étiré à l'infini, qui n'aurait eu ni commencement et pour lequel il n'y aurait d'issue souhaitable. Les personnages semblent danser sur un volcan, mais la multiplication des points de vue, des angles de vue ne nous laissent à aucun moment nous installer dans nos certitudes.

Dans le quartier d'Ajami, à Jaffa, la guerre des clans, les flirts à la sauvette, les trafics de drogue, les émigrés clandestins, les disputes de voisinage qui tournent à drame rythment un quotidien violent, souvent sanglant. Pourtant le film n'est pas à charge. Il scrute ses personnages avec une curiosité sociologique presque scientifique.

Serge Kaganski (Les Inrocks) voit dans Ajami le salut du film de gangster. Pourquoi pas ? Jean Roy (L'Humanité) y lit le reflet d'une réalité que les habitants d'Ajami se coltinent jour après jour. Peut-être. Le contexte politique n'est en effet jamais évacué, il n'est pourtant pas caution, et bien souvent les personnages ont le choix avant de sombrer. Evidemment le fait qu'Ajami soit réalisé par un Israélien et un Palestinien vivant en Israël est assez emblématique pour être souligné. Plus qu'un symbole, un signe d'impatience, un passage à l'acte.

Comme je me refuse à raconter l'histoire pour vous en préserver toute la saveur de la découverte, vous allez être obligés,lecteurs cinéphiliquement amourachés, d'aller voir ce film. Et je vous souhaite de découvrir Ajami sans rien en savoir à l'avance, ou le moins possible, comme je l'ai fait.



in : Angelina's intense envy of cinema

vendredi 19 mars 2010

Encore Salah

Le compte-rendu du rassemblement du 13 mars 2010 pour Salah Hamouri a été publié sur Bakchich.

Plusieurs prises de paroles dont celles bien sûr de Jean-Claude Lefort, Président du Comité national de soutien à Salah Hamouri et plusieurs dizaines de personnes certainement très attristées de constater qu'elles n'étaient pas plus nombreuses. Néanmoins les bonnes volonté et le désir de mobilisation sont là, essentiels pour obliger le gouvernement à faire son devoir.



La photo de Salah Hamouri n'orne toujours pas l'entrée de l'Hôtel de Ville de Paris. Cependant une pancarte géante clame la solidarité de la Ville de Paris avec tous les otages du monde. Un brin ironique en la circonstance.
Photo © Angelina














Une banderole demandant la fin de l'occupation en Palestine a été déployée par les manifestants.
Photo © Angelina











Jean-Claude Lefort, Président du comité de soutien national à Salah Hamouri et Député honoraire de Val-de-Marne.
Photo © Angelina








Ian Brossat, Conseiller de Paris et Président du groupe communiste au Conseil de Paris et Alain Lhostis, Conseiller de Paris et Président du Comité de soutien parisien à Salah Hamouri.
Photo © Angelina













Ian Brossat, Alain Lhostis et Pierre Mansat, adjoint au Maire de Paris.
Photo © Angelina