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mardi 20 mars 2012

Les politiques ont du sang sur la langue

from shaman dolpi



Du silence après tant de fureur, les mots se sont transformés en balles ! Gabriel Sandler, Arieh Sandler et Myriam Monsonego ne chanteront plus. Hier, à Toulouse, ces enfants de 3 ans, de 6 ans, et de 8 ans ont été tués. Sans oublier Jonathan Sandler, leur professeur. Quelques jours avant, Abel Chennouf, Mohamed Legouad et Imad Ibn Ziaten, des militaires, ont connu le même sort tragique. La classe politique, les candidats à la présidentielle en tête, parlent de crimes racistes. Parler, parler, parler, c’est leur profession. Qui peut leur reprocher ça. Pourtant, il y aurait moins de discours sur les chrysanthèmes des cimetières s’il y avait moins de blessures racistes dictées par les personnalités politiques, non ? Mais avons-nous le droit de condamner la « libération de la parole raciste » pratiquée jusqu’au sommet de l’Etat et d’en faire une espèce de complicité de meurtre au second degré ?

Brice Hortefeux, Claude Guéant, les discours de Dakar et autres « dérapages contrôlés » ont fait du bruit, et ont les odeurs de Guerlain qui n’ont échappé à personne, ni à l’auteur des crimes racistes, ni aux électeurs d’une France qui porte encore le mot « race » dans sa constitution.

Pour des intérêts électoraux, au lieu d’éduquer, de prévenir, ou de réparer, certains ont préféré stimuler auprès du plus grand nombre la stigmatisation, la négrophobie, l’islamophobie, l’antisémitisme et la division, sans comprendre que leurs paroles publiques, médiatisées, et relayées, pouvaient d’une certaine manière encourager, légitimer, ou faciliter le passage aux actes les plus odieux.

Pour des intérêts incompréhensibles, ça commence par une tolérance à l’intolérance, notamment dans ces administrations publiques, intolérance dénoncée ici et là au sein de la police ou de l’armée française quand on tient des propos sexistes, homophobes ou racistes, ou quand on fait des saluts nazis mais que l’on peut quand même continuer à servir le drapeau.

Alors ensuite on peut venir jouer les présidents protecteurs après les faits, ou les candidats qui interrompent leurs campagnes, mais les mots doux de demain sur les corps sans vie ne peuvent faire oublier les mots irresponsables d’hier pour draguer des intentions de vote non-fraternel.


Cette amnésie inconsciente, ou feinte, est un crime de leste majesté. Non, les politiques ne sont pas coupables de ces crimes racistes, mais oui, ils sont comptables de leurs paroles… influentes. Ils n’ont pas de sang sur les mains. Mais bien sur leur langue.

Alors, aujourd’hui, chers responsables politiques, après ces infanticides antisémites : éduquez, éduquez, éduquez, ou s’il vous reste un peu de lucidité ---- de grâce, veuillez garder le silence.


dolpi

Vous pouvez lire cet article sur Médiapart et y retrouver le blog de shaman dolpi.



in: In the mood for anger

mercredi 15 juin 2011

L'apport de l'immigré en France. Consommateur, développeur, innovateur, cotisant et créateur de richesses from Gary


L'immigration, un sujet qui a fait couler beaucoup d'encre et qui pourtant reste largement méconnu. Largement combattu par notre actuel président, qui a pu ainsi gagner une grande part des électeurs d'extrême droite, lors de la précédente élection présidentielle. L'immigration a été mise en avant en janvier dernier par le rapport Attali, qui préconise un recours massif à l'immigration comme relance de l'économie française. Intéressons-nous ici à l'apport économique que représente l'immigration pour la France et à ses déclinaisons dans le reste de l'Europe, notamment au Royaume-Uni.


 La France, « terre d'accueil »

PAYS d'immigration ancienne, la France a toujours établi un lien très fort entre immigration, croissance et chômage. Les années 1920 à 1930 ont correspondu à des périodes de forte croissance économique et de pénurie de main-d'œuvre. La crise des années 30 s'est quant à elle traduite par des restrictions professionnelles vis-à-vis des immigrés. Après la seconde guerre mondiale, durant les « Trente Glorieuses », de 45-73, l'effort de reconstruction a amené la France à ouvrir ses portes, d'abord aux pays limitrophes, puis aux anciennes colonies, devenues depuis indépendantes. 1974, signe l'arrêt officiel de l'immigration hors droit d'asile. La crise pétrolière et le ralentissement de la croissance économique amène d'ailleurs le gouvernement français à proposer aux immigrés une aide au retour. L'histoire nous apprend donc que l'immigration en période de croissance a toujours été considérée comme positive, et négative en période de crise. En temps de crise économique, un véritable repli identitaire s'est toujours manifesté de la part des Français, se sentant menacés.

Le débat politique sur l'immigration repose ainsi largement sur l'impact économique de l'immigration. Or la France est loin d'être un pays d'immigration massive. La part de croissance de la population due aux migrations est bien moins importante qu'il n'y paraît. L'accroissement migratoire ne correspond qu'à 20% de l'accroissement naturel alors qu'il est de 39% en Norvége, 70% au Royaume Uni et même 150% en Allemagne.

Sur quoi se fondent donc ces théories largement partagées par l'opinion publique, mais pourtant absentes dans les préoccupations des économistes ? Il n'existe que 2 études importantes sur la question [1] et l'INSEE elle-même ne fait pas de corrélation entre immigration et économie dans les études disponibles. De nombreux mécanismes provoqués par l'immigration, peuvent toutefois affecter la situation économique du pays d'accueil, de manière positive comme négative. Nous nous proposons ici d'aborder cinq de ces mécanismes, de manière non exhaustive, afin d'éclairer un peu plus le débat sur l'immigration.


Immigré, consommateur

Avant tout, un immigré [2] est un homo œconomicus comme un autre. Il vit et donc consomme des biens et services dans son pays d'accueil. Le recensement de 2004 fait état de près de 583 000 immigrés [3] originaires d'Afrique (hors Algérie, Maroc et Tunisie), soit autant de consommateurs. Or il est désormais avéré que la consommation des ménages représente un moteur, un véritable pilier de l'économie française. En 2005, la consommation, en hausse de 2% [4], soutenait toujours la croissance. S'il est difficile de chiffrer l'apport des consommateurs immigrés dans la consommation des ménages, il reste indéniable qu'ils ont en matière de consommation une contribution positive pour l'économie française.


Immigré employé, créateur de richesses pour l'entreprise

La population immigrée est largement mise en cause dans l'accentuation du chômage. Tout se passe comme si en période de crise, le flux d'immigrants aggravait la situation en important de nouveaux chômeurs ou en provoquant une concurrence accrue en termes d'emploi. Les flux d'immigration ont pour première conséquence d'augmenter de manière globale la population active. L'immigration en provenance d'Afrique Subsaharienne était composée, selon le dernier recensement 2004-2005, de seulement 21% de personnes de moins de 25 ans, le reste correspondant à une population en âge de travailler. Mais l'augmentation de la population active n'a pas une conséquence directe sur le taux de chômage puisqu'il s'agit d'un taux. Si une partie de la population immigrée vient s'ajouter au nombre de chômeurs autochtones, en volume, le taux reste insensible.

D'autre part la composition elle-même de la population de travailleurs immigrés n'est pas de même nature que celle de la population autochtone. La répartition sectorielle de l'emploi étranger en France laisse apparaître que 20.5% de l'emploi étranger se retrouve dans le secteur des mines et industries manufacturières, 19.3% dans les autres services (notamment les services à la personne) et 18.3% dans la vente et la restauration. Lorsque les populations immigrées occupent des postes non pourvus, ils répondent à une offre existante. Ils permettent ainsi une complémentarité entre immigrants et autochtones, complémentarité créatrice de richesse pour l'entreprise, facteur de croissance. Et même à compétences égales, il est absurde d'affirmer que les immigrés se substituent à l'offre locale. En 1996, sur 1 240 000 personnes ayant effectué une mission d'intérim, au moins 23.6% étaient étrangers. Les travailleurs ressortissants de pays étrangers sont environ dix fois plus nombreux à travailler en intérim (c'est-à-dire en contrats à durée déterminée) par rapport aux nationaux.


Immigré retraité à l'étranger, cotisant net

Comme tout employé, le travailleur immigré paie des impôts et surtout des cotisations à la sécurité sociale en vue de se constituer un minimum vieillesse. Il contribue ainsi au budget de l'Etat, au travers des taxes fiscales. Lorsqu'un immigré souhaite repartir dans son pays d'origine au moment de la retraite, il ne peut plus bénéficier de son minimum vieillesse. Ceci impacte l'image de France, en tant que « terre d'accueil », et explique en partie son manque d'attractivité par rapport à d'autres pays. Afin d'attirer des professionnels venus de l'étranger, le gouvernement est en train de réfléchir à un système d'exonérations (durant 5 ans) et de déductions fiscales au titre des cotisations sociales, qui pourront être versées par les expatriés [5] dans leur pays d'origine. Mais quand on connaît la rapidité de l'administration française, il est peu probable que ces résolutions soient mises en place de si tôt.


Immigré et étudiant étranger, innovateur

Dans le monde qui est le nôtre, et sous l'effet de la mondialisation, il est clair que la présence d'employés de diverses origines au sein d'une entreprise est très bénéfique en termes d'ouverture d'esprit et d'innovation. Nous vivons une période de pénurie de main-d'œuvre qualifiée et hautement qualifiée. En France, depuis le début des années 1990, le dynamisme entrepreneuriale de l'immigration africaine connaît un développement notable, malgré un contexte défavorable. Au total les immigrés sont près de 8.4% à appartenir à la catégorie des entrepreneurs, contre 6.9% pour les nationaux. L'Association pour le droit à l'initiative économique (Adie) répertorie parmi ses clients plus de 33% de créateurs d'entreprises immigrés, originaires d'Afrique Subsaharienne.

Pour la même raison que celle évoquée ci-dessus, les étudiants étrangers représentent une richesse pour la France, dans la mesure où ils représentent de futurs travailleurs qualifiés et hautement qualifiés. Les démarches au sortir du statut d'étudiant sont pourtant très contraignantes en France. A titre de comparaison, Aux États-Unis, la plupart des bénéficiaires des nouveaux visas H1B sont des étudiants, résidant déjà auparavant sur le territoire. Les étudiants étrangers sont une véritable ressource, et un terrain d'innovation, près de 60% des start up de la Silicon Valley auraient été créées par des étudiants indiens ou chinois.


« Immigration choisie » ?

Depuis le 16 mai 2007, la France est officiellement entrée sur la voie de l'immigration choisie. Celle-ci est sensée lui permettre de sélectionner les immigrés en fonction des besoins de l'économie française. Comment déterminer avec précision les besoins du marché du travail ? Ceci suppose un recensement auprès des entreprises, recensement qui pour l'heure n'existe pas. Sans compter l'harmonisation en cours de la politique d'immigration à l'échelle européenne. Une harmonisation qui s'annonce difficile quand on sait que les besoins des pays de l'UE ne sont pas les mêmes. Enfin le respect des droits de l'homme, à savoir, notamment, le droit des résidents à vivre avec les membres de leur famille signifie que les regroupements familiaux auront toujours lieu en France. De même que l'accueil de réfugiés (Convention de Genève). Le flux d'immigration ne sera donc jamais uniquement composé d'« immigrants économiques ».

En attendant, le discours politique tend plutôt à la restriction de l'immigration. L'immigration venue d'Afrique subsaharienne décroît, par rapport à celle venue d'Europe de l'Est. Mais avec l'entrée de nouveaux pays dans l'Union Européenne, sa part relative risque d'augmenter ce qui donnera une lecture erronée de la réalité. Le pourcentage de l'immigration africaine paraîtra plus importante, vu que celle d'Europe de l'est ne sera plus comptabilisée, puisque considérée comme faisant partie de l'union européenne. Et l'opinion publique quant à elle n'en démord pas de l'idée que l'immigration est « massive » et représente une menace pour ses emplois.

Il convient donc d'être prudent dans notre lecture de la presse et dans les conclusions que l'on en tire. En décembre 2007, le Figaro titrait « Forte hausse de l'immigration d'Afrique noire », avec comme première ligne « L'immigration en provenance d'Afrique noire a fait un bond de 45% entre 1999 et 2005 : tel est le principal enseignement de l'étude rendue publique hier par l'Institut national de la statistique et des études économiques ». Dans le même temps les chiffres fournis par l'Insee nous indiquent que l'immigration en provenance de l'UE comptabilisait 1,7 millions de personnes, plus 1,5 millions d'immigrés en provenance du Maghreb, soit une immigration respectivement trois fois plus importante que celle en provenance d'Afrique subsaharienne…stigmatisation ?


Texte de Stella Ayoko Dosseh
écrit suite à un échange avec Gary Ba


Notes
[1] Deux études principales répertoriées : Hunt, 1992 « The impact of the 1962 repatriates from Algeria on the French labor market"Gross, 2000 « Three million foreigners, three millions unemployed ? Immigration and the French labor market »
[2] Au sens de l'Insee, un immigré est « une personne née étrangère à l'étranger et résidant en France. […] Un individu continue à appartenir à la population immigrée même s'il devient français par acquisition »
[3] « Enquêtes annuelles de recensement 2004 et 2005, près de 5 millions d'immigrés à la mi-2004 », Catherine Borel, Insee Première, n°1098, août 2006.
[4] « La consommation soutient toujours la croissance en 2005 », Régis Arthaut, Danielle Besson, Georges Consalès, division Synthèses des biens et services, Insee
[5] l' Insee établit une différence entre l'expatrié, « salarié, sur une période déterminée, et l'immigré qui peut être inemployé et résider en France durant une période indéterminée



in: La part du fabulateur

vendredi 3 juin 2011

L'intégration en France : une vision unilatérale from Minui

Il y a beaucoup à dire sur le sujet. Et si je me mets cet article en ligne, c’est l’occasion pour moi d’aborder non seulement un chapitre d’une histoire personnelle vers un état de fait en France.

Il y a beaucoup à dire, il y a beaucoup à débattre, mais c’est un débat important et intéressant. Il en va de l’avenir de la France aussi bien par nous, nos enfants et nos arrière-petits enfants ainsi de suite. La France en 2002 a vu l’extrême droite venir au plus près du pouvoir exécutif. Certains pourront me dire qu’il s’agit juste d’un point de vue sémantique en lisant les déclarations de Claude Guéant, Brice Hortefeux, ou Nadine Morano etc. Bref, ainsi donc, nous avons au pouvoir des « experts » de la nationalité, de l’immigration, nous avons même eu un ministère pour cela : Ministère de l’identité nationale qui maintenant s’appelle Ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement. Tous ces noms qui visent des populations qui posent des questions sur leurs identités en France.

On ne va pas faire dans le larmoyant, certains sont venus de leur plein gré, d’autres non etc. etc. Les jeunes des banlieues, le voile et tout ça quoi.

J’en viendrai directement à une question qui nous intéresse : Qu’est ce qui fait d’un Français un Français ? Une Lapalissade ? Malheureusement non. Beaucoup de Français apparemment se posent cette question… Cette question pourrait être légitime. Si l’on parlait d’un Français en voyage, si on parlait de la représentation française dans certaines institutions qui dirigeraient certains aspects culturels de la France etc. On peut noter que curieusement aux Etats-Unis on se pose encore la question de la naissance ou l’appartenance religieuse de Barack Obama. En France, bizarrement on ne se pose pas trop de questions sur Sarkozy. Je dois avouer que le Président actuel en 2011, veille du scrutin présidentiel de 2012, représente par bien des aspects le Français sur le plan international. Je ne m’égarerai ni sur son physique (trop facile), ni sur son côté démagogue (nous sommes en politique, c’est une seconde nature) mais en quoi est-il bien intégré (faut-il préciser qu’il est d’origine hongroise) ? Sa réussite ? Son divorce puis son remariage ? Son parlé (fautes de français incluses) ?  Ou simplement son mimétisme de l’opinion d’une certaine majorité qui prétend qu’il y a français et français ?

Y aurait-il plusieurs types de Français en France ? Comme les Anglais ont les Gallois, les Ecossais ou les Irlandais du Nord ? Non. Le torchon brûlerait-il entre Bretons, Corses, et Alsaciens ? En fait, chaque fois que nous abordons le thème, il y a une distinction qui se forme dans une opinion qui tente de rester sur le devant des médias en France : les Français de souche et les immigrés. Alors je ne sais pas pour vous mais la dernière fois que j’ai utilisé le mot « de souche », cela concernait les rats de laboratoire que j’analysais lors d’exercice de génétique en biologie. Pour rappeler à certain que la notion de races en biologie est totalement exclue pour l’ensemble des êtres humains. Ҫa n’est au mieux qu’un argument de vente communautariste pour certains médicaments contre le cœur. Et la distinction de certaines maladies orphelines plus représentées dans certaines communautés qui ont du mal à se mélanger. La question de différentes races humaines n’ayant aucun argument scientifique, nous pouvons au mieux affirmer qu’il s’agit de faire la distinction entre ceux qui ne sont pas blancs et qui parlent le français avec des accents ou qui ne s’habillent pas comme nous. Ce statu-quo tout à fait bas de gamme mais si accessible à notre chère population, a en effet de beaux jours devant lui. Cela ressemble à du racisme, ça a l’odeur du racisme, et… C’est du racisme. Et pour nous immigrés et enfants d’immigrés, il paraît qu’il faut vivre avec ? Pour ceux qui ont des parents comme les miens qui vous disent que le racisme a toujours existé aussi loin que remonte l’humanité. Que l’on est tous un petit peu raciste… Qu’on doit apprendre à vivre avec, à mettre de l’eau dans son vin etc.… Ceci est donc, l’un des premiers pas dans l’intégration, supporter le racisme. Supporter d’être comparé à un animal (les footballeurs, je pense peuvent en témoigner). Supporter d’avoir à être comparé, chaque fois qu’une personne dont la couleur de peau nous ressemble fait une connerie, à cette personne que nous ne connaissons souvent pas plus que les autres. A chaque fois que la nation ou le pays ou le pays voisin voire le continent d’où nous ou nos parents sommes issus, entre en conflits avec d’autres populations, il faut que nous justifiions notre camp. Supporter les remarques sur notre couleur de peau, notre cuisine, notre façon de nous habiller, nos croyances etc. Chacun de nos faits et gestes sont sous une surveillance que les complaisants (ceux qui peuvent vivre avec le racisme) connotent d’exotisme, et les racistes qui, du simple fait de notre différence, font déjà de nous des suspects potentiels, des criminels en devenir pour peu que vous ne veniez pas de la banlieue. Donc oui il faut qu’on s’intègre. Et cela donc fait partie de l’intégration. L’intégration c’est donc accepter non seulement les clichés, les stéréotypes, mais aussi les valider. C’est vrai que le Français doit absolument se vanter d’avoir du vin et du fromage à l’étranger. Il doit aussi sentir mauvais à l’étranger et avec tout ça il ou elle serait romantique… Ainsi dirons-nous qu’il est bien intégré dans son pays d’accueil ?

Au-delà de cette question de la différence. Nous avons une autre interrogation. En effet, en entendant cette fameuse réplique : "La France, tu l’aimes ou tu la quittes". Bizarrement, je me suis toujours demandé à qui s’adressait cette phrase. A Johnny Halliday, le résident suisse ? A ces touristes fortunés qui dépensent tellement pour venir admirer Paris le temps d’un petit congé ? Aux enfants de Johnny Depp et Vanessa Paradis au cas où ils ne suivraient pas maman ? Ou encore, à ces fameux jeunes de banlieue dont on parle tant qui hantent les cages d’escaliers de vos émissions préférées sur TF1, M6 etc. Alors donc, en plus de devoir supporter le racisme ordinaire, nous devons également choisir entre la France et notre soit disant pays d’origine. Sans avoir besoin d’entrer dans les considérations géopolitiques, juste un constat… Si la première génération s’est installée en France, elle a très peu de chance de repartir, et leurs enfants encore moins. Donc je ne sais pas pour vous, mais comment appelle-t-on une personne qui a grandi, a été élevée, éduquée, instruite en France ? Et qui généralement a ses papiers en règles, certificat de nationalité inclus, et pire qui vote en France ! Vous vous rendez compte ma bonne dame ? Eh bien… On ne l’appelle pas. On prétend vaguement que c'est un Français. Surtout s’il atterrit dans un poste à hautes responsabilités ou devient un personnage public. En fait la nationalité française est à géométrie variable. Quand ils sont sur le devant de la scène, des Jamel Debbouze, Yannick Noah ou encore Marie Pierce. Leur French Touch n’a absolument aucune ambiguïté. On leur parle de réussite dans l’intégration. Qu’ils sont un modèle français tralala… L’éducation française tralala… etc. etc. Par contre si vous passez aux 13h et 20h dans la rubrique faits divers (suivi d’atroce, horrible ou simplement tragique), vous êtes un jeune et généralement vous êtes d’origine… En fait le passage en case justice vous donne automatiquement l’AOC de votre pays d’origine. Et par la suite, on parle d’influence dans votre éducation, des lacunes dans les ZEP des cités etc. Mais surtout la question de l’origine de la délinquance entre autre posée par un certain Zemmour qui en a fait sa marque de fabrique. Vous avez beau être né en France, avoir grandi, ou vécu en France, vous n’êtes plus que d’origine…

Pourtant même si nous n’avons pas tous des ancêtres gaulois, ni romains, si nous n’avons pas tous les mêmes histoires avec lesquelles nous partagerions nos racines, nous avons appris le français en plus d’une autre langue pour la plupart d’entre nous. Alors que certains Français (qui se prétendent être de souche) sont encore analphabètes (je ne parle pas d’être bilingue, je parle juste de maîtriser le français). L’excuse de l’accueil de la misère étant un problème où la France occulte totalement son rôle dans la misère qu’elle-même provoque dans ces pays. Sinon Total serait-elle une ONG qui s’ignore ? Je ne parle même pas du chapitre de la colonisation ou de l’esclavage où la France a activement participé sans pour autant reconnaître l’influence qui perdure jusqu’à aujourd’hui… (Il faut lire le discours de Nicolas Sarkozy en Côte d’Ivoire, ou encore le traitement de l’esclavage dans les études en France). Plus récemment, la France dans la Deuxième Guerre Mondiale, un vainqueur qui s’ignore ? Si nous n’avons pas récupéré des biens qui appartenaient à des personnes envoyées dans des camps de concentration. Si nous ne sommes ni des descendants des Justes ou de Collabos. Si nous ne mangeons pas tous des escargots ou des cuisses de grenouilles. Si nous ne connaissons pas Molière par cœur. Si nous ne sommes pas tous blancs. Mais malgré tout cela, nous sommes aussi Français que le blanc du fin fond de sa campagne qui vote FN, alors qu’il n’a jamais vu un émigré de sa vie en vrai, passionné du saucisson sec et du pinard.

En fait, grandir avec l’histoire de France, et une culture française fait de vous un simple amateur de France. Vous êtes toujours rattaché à votre pays d’origine. « Retourne dans ton pays » disent-ils. D’après certains, on devrait choisir entre notre pays d’origine et le pays où on vit. Récemment Madame Le Pen a déposé une requête pour mettre fin à la double nationalité. Dans un pays comme la France faisant partie de l’Europe, où on a envoyé des princesses et des reines, épouser des rois et des princes pour des alliances ou traités de paix avec ses pays voisins. Marie-Antoinette l’autrichienne s’en souvient encore… Où on prône la liberté de circuler, où le brassage des populations n’est toujours pas fini. Charles Martel doit lui aussi s’en souvenir à Poitiers. La question paraît-il s’est posée après l’épisode des Français à la Coupe du Monde 2010 sur les quotas en équipe de France… Donc une fois qu’on a marié deux cultures visiblement les enfants doivent choisir entre les deux. La culture de nos parents et celle dans laquelle on grandit. Comme une espèce de refus de voir la coexistence d’un mélange, de ce métissage d’identités culturelles. Au-delà d’une idée de culture, de choix national,  c’est notre identité qui est refusée. Ceci est la vision d’une France qui aurait perdu son identité et qui cherche à la retrouver en recherchant son « peuple français ». Et demandant à ceux qui se posent la question de choisir. Même s’il s’agit généralement de la volonté de nos parents que l’on naisse ou que l’on devienne français, nous n’avons pas eu le choix de le devenir. Si nous n’avons pas le sentiment d’être tout à fait français (d’être comme tout le monde en somme), la plupart d’entre nous vivent avec ce sentiment chaque fois qu’on nous questionne sur notre origine. Nous ne pouvons pas dire simplement que nous sommes français. Dire qu’on est parisien ou breton n’est pas perçu de la même manière lorsque vous ne faites pas partie du stéréotype. Et quand à la solution d’indiquer notre pays d’origine comme étant notre pays d’attache ce serait simplement une erreur. Nous n’avons pas grandi dans ce pays. Au plus avons-nous connu nos premières années pour certains, mais la plupart ne connaissent que des histoires et des vacances.

Un pays qui refuse de se mélanger c’est tout simplement un pays qui a peur. Un pays qui a peur de ses voisins. Un pays qui a peur de ce qui est de l’autre côté des frontières. C’est un pays qui voit sa culture comme menacée, n’a tout simplement pas confiance dans sa propre culture. Sur ses moyens d’expansion, sur son rayonnement. Pourtant la France est un métissage de cultures, ce qui était des invasions a apporté leurs lots dans l’héritage culturel français. Ne serait-ce que dans les mots : ramdam, algèbre, bouquiner, ersatz etc. La France, celle que je connais est un mélange. D’abord européenne, et méditerranéenne, la France qui a puisé dans les ressources de son monde colonial, voudrait se passer de ce qu’ils sont devenus pour continuer à survivre ? Nous existons ! Et la plupart d’entre nous sommes issus de ces mélanges aussi lointains soient-ils. L’idée du problème d’intégration est un faux problème que vous nous demandez de résoudre en faisant un choix. Avant tout, laissez-moi vous dire que l’intégration ne peut être du fait d’une seule personne, et si on parle d’intégration, en France, on ne parle que du migrant. La question du pays d’accueil est totalement occultée. Et visiblement, "L’intégration pour les nuls" n’a pas encore été écrit (du moins pas en français).

 Mettons les choses au point : La France n’accueille pas ! C’est un pur mensonge. Si certains savent, il faut reconnaître que peu d’entre nous savent ce que c’est de se lever avant l’aube pour un rendez vous à la préfecture pour obtenir son titre de séjour, je ne parle pas de la nationalité. Les immigrés se débrouillent pour connaître leurs droits. Et vous savez quoi ? Ce sont les mêmes droits que les autres Français. Nos parents n’ont pas renoncé à leurs identités pour devenir français. C’est un droit. Un droit pour lequel la France a volontairement laissé libre parce qu’elle avait besoin d’eux. Et elle a toujours besoin. Demandez aux docteurs, ce qui se passerait dans les hôpitaux si on refusait les immigrés dans les services hospitaliers ? Dans la restauration ? Dans le bâtiment ? Dans les usines. Ce sont des postes qui demandent toujours plus de monde. L’image de l’immigré profiteur, si elle existe est une exception qui a mis en lumière les lacunes de nos administrations qui refusent (toujours) de partager leurs informations. Et pourtant nous sommes à l’ère de l’informatique. Je vais préciser qu’indiquer une personne par son origine n’enlève aucunement sa nationalité. C’est juste un refus de voir que le problème est véritablement français. La France n’accueille pas, elle a juste des institutions qui gèrent des dossiers. Vous n’êtes qu’un dossier parmi tant d’autres. Les gens qui arrivent avec des rêves, des fantasmes de Paris romantiques, y en a tous les jours. Et souvent, ils passent d’abord par la Gare du Nord (qui est au romantisme ce que le hamburger est à la gastronomie française). Se faire accueillir par la Gare du Nord pour un premier choc des cultures avec la France, c’est rude. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est comme si vous fantasmiez sur le meilleur des restaurants et qu’on vous invitait au MacDo. On est très loin du syndrome de Paris pour les Japonais. Alors l’accueil de la France, une légende urbaine ? En tout cas tout le monde en entend parler, personne ne l’a encore jamais vu. Quand à parler d’intégration…

Donc est-on bien intégré en France ? La France a cette position qui se résume dans le syllogisme suivant : Tout problème a une solution, nous n’avons pas de solutions pour l’intégration en France. Donc, nous n’avons pas de problèmes d'intégration.

Minui
de Siné


in: La part du fabulateur

mardi 3 mai 2011

Silence, on tourne la page from Grégory

NYC Photographer Jamie Beck
©  All rights reserved
Image empruntée au formidable site From Me To You



L’idée se répand : un changement de société en profondeur est souhaitable, crise(s) oblige(nt).

Sociologues, philosophes et écrivains en parlent, individuellement ou au sein de collectifs. Les revues leur font écho. Les politiques s’y mettent (enfin !) à leur tour avec le développement des think-tank (laboratoires d’idées) notamment. Les partis de gauche s’emparent du sujet : un nouveau modèle de société s’impose à nous.

Nouvelles mesures pour certains, nouvelle voie pour d’autres. Les discours s’affrontent à distance entre une vision dite réaliste (puisque la social-démocratie a renoncé à remettre en cause une économie mondiale de libre échange et de concurrence, elle ne peut que proposer des modifications au sein de ce modèle pour le réguler), et une vision plus idéaliste, au sens des idées, engageant le changement même du modèle de société. 

Cette dernière approche met l’individu au centre de la réflexion et non plus la croissance et le libéralisme économique (ce qui se traduit par des discours très variés, portés par de multiples acteurs dans lesquels on retrouve le FN, le parti de Gauche, Edgar Morin, .. n’ayant que peu de choses en commun sinon cette volonté de proposer de sortir d’un système dont on aurait atteint les limites. L’idée que la République n’assure plus les valeurs de « liberté, égalité, fraternité » contribue au développement de cette idée)

1ère question posée : peut-on bâtir un autre modèle de société (et non un autre modèle économique, puisque ce n’est pas une finalité en soi) dans lequel le rôle même de la croissance économique ne soit pas central ?

Les politiques de droite quant à eux restent sur une logique, incontournable selon eux mais jamais démontrée, que plus de croissance implique une sortie de crise économique, profitable au plus grand nombre. Tout se règle alors à coup de chiffres, taux de croissance et augmentation du pouvoir d’achat en première ligne. 

Non seulement, là encore, la thèse qui avance que de meilleurs résultats économiques apporte les réponses souhaitées par le plus grand nombre de citoyens n’est pas démontrée, mais on a vu que pendant les crises récentes, les plus riches se sont enrichis considérablement, et les actionnaires s’accaparaient les profits au dépend des travailleurs. 

2ème question posée : certains politiques sont-ils déterminés dans un premier temps, et capables dans un second temps, de rompre avec une logique battue en brèche et un modèle de société qui ne permette plus à une majorité de citoyens de vivre décemment du fruit de son travail ?
(Seule une intervention réellement significative de l’Etat, contraire à l’idée libérale, peut permettre un tel changement : revenu minimum d’existence ; revenu minimum salarié correspondant à un niveau de vie évalué en fonction du seuil de pauvreté ; intervention sur les prix des loyers, en prenant en compte des indices cohérents liés aux revenus du travail et en rendant effectif le DALO ; partage encadré des temps de travail ; intervention de l’Etat sur la répartition des profits des entreprises ; nature et rôle du travail et de l’action pour le collectif dans les sociétés de demain, dans une perspective de repenser nos environnements de vie et notre lien social.)   

   
Mais de quoi parle-t-on ? De nombreuses dates sont citées sur Internet comme « années de crise » : 1969, 1973, 1982, 1993, 1997, 2001, et bien sûr 2007, puis 2008. Il est souvent évoqué une crise commencée en 1973 (adieu les 30 glorieuses) et toujours actuelle en 2011, avec ses mouvements internes, ses reflux, ses redémarrages.
Les discours politiques ne cessent d’ailleurs d’utiliser un vocabulaire de circonstance : « la crise est derrière nous ; on est sur le point de sortir de la crise ; les indices montrent un redémarrage ; ……… ».  Aujourd’hui 29 avril 2011, le ministre du travail constatant une amélioration mineure d’un des indices du chômage pour le 3ème mois consécutif déclare que c’est un signe probable de sortie de crise. Mais jusqu’à présent, rien n’y fait. Comment s’étonner de leur perte de crédibilité qui gagne année après année.

Mais de quoi parle-t-on encore ? Essentiellement de l’aspect économique de la vie en société, d’ailleurs le terme « crise » est essentiellement associé au domaine de l’économique. Imagine-t-on aujourd’hui une crise d’une autre nature dans un contexte de grande prospérité économique ? Une crise sociétale (1968 ?) ? morale ? existentielle ? Non. Collectivement, seule la crise économique est la mère de toutes les crises, elle enfante et peut par contre se décliner ensuite en crise de confiance, de valeurs, de sens, mais son origine est toujours fixée par et au travers de son aspect financier et matériel. 

Le système libéral, capitaliste et consumériste a donc réussi à ce que nous nous pensions avant tout comme homo-economicus, chacun étant dans ce système une entreprise avant d’être un individu. 

Cela se traduit pour le plus grand nombre par la recherche d’’un équilibre matériel entre les entrées et les sorties financières. Essayer d’avoir le meilleur rapport entre le travail (temps et pénibilité) et la quantité d’argent disponible en vue de la consommation, permettant d’acquérir à la  fois un statut social et un sentiment de réussite personnelle. Cette forme de réussite est assimilée à une représentation du bonheur. Elle accapare souvent l’essentiel de notre temps.

Les « meilleurs éléments » de ce système arrivent à se contenter d’une activité peu ou non productive (la société de spectacle et celle des actionnaires).

En contrepartie, le plus grand nombre s’accroche véritablement au modèle libéral imposé pour travailler, le plus souvent durement, en échange d’une rémunération. Celle-ci permet au mieux un équilibre matériel (voire quelques disponibilités financières en vue d’une faible épargne ou de quelques loisirs), au pire une plongée progressive dans un endettement dont la sortie par le travail devient de plus en plus hypothétique. 

La formule « travailler plus pour gagner plus » est le symbole mensonger, cynique et inique de ce modèle libéral que défendent certains grands élus pour qui économie et politique se confondent. Confusion des genres et des intérêts.

Revenons donc à cette idée qui se répand d’un changement de société en profondeur.

Si la ou les crises intervenues depuis 1973 ont été perçues rapidement comme la fin de l’âge d’or, avec principalement la montée du chômage, pourquoi l’idée d’un changement en profondeur de la société ne s’est-il pas imposé alors ?

Une des réponses possibles est probablement que l’ensemble de la population française et de ses dirigeants pensaient alors que cette ou ces crises auraient un caractère passager, et ne les concernaient pas directement. On ne pouvait imaginer les impacts de transformations aussi radicales (transports, communication, technologies) pour la société française, occidentale, et l’ensemble des populations mondiales.

Un autre début de réponse probable réside dans le fait que les richesses acquises ont permis à de nombreuses familles françaises de consolider ou de se constituer un patrimoine leur permettant d’amortir les différentes crises pour eux-mêmes et leur descendance. L’ascenseur social dont ils avaient bénéficié permettait cela.

L’immobilier, premier symbole de cet enrichissement, allait être au cœur des dérèglements financiers et économiques à venir compte tenu de son poids grandissant dans les budgets familiaux et l’économie. Là encore, le modèle capitaliste avait vendu l’idée de la propriété foncière, les politiques avaient suivi, mais les conséquences sur le long terme d’un tel phénomène, sur les plans environnementaux, financiers, et structurels, n’ont que très rarement été abordés alors. L’immobilier et son prix sont depuis plus de trente ans une des causes majeures de nos maux. Changer de société, c’est aussi changer notre rapport à l’habitat, sa nature, son coût, son usage et son rôle dans la spéculation.

Voilà pourquoi en partie l’idée d’un changement « en profondeur » nécessaire à la société française a si peu été abordé avant disons une petite dizaine d’années par les politiques, et a reçu un écho plutôt confidentiel de la part de l’ensemble des médias. L’idée commence cependant à se répandre, et tout particulièrement depuis 2007, où un sursaut violent de la crise économique a été perçu et associé comme la conséquence d’une chaîne de comportements particulièrement malhonnêtes, injustes et amoraux, dans le secteur de la finance et le monde des affaires. 

Et maintenant, tournons la page !   

Si nous ne changeons pas de modèle de société, nous ne pourrons sortir de la crise dite économique sauf à bénéficier d’effets de conjoncture que nous ne pouvons ni anticiper ni influencer de manière significative à l’échelle de la nation.

Trois propositions / postulats pour changer de modèle : 

1. En finir avec la non-vérité capitaliste qu’il n’y aurait pas d’autre système de société possible que celui d’un libéralisme non régulé.

L’affirmation qu’il n’y aurait aucun autre modèle de société possible que le modèle économique, central et basé sur le libre échange ne repose sur aucune démonstration  macroéconomique. Par contre, constater que les détenteurs du pouvoir et de l’argent entretiennent ce système et la croyance en ce système pour conserver et accroître leur fortune personnelle est observée de manière récurrente.

Dans ce système pourtant, les pays scandinaves (Norvège, Suède, Danemark, Pays-Bas, …) qui ont privilégié des politiques de long terme axées sur une intervention volontaire de l’Etat (dans les domaines de l’éducation, de la justice, du logement, du travail) sont les seuls à avoir réussi à conjuguer économie de marché avec développement social et environnemental.    

Une étape incontournable à un changement en profondeur de notre modèle de société, avant même d’envisager sa transformation en profondeur, concerne la valeur du travail. Plus précisément le rapport entre le travail et la répartition « équitable » des fruits du travail (Nicolas Sarkozy avait prôné la répartition des bénéfices d’entreprise en trois tiers : un pour l’investissement, un pour les actionnaires, un pour les salariés ; cette annonce est restée lettre morte ; aujourd’hui il annonce la prime de 1 000 € sous conditions, une complexe mesure inéquitable et inappropriée). Un aveu patent d’impuissance.  
Cette nouvelle donne pourrait inclure un capital individuel acquis pour l’éducation et l’entrée dans la vie active. Cette étape est un préalable, elle n’est pas une finalité.

Le terme de « travailleur pauvre » (ou précaire) était encore improbable à la fin des années 80. Il s’est généralisé. « La presque totalité des citoyens sort perdante d’un tel système baptisé néolibéral. Plus l'on monte dans la hiérarchie des revenus, plus les revenus se sont accrus au cours des années de crise. La France semble, avec retard et de manière moins marquée, prendre la même trajectoire que les États-Unis. Cette hausse des inégalités serait à la fois due à une hausse des inégalités de salaire, mais aussi à un accroissement très fort des inégalités de revenus du patrimoine, tirés par les dividendes et les plus-values, notamment immobilières ». (source Wikipédia, selon les études Insee et travaux de Thomas Piketty et Camille Landais). Aucune thèse économique ne peut justifier comme on voudrait nous le faire croire cet état de fait. Le non partage des richesses ne répond à aucune conséquence mécanique mais à des comportements généralisés chez les détenteurs de pouvoir.

On ne peut pas davantage durablement assurer au capital une rémunération qui dépasse largement le taux de croissance de l’économie. Plusieurs ouvrages traitent du sujet de ce capitalisme qui se mord la queue, « le capitalisme total », de Jean Peyrelevade est éloquent sur ce sujet. Le néolibéralisme, encore davantage que le capitalisme, nous détourne de l’intérêt commun et général, et les classes politiques au pouvoir, de droite comme de gauche, depuis 1973, n’exercent qu’une action partiale et au mieux partielle pour cet intérêt commun qui fonde la société.

2. Modifier et nous réapproprier notre parole et notre langage, pour réorganiser le débat d’idées.

Ecouter le discours des personnalités et de l’ensemble des acteurs économiques et politiques, c’est quasiment toujours entendre une forme d’expression véhémente, dénonciatrice, construite sur des formules autoritaires assénées comme des vérités indiscutables, ou l’argumentation n’est pas à construire mais repose sur des slogans et des raccourcis laissant peu de place au véritable dialogue, c'est-à-dire à la parole de l’autre. Il s’agit d’affirmer, et non pas d’élaborer une pensée. Le temps médiatique ne le permet pas, paraît-il. Même chez Frédéric Taddeï, où les invités sont souvent à priori choisis pour leur capacité à débattre et leur connaissance des sujets abordés, on en arrive vite à une foire d’empoigne des plus suspectes et des plus décevantes. On en vient à rêver d’une parole différente, posée, bienveillante. On en vient à rêver d’un nouveau Socrate revenu des siècles antiques, nous éclairant sur le formatage de nos pensées et de nos propos.
 
Les personnalités de tous horizons on finit par s’accaparer ce mode de communication médiatique, si bien que l’on nous présente des individus au travers d’une fonction qu’ils ne représentent pas : spécialistes, journalistes, experts, sociologues, mais aussi et hélas surtout philosophes : Alain Finkielkraut, Bernard Henri Lévy, Luc Ferry seraient ainsi des philosophes contemporains, au prétexte qu’ils possèdent une culture, qu’ils disposent d’une pensée personnelle (quelle chance !), qu’ils écrivent des ouvrages sur des sujets de société.

Tout cela nous conduit le plus souvent à voir s’affronter une pensée majoritaire unique avec une pensée d’opposition unique. Voire des pensées d’opposition unique, ce qui n’est pas un non-sens. 
Changer de société sans changer notre rapport à la parole et au langage me paraît difficile. Mais changer notre flux et notre temps de parole, les mots choisis pour exprimer un raisonnement ou une conviction plus qu’une affirmation, voilà qui pourrait nous conduire à nous réapproprier un nouveau lien et un sentiment démocratique entre les individus.    

(Dans un autre genre, les médias ont la fâcheuse habitude de nous relater les succès en tout genre, y compris sur la télévision publique. Elise Lucet, tous les jours, nous fait part de son immense joie de rencontrer une personnalité au succès avéré, chiffres de vente cités à l’appui, en bonne représentante de commerce, mais en aucun cas en journaliste pertinente. Avec elle l’artiste est une personne ayant déjà été consacrée par un résultat économique. On en revient donc à la priorité économique assénée comme logique implacable, et Guillaume Musso et Marc Lévy deviennent ainsi de grands écrivains. La parité, ici, est bienheureusement peu respectée, les femmes ont moins d’égo).  

3. Fonder l’avenir sur l’idée de la justice, dans les faits réels et au quotidien.

Pour qu’il y ait justice, il est nécessaire qu’il y ait équité en aval. Naître et évoluer dans un environnement urbain et social difficile, consacrer sa jeunesse à tenter de contrecarrer des conditions de vie difficiles en étudiant assidûment, obtenir un diplôme, et ne pas accéder à une entrée satisfaisante dans la vie active, c’est le lot de plus en plus de jeunes. L’indépendance financière n’est alors pas acquise, sans emploi le diplôme durement obtenu sera vite dévalorisé, et pour nombre d’entre eux, les solutions seront à chercher dans l’emploi précaire (centres d’appels, aide à la personne, emplois saisonniers). Le besoin de justice est alors un besoin de justice sociale. Dans ce véritable parcours du combattant, l’investissement personnel est très élevé, et pour celles et ceux qui accèderont néanmoins à un emploi conforme à leur cursus, nombre d’entre eux ne bénéficieront pas pour autant de l’ascenseur social permettant une autonomie et un épanouissement satisfaisants.

Cette société inégalitaire, qui nous éloigne là encore d’une communauté de citoyens consciente d’un intérêt général commun, est d’autant plus désabusée qu’elle observe chez les élus et les élites des privilèges de plus en plus visibles et des actes de plus en plus malhonnêtes en vue d’un intérêt purement personnel. Assistera t-on à des sociétés dont la fracture sociale sera si grande que les territoires seront divisés physiquement  entre les classes les plus pauvres et les classes les plus riches et privilégiées ? Où est-ce déjà le cas ?

La valeur travail est une valeur de justice dès lors qu’elle permet au plus grand nombre de vivre décemment, y compris humainement, du fruit de son activité, et qu’elle permet aux plus défavorisés de bénéficier d’un revenu d’existence décent et suffisant. C’est également en fixant des limites raisonnables à l’enrichissement personnel qu’on contribue à favoriser l’équilibre d’une société.   

  
Silence, on tourne la page.

Changer de modèle de société, ça ne consiste pas forcément à réorganiser l’existant, mais à concevoir et mettre en œuvre un cadre nouveau, en harmonie avec l’environnement, à penser la ville de demain, la place du travail dans nos sociétés, le lien qui nous unit les uns aux autres. Reprendre la pleine possession de nos paroles et de nos silences, affranchis des idées reçues. C’est peut-être (re)devenir plus simples, sans perdre l’énergie joyeuse et créative indispensable à toute transformation ; expérimenter, et remettre du sens dans nos intentions en vue d’une justice collective non feinte. Et pourquoi pas rêver à nouveau sur l’air de « Liberté, égalité, fraternité ». 

Grégory Hadjopoulos
ghadjo@hotmail.com
29/04/2011



in: La part du fabulateur

jeudi 1 juillet 2010

Florence Aubenas fait sa "Tête de Turc" (2/2)

La suite de la rencontre à la librairie Folies d'Encre à Montreuil (93) avec Florence Aubenas lors de la sortie de son livre, Le quai de Ouistreham.


Lire la première partie.



Pour s’immerger dans le quotidien de ces Français d’en bas qui vivent ou survivent avec moins que le Smic, Florence Aubenas s’est inscrite à l’ANPE en s'inventant l’histoire fallacieuse d’une femme qui aurait vécu des années sans revenu auprès de son conjoint, contrainte de trouver du travail suite à une rupture conjugale. Ne pouvant donc prétendre aux allocations chômage, elle devient par la force des choses femme de ménage à Caen où elle s'est installée, « une ville ouvrière surgie du néant. » Ville du débarquement, Caen a été détruite et reconstruite au lendemain de la Deuxième Guerre Mondiale. Son histoire moderne se confond avec celle des grandes industries de l'automobile, l'électronique et de grande entreprises telles Moulinex ou la Société métallurgique de Normandie (SMN) dont vivait, pour une grande part alors, le port de Caen-Ouistreham. « Ces gens gardent un souvenir terrible mais aussi nostalgique de ce passé ouvrier. Les conditions de travail étaient effroyables, les ouvrières avaient des gants en amiante. Aujourd'hui, c’est une ville lessivée. Ils ont mis trois ans à tout effacer de ce passé industriel. Mais le plus terrible c'est que ce qui était normal hier devient le rêve. Lorsque j'ai posé la question "Qu'est-ce que tu voudrais faire ?" au petit ami d'une jeune femme qui travaillait avec moi, j'ai eu la surprise de l'entendre me répondre : "Ouvrier, mais je suis sûr que je n'y arriverai pas." »



ENGRENAGE


Le travail précaire est aujourd’hui une donnée stabilisée dans les statistiques. La précarité n’est plus transitoire, mouvante mais représente un part importante du monde du travail si ce n’est de l’économie. Engrenage dont il est difficile de se dépêtrer, qui vous maintient dans son système plus qu’il ne vous aide à en sortir, le travail précaire est également difficile à pénétrer si l’on est dépourvu de tout. Impossible comme hier d’avoir la volonté, le courage et de retrousser ses manches pour travailler. Durant les six mois qu’ont duré son expérience, Florence Aubenas constate n’avoir gagné que 720 € le mois où elle a le plus travaillé. Cependant, « il faut avoir une voiture sinon on n'a pas le boulot, avoir un portable sinon les employeurs ne peuvent pas vous joindre et même internet. De plus en plus, les gens vont aux Restos du Cœur car il est encore concevable de donner à manger. Mais pour ce qui est de l’indispensable pour rentrer dans un circuit professionnel, il n'y a rien. Il y aurait quelque chose à créer là. »

De plus, « Pôle Emploi valide des heures sous-payées car il y a des taux d'annonces à pourvoir et des statistiques à remplir », explique la journaliste. Les heures de ménages bénéficient d'accords de branche et doivent être normalement payées à plus de 9 € au lieu de 8,71 €. « Et je peux vous dire que pour ces gens, les centimes sont importants. Trois euros, cela compte à la fin du mois. Il n'y a jamais de contrôle des employeurs au nom de l'emploi. La fraude est toujours d'un seul côté. Le fraudeur type, c’est vous et moi. » Cependant Florence Aubenas reconnaît que la réalité du Pôle Emploi, c’est souvent désespoir contre désespoir car les conditions de travail pour les agents sont de plus en plus pénibles.

La précarité s'accentue. En 2000, la durée moyenne d'un CDD était de 6 mois. Aujourd'hui, il est de un mois et moins. Au cours de son expérience, la journaliste a décroché un CDI de deux heures et demi par semaine. Les précaires représentent 20 % de la masse active aujourd'hui. Exploitables et corvéables à merci, ils se doivent de tout accepter, de peur de la radiation d'une part et de peur de laisser la place à ceux qui prétendent au même minimum. L'engrenage est donc parfaitement huilé et ne vise que des cibles faciles, fragilisées et isolées. « Travailleur précaire, on devient invisible, on sort des statistiques. Quand une usine ferme, on ne vous parle pas des intérimaires, ils disparaissent. »




LA RÉVOLTE EST UN LUXE


Lorsqu'on lui pose la question sur la possibilité d'avoir recours à des syndicats, Florence Aubenas décrit la désolation et l'anéantissement du lien social avec beaucoup d'empathie. « Au Pôle Emploi, il y a de la gêne par rapport aux mouvements syndicaux. Il y a une réelle difficulté à relier la situation que l’on vit à un sujet politique. Même précaire, il est difficile de s'y reconnaître car les gens n'ont pas vocation à s’installer dans la précarité. » Les femmes que Florence Aubenas a approchées lui en ont par la suite voulu d'avoir utilisé le terme de "précaire" pour parler d'elles. « "On n'est pas des SDF", m’ont-elle reproché. Or, cette précarité, c'est aujourd’hui la France normale, poursuit-elle. Comment se mobiliser ? Je me suis inscrite à AC à Caen. Cela ne marche pas mal au niveau individuel. Mais l’action collective est plus difficile à mettre en place. C'est quelque chose qui est en train de se réinventer mais pas encore à ce niveau. Malheureusement, la révolte est un luxe. Contre quoi se révolter à six heures du matin dans des locaux vides ? Ces travailleurs sont tiraillés entre deux employeurs, deux contrats et l'important c'est de réussir à boucler une heure. C'est un monde où la révolte n'a pas de prise. Vous ne savez pas auprès de qui protester. La fuite devient le seul recours. Laisser tomber, comme m'a dit une femme "Je me couche". »

Interrogée sur les conclusions qu’elle tire de son expérience, Florence Aubenas évoque d’abord les personnes qu’elle a rencontrées, avec qui elle est restée en contact pour la plupart. « Certaines sont devenues des copines. Je reste souvent longtemps aux mêmes endroits : Outreau, l'Afghanistan, ces gens sont devenus des amis. Il y en a qui ont râlé lorsque je leur ai appris ma véritable identité. Certains l'ont mal pris. Je me suis excusée. »

Ensuite, la professionnelle porte un regard critique sur la journaliste qu’elle est et sur sa profession. « Si j’avais demandé huit pages au Nouvel Obs sur des femmes de ménage, la réponse aurait été "non" car le sujet aurait été jugé larmoyant. Le mot d'ordre d'un rédacteur en chef aujourd'hui est l’optimisme. Du côté des journalistes, on a les torts partagés avec les lecteurs. Pour ma part, je voulais replacer cette expérience dans un débat vivant. Le travail est au centre du débat actuellement. » Florence Aubenas reconnaît que la presse traverse une crise générale qui l’oblige à se demander où elle se situe, et dans quel temps elle écrit. « Mais le livre marche bien. Les gens sont intéressés. Il n'y a pas de bons et de mauvais sujets dans la presse. Un bon journaliste c'est celui qui transmet, c'est un métier de passeur. C'est quelque chose qui fait que vous vous intéressez à autre chose que vous-même. Comme disait Sartre, "je lis les journaux comme des cartes postales qui me sont adressées". »



Le quai de Ouistreham, Florence Aubenas. Éditions de l’Olivier, 2010.


A lire également, un article très intéressant et très instructif sur le phénomène ou le syndrome soulevé par le livre de Florence Aubenas sur le site de l'Acrimed.



in: In the mood for anger

jeudi 6 mai 2010

Florence Aubenas fait sa "Tête de Turc" (1/2)



Florence Aubenas donne une leçon d'humilité à sa profession. (En deux parties)



Leçon d'humilité adressée à sa profession ? Exercice de style ? Coup médiatique ? Véritable et courageuse immersion dans la France d'en bas ? Le livre de Florence Aubenas, récit d'une expérience qui se veut témoignage, ne laisse pas de questionner notre appréhension de notre quotidien et des médias qui nous le renvoient jour après jour à la face et au cerveau.

De passage à la librairie Folies d'Encre à Montreuil (93), Florence Aubenas a engagé la conversation avec le public venu la rencontrer, avec beaucoup de chaleur et de simplicité. Il n'en demeure pas moins que l'ouvrage Le quai de Ouistreham, aussi intéressant, profond et sincère soit-il, ne peut se constituer à lui seul porte-voix des sans-voix. La façon dont l'"enquête" a été réalisée (Florence Aubenas admet qu'elle n'a pas tenté l'immersion totale puisqu'elle ne vivait pas de ses revenus) la disqualifie déjà à ce titre. Cependant, ce livre est indéniablement une porte qui s'ouvre, ce qui n'est pas négligeable.



BULLE POLITICO-MEDIATIQUE



Florence Aubenas explique son sentiment de déphasement par rapport à la réalité de ses lecteurs. « Entre cette profession qui est la mienne et ces gens, il y a un océan. Et je reconnais que je fais partie de cette bulle politico-médiatique. » Pour imager cet océan, elle prend l'exemple de la crise qui a commencé à l'automne 2008. « La crise : le mot est jeté sur la table. Mais les gens le ressentent comme une fabrication des médias. A Caen, les gens que je côtoyais se demandaient à quoi correspondait cette crise exactement : "On mange des nouilles depuis tellement longtemps". On peut presque toucher du doigt la paroi de verre qui sépare la réalité médiatique de leur quotidien. » Après avoir rédigé son ouvrage, la journaliste est retournée à Caen. « "Depuis quand les médias s'intéressent à la vie des gens ?", se sont-ils étonnés lorsqu’ils ont appris sa véritable identité. Ils ont tellement peu l'habitude d'entendre parler de leur situation dans les médias. »

Florence Aubenas reconnaît que cette expérience a profondément questionné sa pratique du journalisme, « Il y a toujours une crise de quelque chose, il y a toujours des sujets sociaux à traiter. On veut faire, on fait, mais on fait mal, on fait du désincarné. Combien d'articles ai-je rédigé en commençant par des statistiques ? Les journalistes ont du mal à parler du quotidien. On traque l’extraordinaire. Et quand il n'y en a pas, on le fabrique. Le train qui arrive à l'heure, on ne sait pas le traiter. » Or, elle admet que c’est ce quotidien qu’il est important de maintenir au faîte des préoccupations de l’opinion. « C'est sont les choses qui sont si proches qu'on a de plus en plus de mal à attraper. On n'arrive pas à les raconter autrement qu'en avalant notre carte de presse. L'époque a du mal à faire avec le réel. Qu'est-ce qui est réel ? Pour moi, les films de Cantet traitent du réel. » Mais aborder cette réalité d’une façon obstinément directe demeure problématique dans la surenchère au sensationnel, dans la quête du buzz perpétuel. Tout en suggérant cette situation, la journaliste ne tire aucune conclusion à charge. Au contraire, si sa position de grand reporter fait rêver, c'est un rêve dont elle tente de se détacher doucement mais résolument. « Les gens me parlent de mon enlèvement presque avec envie. Il m'est arrivé quelque chose d'extraordinaire et je le comprends très bien. Je sens presque de la nostalgie pour ces rendez-vous avec l'histoire, or il n'y a pas à en avoir car ce à quoi nous sommes confrontés en bas de chez nous est suffisamment dur. »



ҪA GRIGNOTE


Le journalisme d’infiltration n’est pas une nouvelle pratique à la mode mise en avant par une émission de télévision légèrement racoleuse. Florence Aubenas dit l’avoir déjà pratiqué en vingt ans de métier. Mais l’exemple le plus célèbre en Europe est celui du journaliste allemand Günter Wallraff. Pendant plus d’un an, il a pris l’identité d’un travailleur turc afin de raconter le quotidien d’une population brimée, méprisée dans l’Allemagne de 1985-1986. Il en a tiré un best-seller intitulé Tête de Turc. « A la différence de Günter Wallraff, je n'ai pas pris le ton de la colère pour une question d'époque. J'avais le souci de ne pas me mettre au milieu, de ne pas interférer. Dans les années 80, je pensais qu'on allait forcément vers le mieux. Force est de constater que l'avenir a changé de signe. Ҫa grignote doucement. »



(A suivre)


Lire la suite
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in : In the mood for anger

vendredi 30 avril 2010

La fête du travail

Demain 1er mai partira la Marche des Sans-Papiers de la Place de la Nation. Elle durera 30 jours et s'arrêtera à Nice où se réunissent plusieurs chefs d'Etats africains dans le cadre du cinquantième anniversaire des indépendances des pays africains. Ce sont eux que les Sans-Papiers vont aller interpeler les 31 mai et 1er juin 2010 pour qu'ils cessent de collaborer avec la politique de chasse au migrant du gouvernement français.

Les propositions du Ministère de Monsieur Eric Besson en matière de régularisation sont intenables et injustes. Le cas par cas ne peut fonctionner dans une situation qui requiert des critères précis, un cadre strict pour faire appliquer sereinement les droits de l'Homme. Or, ces 80 Sans-Papiers qui marcheront 659 km sur les 1040 qui séparent Paris de Nice, réclament d'être régularisés par le travail.

Le samedi 17 avril, la Compagnie Jolie Môme est venue chanter en soutien aux Sans-Papiers de l'Agence Manpower du boulevard Rouget-de-Lisle à Montreuil. Ils sont en grève depuis le 18 novembre 2009 et occupent l'Agence qui les emploie et les exploite.





Pour plus de précisions, lire l'interview des Sans-Papiers en grève à Montreuil.




in : In the mood for anger