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mardi 17 avril 2012

Paris, Capitale du Rap Hexagonal ?

from Kojiro


Après m'avoir aidée à rédiger une mémorable chronique de la mixtape de KinChino, Kojiro me fait l'honneur de m'offrir EN EXCLUSIVITE  son premier vrai article. Amateur de rap éclairé, cette fine plume a accepté de me prêter un peu de ses lumières avant la publication prochaine, promise et tant attendue d'un blog consacré aux arts urbains, au concept très novateur des auto-citations, à ses lectures diverses et variées et à ses poèmes, De gauche mon coeur ne cesse de battre.

La carte de la mouvance Hip Hop en France a été toujours historiquement bien représentée par Marseille (I Am, Fonky Family, 3ème Œil, Psy 4 De La Rime etc…) et la banlieue parisienne (Movez’Lang, Lunatic, Mafia K’1 fry…). 

Négligée et éclipsée par sa banlieue, la scène Hip Hop parisienne est underground, engagée, diverse par ses artistes urbains et peu reconnue par les « siens ». 

Les Tauliers


La Scred Connexion (Fabe, Koma, Haroun, Mokless, Koma, Morad, Butch), un collectif de rappeurs du 18ème arrondissement de Paris des années 90 qui valorise le fond à la forme. Leur slogan "Jamais dans la tendance mais toujours dans la bonne direction", ils sont à contre-courant de la vague « strass et paillettes » qui secoue le rap hexagonal. Je vous  conseille l'écoute de 3 albums : « Du Mal à S'confier », « Indomptés » et « Ni Vu...Ni Connu ». 
Mokless (DR)


vendredi 30 mars 2012

Quand les anars réveillent le rap

from lecridupeuple


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Il me l'avait proposé. Faute de temps je n'en ai pas profité. Mais il n'est jamais trop tard pour faire bien et pour faire bien sur mon joli blog, aujourd'hui l'invité c'est lecridupeuple, du blog éponyme que vous pouvez bien sûr retrouver dans ma blogroll ci-contre. (A consulter chaque jour pour crier avec le peuple si le coeur vous en dit....)


Politique, militant, engagé et musical, ce blog rebondit avec à propos sur l'actualité, non sans une bonne dose d'humour. Aujourd'hui lecridupeuple s'engage pour le rap, en fin connaisseur qu'il est ! Merci en tout cas d'être là.

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Je vous l’avais écrit il y a quelques temps, je suis resté un peu à l’écart de la scène hip hop ces dernières années. Depuis environ six mois, je m’acharne à combler mon retard, notamment grâce à Fred et Katia qui m’ont fait découvrir le groupe de Caen Ambusquad. A côté, j’ai eu un pur kiff pour Duval MC. En filant la pelote des liens entre les uns et les autres, je me suis rendu compte que j’étais vraiment passé à côté de plein de choses. Et non des moindres. Dans la scène hip hop, il existe… non pas une île aux trésors, quoi que… mais une mouvance anar ! Et qui envoie bien du bois. Certes, je vous l’avais laissé entendre avec le gars Duval. Vous connaissez aussi, enfin j”espère pour vous, Keny Arkana, La Rumeur et La Canaille. Mais, en grattant un peu, j’ai trouvé trois pépites…

Collectif Mary Read

 

Au début, j’ai pris dans mes petites dents sensibles le Collectif Mary Read, un combo protéiforme issu de Saint-Étienne. Avec trois membres principaux : Calavera, Trauma et Mina, ils agglomèrent d’autres membres en fonction des titres, des concerts, des projets. Et ce, depuis 2001. Il était temps que je me mette à la page, je sais. Merci. A noter aussi qu’ils peuvent officier en solo ou en duo. Y a de quoi écouter si on cherche bien.







C’est mon pote Flavien qui me les a signalés. Les textes sont carrément bien troussés, ne mâchant absolument pas les mots quant aux maux générés par le capitalisme. C’est sur ce sujet que, en solo, Calavera nous gratifie d’une superbe Chanson noire du capitalisme, laquelle me procure des frissons dans le dos. Côté instrumentaux, le collectif met en avant une palette assez riche, nourrie aux influences punk (plus l’attitude que le son, à dire le vrai), rehaussée de samples électro ou de musique classique quand il s’agit de donner un souffle épique au morceau, voire de clavier baroque à l’image de ce Faudra bien qui rend hommage à la Rote Armee Fraktion… Ah ! C’est clair que j’en prends pour mon grade. Rien de personnel, ils ne me connaissent pas. Mais ceux qui se revendiquent de la Commune de Paris n’ont pas forcément l’heur de leur plaire à nos anarcho-rappeurs.


Moi, je ne leur en tient guère rigueur tant leurs sons comme leurs phases me scotchent littéralement. Sérieux, si j’ai l’occasion, je les verrai bien en concert. Pour les puristes, notez bien que c’est du vrai hip hop dont nous parlons ici. Du genre hardcore la plupart du temps, même s’ils savent mettre le pied sur le frein de temps en temps pour des touches plus sombres.

Skalpel


Un autre qui s’en prend bien à certains de mes symboles, c’est Skalpel, échappé solo de la K-Bine. Pan dans ma petite gueule quand il s’agit de tailler un costard à mon syndicat qui a envoyé son service d’ordre charger des sans-papiers. Cette fine lame du hip hop, lui, affirme clairement une identité communiste libertaire et, aussi pédagogue qu’un KRS-One au mieux de sa forme, décline la Mémoire des luttes. Adepte d’une approche autobiographique aussi, le natif d’Aulnay-sous-Bois est reconnaissable entre tous par son flow singulier ô combien. Celles et ceux qui assistaient au concert de soutien aux « Sorins », à Montreuil début janvier, ont pu s’en rendre compte.


Le gars Skalpel n’est pas un anar de salon. On le retrouve dans toutes les luttes les plus radicales et emblématiques de cette extrême-gauche caricaturée par les médias bien pensants. La bien-pensance, d’ailleurs, c’est un peu sa cible de préférence. Faut juste écouter Luttez ! Résistez ! Organisez-vous ! pour s’en rendre compte.






Côté sons, Skalpel se révèle un peu plus classique que les Mary Read. C’est carré, pro comme pas permis, de la belle affaire. Avec un penchant pour les samples de chœurs en arrière-plan. En tous cas, c’est pas de la balle, plutôt une sacrée rafale à écouter très fort au casque, ce « militant et canaille » qui revendique une « utopie concrète » qui, à titre très personnel, me rappelle bien des choses. Le dernier opus musical de Skalpel, qui s’oriente désormais vers la parution d’un premier livre, s’appelle Chroniques de la guerre civile…

L’Oiseau Mort


Pour clore cette présentation qui ne saurait se prétendre exhaustive, je veux introduire L’Oiseau mort, le plus sombre et, musicalement, le plus original des trois. Au demeurant, ils sont deux : Noliv et Chivain, adaptes du Do It Yourself aussi : ils s’autoproduisent et assurent jusqu’à leur propre graphisme, pour parachever l’introduction. Mon premier contact avec eux a été En quête d’alliés, titre issu d’un split-EP réalisé avec le Collectif Mary Read.






L’univers musical est sombre, c’est assumé. Même quand la mélodie est portée par une guitare sèche jouée note à note, sur Dead, des nappes électro fleurant bon la drum n’bass viennent bousculer l’univers. Il y a bien des scratches, des boucles et des beats… Mais ça fleure bon les vrais instruments joués live. Ça rehausse encore le côté angoissant de l’affaire, si besoin était ; en témoigne ce De Marbre qui pourrait bien rebuter les b-boys obtus.



Côté paroles, le premier et seul album de L’Oiseau mort à cet instant, Soubresauts – Acte 1, se révèle plus intimiste, plus introspectif aussi, que les deux précédents groupes évoqués. Cela ne l’empêche pas de relever du hip hop conscient. Les paroles sont moins enragées en apparence, mais sont bien dans une lignée revendicative au niveau individuel. Pour moi, L’Oiseau Mort est vraiment le plus intéressant mais le plus difficile à aborder en mots simples. Je leur laisse donc la parole.

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C’était donc mon tour d’horizon subjectif, en forme de morceau émergé de l’iceberg, de la galaxie anar hip hop. Pour en entendre plus, l’association Grizzmine publie régulièrement les compilations La Ligue des MCs révolutionnaires, qui en est à rien moins que son quatrième volet. A suivre donc, ici et ailleurs.
 Je vous recommande enfin le blog Emeutes sonores qui publie régulièrement des sons de hip hop enragé.

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Bonus vidéo : Calavera & Trauma “La Rage jusqu’au tombeau”








Pour lire l'article originel.



in: La part du fabulateur

jeudi 12 janvier 2012

KinChino : guerrier de l'asphalte

L’artiste protéiforme KinChino continue sa mutation dans les voies du hip-hop, tendance engagé et indépendant. Il vient de sortir une deuxième mixtape qui fédère le gratin du collectif Altermutants.


L'Altermutant KinChino vient de sortir sa deuxième mixtape. Un petit événement qui commence à faire vibrer la planète hip-hop, KinChino a une deuxième fois su rallier des voix, des écritures à son projet en puisant dans le collectif Altermutants auquel il appartient. Un collectif d'artistes Hip Hop qui regroupe une tripotée de talents issus de la banlieue, « une alternative a un bizness de la musique en mutation » selon l’artiste.

Cela commence par une pochette verte et blanche qui claque un mélange entre le graff et le Hip Hop Old School. Cela continue avec une musicalité, des instruments live, une spontanéité assumée, un lyrisme un peu incongru dans un monde de béton. Yamakasi, esprit samouraï, guerrier un peu intergalactique mais pacificateur. Et pour cause, Etienne Chenet, l'âme mutante de KinChino est aussi le bassiste de Syrano dont il s'est assuré la précieuse participation.


A l'écoute, le projet "KinChino présente sa Mixtape : Volume 2" se divise indéniablement en deux parties, en deux couleurs, qui s'intercalent et se répondent. Gris, dur, colérique, et très social d'un côté. Plus doux, feutré, sensuel, ludique de l'autre. Les chansons les plus vindicatives chroniquent plus qu'elles ne chargent. Si Tu Bouges La Tête avec Syrano est un son engagé et calme sur le monde et ses conflits géopolitiques et environnementaux (génocides, guerres civiles, guerres de religions etc...). « Si tu bouges ta tête alors bouge aussi ton cerveau. Nerveux et asservi, je provoque pas, j'avertis. ». Les textes nostalgiques Trente Et Quelques (avec Zé Riu et Sokrat) et son écriture quasi cinématographique et Quand (avec Myscier Blodya) sont portés par des musiques qui parleront peut-être moins aux jeunes mais se veulent sans concession, assénés comme des vérités par un flow âpre.




Le Palais Des Laids (avec Mauricio Santana) est un mix entre le hip-hop et le rock. Ce son fait le parallèle entre la laideur supposée des habitants des quartiers et le non accès pour tous aux droits, aux loisirs notamment. Il se veut aussi une dénonciation de la société de l’apparence. Les paroles sont drôles mais d'une cinglante vérité sur le deux poids deux mesures. Quant à Pornographie, le titre de la chanson éclaire suffisamment sur les métaphores sexuelles, romantiques et amoureuses que Zé Riu conjugue tout au long du morceau.

MAL A L'ÂME

Ici On S'Tue Pour Des Hosties (avec Syrano, R-mythe (JeanJean) et Cherzo) abonde en punchlines mystiques et images religieuses. Le texte dénonce l'emprise des religions sur les existences, les divisions qu’elles engendrent. Enfin, Bad Booda (avec Sokrat) ou l'itinéraire d'un homme déterminé, vrai et engagé. Des paroles crues (« L’Etat fait des ratures sur nos vies, à coup de procès verbaux ») qui font mal à l'âme (« T’es au choix l’homme libre, le bourreau ou la victime. »)

A côté de cela, l'album s’oxygène grâce à de véritables respirations musicales. La première chanson, Deuxième Étape (avec Mauricio Santana, Sokrat et Zé Riu) donne d’emblée et étonnament le ton de la douceur. Son refrain illustre l'ambiance du projet : « Les mecs s'tapent pour télécharger nos mixtapes » avec des featurings de qualité pour cette introduction, qui ne se démentent jamais tout au long de la mixtape. Blues et bossa nova grâce à Mauricio Santana. Sur une musique triste et lourde, il décline la condition d'un rappeur expérimenté qui tarde à percer dans le hip-hop. Tout à coup, on commence à se déhancher. Il faut dire que sous ses dehors de rappeur, Mauricio Santana est aussi un guitariste de jazz et de bossa. Blues marque un tournant sur la mixtape, puisque les chansons suivantes seront dans la même veine blues et mélancolique. Ici l’ambiance prend des teintes et des volumes, le sang afflue et gonfle les sillons du CD.

Lundi (avec Eliptik) s’ouvre sur un dialogue de 45 secondes tiré d’un film avec Lino Ventura semble-t-il, et se poursuit par une plage de saxophone pendant une minute. Un son calme, apaisé, jazzy. Encore une chanson douce à écouter. Le Petit Parvenu (avec Lektor, Pompier et Anakin) raconte le parcours d'une personne issue des quartiers qui aurait réussi mais aurait oublié d'où elle vient.

Troisième partie bonus, des chansons qui dénotent surtout par leur forme. Une Malédiction De L'Artiste avec Cherzo et son flow souple et inimitable, mais aussi Myscier Blodya, Pompier, Syrano, Timar de Ladesh, THO, Sokrat, Zé Riu, Mc Cool, Didateo et Ga*Hell. Un morceau de bravoure sur un thème immortel, exécuté sur du piano et du violon pour le plaisir des oreilles. Une ritournelle tristounette. Rendez-vous ensuite pour une intro japonisante. Le contenu de Pas Immortels est politique. Sokrat, Lektor, Zé Riu et Jay nous incitent à nous bouger "l'cul". Le refrain chanté, assez original au demeurant, prend des allures de manif, de chant de stade, un truc qui galvanise et qui donne effectivement envie de se bouger le cul.

ALTERMUTER

Deux Clash clôturent l’album. Le premier avec Cherzo, très court et provocateur, est une forme de dédicace à KinChino et à son travail. L’atmosphère baroque et stromboscopique de ce morceau évoque plus la BO de Barbarella que le rap basique que l’on a l’habitude d’entendre chez les rappeurs français. Le phrasé de Cherzo ondule, s'immisce, danse le flow, musical et aérien. Décidément nous avons hâte de le voir sur scène après l'avoir vu à côté de Syrano. Le deuxième Clash prend plutôt des allures de Star Wars. La voix (Dark Vador ou sa doublure) extermine Cherzo et son clan. Attention, c’est un peu violent. Nul doute que de toute façon, ils ne tarderont pas à "altermuter".

L’album est ponctué de slams ? monologues ? ovnis ? morceaux acapella enregistrés sur un Répondeur par Stens, Timar de Ladesh, Tricks et les autres. Une savoureuse façon de participer.

Cette mixtape est vraiment bien travaillée. Chaque morceau a son identité, sa personnalité, ses qualités, son univers musical. Surtout ce projet nous fait découvrir des rappeurs de talent sur du Hip Hop à l'ancienne. Pour moi, ce fut plaisir d'écouter du rap non commercial à texte, sur des instrumentales simples. C'est ce genre de projet musical que l'on devrait valoriser dans les radios ou sites spécialisés dans le domaine.

Vindicatif mais pas méchant, l’album jette un constat sur la société, un regard plein de recul, sans amertume mais d'où l'on sent sourdre la colère, l'impatience, la frustration. S'il n'y avait qu'un seul message à retenir à travers cet objet coloré et musical : le monde doit changer.


Kojiro et Angelina



Vous pouvez télécharger légalement "Kin Chino présente sa Mixtape : Volume 2" sur la plateforme ITunes.

Pour en savoir plus sur le collectif Altermutants
Vous pouvez également lire cet article sur Bakchich



in: Angelina's musical fantasy

jeudi 5 janvier 2012

La Canaille @ La Maroquinerie – 2011, dec. 16th – live report

from Le Cri du Peuple


Il y a longtemps qu'il avait postulé pour devenir un adorable fabulateur (bon, d'accord, je l'ai un peu encouragé !). Aujourd'hui, THE day est arrivé. Nathanael, l'auteur du blog Le Cri du Peuple, me fait l'honneur de sa plume et de sa signature. C'est avec grande joie que je l'accueille, que je le lis, tous les jours parce qu'il écrit beaucoup, et que j'apprends beaucoup de choses. Sur Le Cri du Peuple, que je vous recommande vivement, vous trouverez des billets politiques, de l'actualité brûlante, des chroniques à gauche, très à gauche et un zest de passion pour l'histoire... surtout celle des luttes. Et beaucoup de musique.

La Canaille, c'est un groupe déjà culte de l'autre côté du périph'. Et grâce au Cri du Peuple, vous ne pourrez pas dire que vous n'en aviez jamais entendu parler.


Ca va être compliqué comme chronique. Il y a tant de choses à écrire à propos de La Canaille. Et de ce concert ouvert par le Montreuillois Swift Guad. On touche à tout ce qui me passionne : Montreuil, la musique, la politique, l’engagement. Alors, je vais peut être commencer par le début.

Je n’avais jamais vu La Canaille en concert, m’apercevant assez tardivement d’ailleurs que le groupe est de Montreuil. Désolé mais je vous ai déjà expliqué que je suis un peu resté à l’écart de la scène rap française ces dernières années, ne trouvant plus trop mon compte dans ces sons formatés voire préfabriqués sortant des studios pour aller direct sur Skyrock.

Ces derniers mois, au hasard des échanges avec les uns et les autres, je me suis remis à écouter des sons made in France, avec La Rumeur, Keny Arkana, le Ministère des Affaires Populaires, plus récemment Duval MC ou le projet de Serge Teyssot-Gay Zone Libre avec B-Jamles ou Casey. Entre paroles à nouveau engagées et sonorités explorant des univers sonores innovants, enfin j’ai retrouvé du neuf. Du coup, La Canaille évidemment. Séduit sur album, l’expérience du concert s’impose. J’y suis allé, à La Maroquinerie, avec mon pote Flavien Chailleux.


Rap de Croix de Chavaux à Montreuil
Swift Guad ouvre pour La Canaille avant de la rejoindre pour un featuring


Là, la première claque a pour nom Swift Guad, venu pour ses « narvalos, de la Boissière à Croix-de-Chavaux ». Si tu captes pas, c’est normal, c’est du Montreuillois, argot local mâtiné de mots manouches, tant ma ville a grandi de ses mélanges successifs. De facture classique hip hop, les sons de Swift Guad oscillent majoritairement dans un mid tempo à l’ancienne, soutenu par moments par une guitare sèche de belle facture. Les beats sont biens sentis, le flow bien posé. Ce garçon, déjà auteur de deux albums, contribue à inscrire Montreuil sur la carte du rap bien balancé. On est dans le rap conscient, pas revendicatif, nourri de vraies expériences de vies. Le gars Guad ne se la raconte pas et ça me ramène aux bons vieux temps, début des années 90, quand la scène rap française était créative, incisive, ne cherchant pas à imiter son homologue d’outre Atlantique.
Une pause, changement de plateau, et arrive le groupe phare de la soirée. Le quatuor de la mairie de Montreuil (le quartier, hein!) est en formation live : guitare, batterie, basse ou contrebasse et le MC, maître de cérémonie, Marc de son prénom, phare d’un groupe éclairé. La rythmique, d’entrée, se pose : bourdonnante, ronde et rebondissante, du pur groove funk gonflé aux amphèts. La guitare, aux accents rock revendiqués, se fait boucles. Le gratteux, Mathieu, est sacrément doué pour tenir cette régularité qui fait passer un sampler pour un gamin découvrant sa première guitare. Ouais. On a de sacrés musiciens à trois mètres de nous.


La Canaille live @ la Maroquinerie
La Canaille


D’entrée, à l’ancienne, c’est « Trop facile », balancé « à tous les donneurs de leçons » par un Marc bien remonté. A croire qu’il a des comptes à régler, penseront les néophytes. En fait, La Canaille s’inscrit dans la grande tradition inhérente au rap qu’est le clash. Abd el Malik, Skyrock et d’autres, « Sarko et sa clique » surtout, doivent encore avoir les dents douloureuses ce samedi. Et, au cas où le public n’aurait pas compris, l’explication intervient : « Nous, on a des choses à dire et on ne va pas mettre de l’eau dans notre vin ». La Canaille revendique sa « Colère » et le crie sur tous les tons, portée par les stridences d’une guitare saturée lorgnant joyeusement vers le punk ou le rock saignant.
Du coup, c’est le pogo qui s’empare de la fosse sur « Ni Dieu ni maître », repris en choeur par les minots de la 3e 4 du collège Joliot-Curie à Stains, où La Canaille anime des ateliers d’écriture. Oui ami lecteur : tu as bien lu, des mômes de 15 ans venant de la banlieue la plus banlieue qui soit se tape un pogo en beuglant « Ni dieu ni maître ». Hallu ! Ce n’est pas le moindre des mérites du combo montreuillois que de faire remuer les culs sur des paroles on ne peut mieux conscientes, politisées, radicales. C’est Funkadelic ma gueule : « Free Your Mind And Your Ass Will Follow » (libère ton esprit et ton cul suivra). Au travers de petites histoires hyper réalistes mettant en lumière les « invisibles » : les ouvriers, les quartiers populaires, les jeunesses de toutes origines, les « têtes dures », La Canaille poursuit son combat en faveur de l’émancipation. C’est « J’ai faim », hymne à la connaissance.



La Canaille live @ La Maroquinerie



Et Marc arpente la scène, de sa démarche caoutchouc, quand il ne harangue pas la foule qui répond bien volontiers à ses avances. Poings levés, slogans qui fusent : « A bas l’Etat, les flics et les curés ! » ou encore « Police partout, justice nulle part ! ». Les anars ont leur rendez-vous à quelques centaines de mètres de la Maroquinerie, place des Fêtes dans le 19e. Ça participe d’une assistance bigarrée qui voit le minot banlieusard côtoyer le bon vieil anar. Voire la groupie de 40 balais qui m’arrache les oreilles avec ses « Mathieu !!!! » de midinette. Quoi qu’il en soit, le groupe occupe bien tout l’espace, physiquement, musicalement, intellectuellement. Concert ou meeting, peu importe. Pour la quatrième fois, le pogo mêle tout le monde pour le final. « Le soulèvement aura lieu » qui ne dépareillerait guère dans le set de Gang Of Four, autre groupe politisé de premier ordre par lequel j’ai entamé l’année musicale 2011.

J’ai débuté 2011 par un meeting de maos, je la termine par un happening anarcho-mouvementiste. La boucle est bouclée. En 2012, place au peuple ! Au plus tôt, le 14 mars à Paris avec Le Peuple de l’herbe.



 La Canaille live @ La Maroquinerie

Retrouvez La Canaille sur myspace et sur facebook.
Post scriptum : Hé, les gars de La Canaille, si vous lisez cette chronique, je veux vous interviewer !!!

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Bonus vidéo : La Canaille “Ni Dieu ni maître” (live)







in: La part du fabulateur

lundi 19 septembre 2011

Pète, crache et grogne

Cette semaine sera punk ou ne sera pas !

Punk dans l'âme, rap dans la forme. Turgescence entre le globe des Beastie Boys et le globe de NTM, c'est dans un univers parallèle que vous convient les Svinkels. Mais "sachet" vigilance garder, car avec ces lascars, la bière coule à flow entre un gerbi et deux rototos, le débit va grand train et des projections maculent les murs alentours à chaque explosion d'humour.

Comme c'est lundi et que les enfants sont à l'école, j'en profite pour vous proposer une vidéo des Simpson's revisitée par les initiateurs du slip-hop en France et les grand perpétuateurs du crade-core qui, il faut bien le dire, existait déjà même s'il ne disait pas son nom.

Je remercie Lucas de m'avoir initiée aux Svinkels et d'avoir donné une suite, dans ma vie, à Fight for your right (to party).




Les Svinkels, c'est aussi ici.




in: Gloomy monday

samedi 7 mai 2011

Dégoupillée

La voir, même de près, c'est déjà comme une insupportable impression de s’être invitée à un festin auquel on n'était pas convié.
C’est le sentiment latent d’être une clandestine.
La voir de loin, c’est comme entendre l’immense silence autour d’elle.
Magnifique friche, le soleil, la mer dans ton sourire.

Faire fuir le regard chaque fois qu’il croise le sien de peur qu’elle ne se sente observée comme un animal sauvage que l’on lorgne derrière la vitre de sa voiture.
La prisonnière c’est moi.
Intimidée, intriguée, subjuguée, elle rôde autour avec des regards de fauve affamé.
Elle tente, s’approche, sourit. Elle tâte, frôle, rigole. Elle tend la main et les yeux continuent de fouir à la recherche de l’âme dans les yeux de sa proie.
Mais la proie ce n’est pas moi.

Elle n’était qu’une voix, une image, un petit bout de femme enragé sous un keffieh. Le poing serré.
Elle est grande, longue, souple. Elle est la reine du silence.

Cheffe de gang.
Fleur au milieu des cailloux.
Elle parle des carabines qui se braquent et je les vois dans ses yeux.
Soudain, elle est une autre.
Et la voix est la même que celle qui a explosé dans ma tête.

Les corps se rapprochent, les souffles se raccourcissent.
Indocile.
La règle du jeu, c’est qu’elle est la seule à la connaître.
Faire à nouveau la petite bombe,
Faire à nouveau parler la souffrance,
Faire crier la voix,
Faire sortir le drame.
Le pire c’est quand elle oublie que ce n’est qu’un jeu.

Tu étais fille de porcelaine.
Furieuse de n'être que fille de porcelaine.
Dégoupillée comme une menace
Afin que personne n’approche, afin que personne ne sache.
Et ces foutus mots au bout de mes doigts qui n’ont jamais voulu sortir de ma bouche.

Un jour tu seras libre.
Et je ne serai plus prisonnière.
A l’ombre de ce poing levé
C’est la soeur que je cherchais.

L'esquisse 2 de Keny Arkana sort le 23 mai. 




in: Angelina's musical fantasy

lundi 31 janvier 2011

Un bordel joyeux*

Il a tout prévu HK : sortir le premier album de HK et les Saltimbanks pile poil un lundi pour que je puisse en parler dans mon Gloomy Monday. Lundi 31 janvier, voilà une date qui était entourée depuis longtemps sur mon calendrier. L'album s'appelle Citoyen du Monde et contient 20 chansons, celles qu'on connaît déjà comme La maman, On lâche rien, Niquons la planète et quelques merveilleuses surprises paraît-il (je te dirai ça dès que j'aurai acheté l'album, admirable lecteur). En tout cas, ceux qui ont eu la chance de voir HK et les Saltimbanks sur scène savent que l'investissement est rentable à court, moyen et très très long terme tant en chaleur, joie de vivre et dansitude. Et en envie de participer à ce bordel joyeux*.




Pour faire sa promo, le gai-luron* n'a pas hésité à payer de sa personne et de celle de ses musicos qu'il a envoyés dans les rues pour interpeller les citoyens du monde.




À noter : les 200 premiers albums vendus offrent une place de concert, pour le 12 février prochain à Roubaix, à La Condition publique, nous apprend le site de Nord Eclair.


*Paternité : dolpi


in: Gloomy monday

lundi 8 novembre 2010

Un goût de reviens-y

A les entendre, les médias, la démobilisation est parmi nous. Le nombre de manifestants est en baisse, le mouvement s'essouffle, arrive au bout de lui-même, n'a plus de raison d'être, les cortèges se sont clairsemés. C'est à peine si on s'est rendu compte qu'il y a eu des manifs samedi dans toute la France.

Il en est un pourtant qui a su galvaniser les trois pékins qui marchaient derrière le camion sono du syndicat SUD. Avec un bel enthousiasme et sous la pluie, il a fait danser des pieds qui ont martelé je ne sais combien de kilomètres de bitume en éructant "On lâche rien, on lâche rien".

HK et les Saltimbanks, la moitié de MAP (Ministère des Affaires Populaires) ont ensuite offert un concert plein de fièvre aux Parisiens qui se promenaient ? se trouvaient là par hasard ? ont vu de la lumière et sont venus ? place de la Nation.

Photo volée là. © RichardTrois

De toutes façons, nous savons tous où toute cette affaire finira. Si ce n'est pas dans la rue, ce sera dans les urnes.

Bonne semaine !






Hk & Les Saltimbanks - "On lâche rien"
envoyé par HkOfficiel.




in: Gloomy monday

jeudi 15 juillet 2010

Angelina's summer diary (2)

Le déluge.

Mais en attendant les trombes d'eau qui se sont écrasées contre mes fenêtres, la pluie qui a fait des claquettes sur le bitume, les gouttes qui ont complaisamment tambouriné toute la journée, en attendant tout cela il a fait chaud.


C'est moite, transpirante, rouge et soufflant comme une libellule asthmatique que je suis arrivée à mon rendez-vous vendredi. J'allais retrouver une copine pour boire un verre, mais elle a envoyé la déesse de l'amour.

Accostée sur le trottoir, l'oeil plissé par le soupçon, la moue incrédule et la cigarette coincée entre deux doigts, elle m'a considérée l'air inquisiteur : « C'est toi Angelina ? »

La déesse de l'amour a une bonne descente de Perrier rondelle, des boucles noires, des sourcils noirs et une bouche rose. Pour ma part, j'ai noyé mon chagrin dans la bière en visionnant des cascades de Vittel, des rivières d'Evian, des torrents de Volvic et des volcans de lave balayant ces images naïves.

Evidemment, je lui ai fait part de mes doléances pour ce qui regarde sa spécialisation et la déesse m'a promis d'étudier mon cas. Le lendemain, pour me venger, j'ai fait manger des brocolis à mon amoureux. Au cas où elle m'oublierait, il faut bien prendre les choses en main.

Ce week-end à Saint-Denis, les Alternatifs ont reformé les rangs et investi l'amphi de la Bourse du Travail pour leur université d'été. Le thème en était "Racisme, discriminations, exclusions, héritage colonial : quartiers populaires et « classes dangereuses » dans le collimateur". Personnellement n'étant alternative que par intermittence, je n'ai assisté qu'à la soirée musicale du 10 juillet réunissant la Compagnie Jolie Môme et ZEP sur la même affiche.

Egale à elle-même, la Compagnie Jolie Môme a chanté dans le soleil couchant et fait tournoyer un drapeau rouge démultiplié par les reflets des parois de verre du bâtiment. Des chansons pour rire, pour réfléchir, pour lever le poing, Adieu le 12, Mac Do Mac Strike, Ya Basta, Debout les femmes et l'indéfectible Sans la nommer qui clôt chaque représentation dans l'émotion et qui s'est achevée dans un tonnerre d'applaudissements à l'évocation de Gaza et de la Palestine.

C'est au son des youyous dyonisiens que ZEP a embrayé. Malheureusement, étant occupée à militer avec des ressortissants de l'Oise, j'ai raté le début. Mais comme j'avais déjà assisté au concert au début de la tournée, déjà à Saint-Denis, à la Belle Etoile, j'ai pu apprécier combien Saïdou, Alee et leurs comparses se sont installés dans leurs rôles respectifs. Après plusieurs dates sur les routes de France, plus détendus, ils avaient l'air sincèrement heureux de jouer, de partager avec un public amoureux et acquis à leur cause.

Deux membres du groupe de rap palestinien Gaza Team étaient présents. Membres à part entière de ZEP, puisqu'ils ont participé à l'album, ils sont venus interpréter Inscris : Je Suis Arabe, le poème de Mahmoud Darwich qui figure sur Nique La France. Le texte, récité alternativement en français par Saïdou et en arabe par Gaza Team, claque dans le silence. Les mots résonnent, graves, sombres, posés. Les mots touchent plus sûrement que les pierres lorsqu'ils sont entendus, car ils sont repris et répétés, traduits et voyagent sans que personne ne puisse les arrêter. Ce soir, nous avons tous écouté.

Gaza Team est revenu faire un jam sur Heureusement Qu'il y a La Famille avant que le concert ne s'achève sur un Nique La France (N.L.F) plus hilare que rageur.

Quelques jours plus tard, on apprenait que le projet de loi sur l'interdiction du port du voile intégral dans les lieux publics avait été adopté par l'Assemblée Nationale. C'est peut-être l'effet du vertige, mais j'ai l'impression que ces mois et ces mois de débat sur l'identité nationale trouvent enfin leur aboutissement, leur justification dans cet acte politique. Un vote intervenant symboliquement (?) à la veille de la fête nationale qui, comme nous le savons, cette année a redoré le blason des grands dictateurs de la Françafique. Une successions de phénomènes et de symboles qui semble n'offrir qu'une seule lecture possible : aujourd'hui la société est confisquée à ses citoyens.








in: my life

lundi 24 mai 2010

Valse et tourbillon

Militant, offensif, vindicatif, ostentatoire, contre toute attente Nique la France, l'album de la Zone d'Expression Populaire, ZEP, emmenée par l'un des leader du Ministère des Affaires Populaires (MAP) est magnifique. Associé à son ami Alee, rappeur tout en douceur, contrastes, demi-teintes, émotions pleines de sourires, Saïdou certes nique la France, mais célèbre, en creux, sa double culture, maghrébine et française.

Ainsi, la chanson Zaf-Zafi, reprise du chanteur algérien des années 30 Mohamed El Kamal, est la juxtaposition d'une chronique moderne et douloureuse sur l'exil, sur la souffrance économique et la nostalgie pour un passé perdu, blessure qui saigne à jamais. Tout cela sur un refrain de valse, de ronde pour s'enivrer, de tourbillon de la vie.










in : Gloomy Monday

lundi 12 avril 2010

Sa part d'ombre

Toujours aussi affûté, Akhenaton vient de sortir une autobiographie rédigée avec des journalistes, accompagnée d'un triple CD éponyme, La Face B. Face B d'une vie sous les spotlights, face b d'une personnalité charismatique, médiatique mais qui a su rester intransigeante. Aucun inédit pourtant dans ce coffret qui se veut le reflet introspectif d'un parcours artistique.

Outre le plaisir de retrouver Akhenaton en mots, en phrases tranchantes (notamment dans le long et passionnant entretien qu'il a accordé à Politis), le bonheur est encore dans le pré avec la diffusion prochaine à la télévision, peut-être imminente d'un film musical entièrement réalisé par le rappeur marseillais. Un casting phénoménal, une bande-son de rêve, ce Conte de la Frustration qui nous sera vraisemblablement conté à la rentrée 2010 sur le service public s'annonce comme un événement.

En attendant de sauter la barrière pour courir pieds nus dans l'herbe verte, voici un teaser qui tease là où ça chatouille.





Pour en savoir plus sur Conte de la Frustration.

Merci à Yannick06 et à son fabuleux blog non-officiel sur IAM pour toutes ces infos.



in : Gloomy monday