Tout l'été, de grandes figures de la littérature érotique et sexuelle.
« SAS tout le monde en lit. Personne n'en parle. » Ce n'est pas moi, c'est Gérard de Villiers qui le dit. L'inventeur du Malko Linge peut en effet en sourire, il aurait vendu plus de 150 millions de livres depuis le début des aventures de Son Altesse Sérénissime (SAS), authentique prince autrichien et accessoirement agent de la CIA.
Les amateurs du personnage sauront pourquoi j'en parle ce soir. En créant SAS, le polar exotico-pornographique, Gérard de Villiers a surtout réussi à exploiter à merveille un nouveau filon dans la littérature française. L'idée est toute bête : prendre James Bond et supprimer les ellipses. Mais à la sauce de Villiers, cela donne un personnage irréductiblement séducteur, très porté sur la chose, redoutable limier de terroristes de toutes sortes (depuis les 60's nous avons surtout vu passer des communistes, des KGbéistes, des FSbéistes, mais aussi des Taliban, des Al-Qaïdiens, des néo-nazis, etc, etc... le prince Malko étant envoyé aux quatre coins du globe). L'autre grand intérêt qu'offrent les SAS est le traitement de grands événements géopolitiques, parfois presque simultanément et d'une façon fort réaliste. C'est ainsi que "Le printemps de Tbilissi" est sorti moins d'un an après la guerre entre la Russie et la Géorgie en 2008, etc... On a même suggéré que Monsieur de Villiers était informé par des espions pour écrire ses bouquins (presque 200 déjà).

Comme James Bond, Malko ne vieillit pas, même après 47 ans de bons et loyaux services. Eternellement fiancé à la Comtesse Alexandra Vogel, cela ne l'empêche pas pour autant de rencontrer plusieurs femmes par histoire avec qui il fait épisodiquement l'amour au cours de scènes parfois bestiales, carrément misogynes, très cochonnes, et censées vous faire tenir le livre d'une main. Malheureusement, si vous en lisez plusieurs d'affilée, vous vous rendrez vite compte que l'auteur tourne facilement en rond, malgré les mises en scène et les artifices. En général, les femmes sont très portées sur la chose aussi et sont bien sûr toutes plus belles les unes que les autres. Le Wikipédia consacré à Malko Linge note avec à propos qu'il est adepte de la sodomie et qu'il a toujours des rapports non-protégés.
Ce qui a également fait le succès de la marque SAS reste indéniablement les couvertures des oeuvres où sur fond des trois grandes lettres, se pâme indécrottablement une pin-up très légèrement vêtue et souvent lourdement armée. Un fantasme comme un autre...
Notez surtout que Malko est blond aux yeux dorés. Une précision qu'heureusement l'auteur ne prend plus la peine de mentionner après toutes ces décades au rythme de quatre romans par an, parce que personnellement chez moi, ça ne le fait pas. S'il est aujourd'hui devenu une institution au deuxième sous-sol de la culture, SAS n'en véhicule pas moins une idéologie un peu moisie, entre condescendance capitaliste, complexe de supériorité occidental et racisme de bon aloi. En plus d'être démodé, il n'a même pas l'idée de se recycler, Gérard de Villiers restant campé sur l'axe Est-Ouest qui grâce à Vladimir Poutine, campé sur le même axe, n'en a pas fini de le faire triper.
A lire ? Evidemment oui. Pour les intrigues alambiquées, pour le côté old-fashioned de la chose et pour l'humour que vous pourrez y mettre dedans.
Ah ! j'oubliais...! Et pour les scènes de sexe aussi !
Pour en savoir plus :
in: The closer I get